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Alphonse Daudet - Le romancier écrivain conteur Alphonse Daudet

Alphonse Daudet Histoire et biographie de Daudet

Alphonse Daudet le romancier écrivain

Alphonse Daudet

Alphonse Daudet est un Homme de Littérature du 19ème siècle, tour à tour Conteur écrivain et auteur dramatique, il a laissé une profonde tracedans la littérature française avec des ouvrages mondialement reconnu comme


Toute sa vie Alphonse Daudet a mis en écrit la provence dans des textes, Contes et nouvelles , de la même façon que Marcel Pagnol qui lui aussi magnifia cette belle région qu'est la provence.

Alphonse Daudet

Alphonse Daudet

Alphonse Daudet monte à Paris et devient le secrètaire du demi frère de Napoléon III, le duc de Morny, cette activité lui permet d'écrire ses premièrs contes et histoire sur la provence.

 

Retrouvez aussi les citations d'Alphonse Daudet

 

 

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Le Petit Chose Première partie I. La

Le Petit Chose

Le petit chose Première partie I. La fabrique



Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Je suis né le 13 mai 18..., dans une ville du Languedoc où l’on trouve, comme dans toutes les villes du Midi, beaucoup de soleil, pas mal de poussière, un couvent de carmélites et deux ou trois monuments romains.

Mon père, M. Eyssette, qui faisait à cette époque le commerce des foulards, avait, aux portes de la ville, une grande fabrique dans un pan de laquelle il s’était taillé une habitation commode, tout ombragée de platanes, et séparée des ateliers par un vaste jardin. C’est là que je suis venu au monde et que j’ai passé les premières, les seules bonnes années de ma vie. Aussi ma mémoire reconnaissante a-t-elle gardé du jardin, de la fabrique et des platanes un impérissable souvenir, et lorsque à la ruine de mes parents il m’a fallu me séparer de ces choses, je les ai positivement regrettées comme des êtres.

Je dois dire, pour commencer, que ma Naissance ne porta pas Bonheur à la maison Eyssette. La vieille Annou, notre cuisinière, m’a souvent conté depuis comme quoi mon père, en voyage à ce moment, reçut en même temps la nouvelle de mon apparition dans le monde et celle de la disparition d’un de ses clients de Marseille, qui lui emportait plus de quarante mille francs; si bien que M. Eyssette, heureux et désolé du même coup, se demandait, comme l’autre, s’il devait pleurer pour la disparition du client de Marseille, ou rire pour l’heureuse arrivée du petit Daniel... Il fallait pleurer, mon bon monsieur Eyssette, il fallait pleurer doublement.

C’est une vérité, je fus la mauvaise étoile de mes parents. Du jour de ma naissance, d’incroyables malheurs les assaillirent par vingt endroits. D’abord nous eûmes donc le client de Marseille, puis deux fois le feu dans la même année, puis la grève des ourdisseuses, puis notre brouille avec l’oncle Baptiste, puis un procès très coûteux avec nos marchands de couleurs, puis, enfin, la révolution de 18..., qui nous donna le coup de grâce.

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Le Petit Chose II. Les Babarottes

Le Petit Chose

Le petit chose II. Les Babarottes



Le Petit Chose II. un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Ô choses de mon enfance, quelle impression vous m’avez laissée ! Il me semble que c’est hier, ce voyage sur le Rhône. Je vois encore le bateau, ses passagers, son équipage; j’entends le bruit des roues et le sifflet de la machine. Le capitaine s’appelait Géniès, le maître coq Montélimart. On n’oublie pas ces choses-là.

La traversée dura trois jours. Je passai ces trois jours sur le pont, descendant au salon juste pour manger et dormir. Le reste du temps, j’allais me mettre à la pointe extrême du navire, près de l’ancre.

Il y avait là une grosse cloche qu’on sonnait en entrant dans les villes: je m’asseyais à côté de cette cloche, parmi des tas de cordes; je posais la cage du perroquet entre mes jambes et je regardais. Le Rhône était si large qu’on voyait à peine ses rives. Moi, je l’aurais voulu encore plus large, et qu’il se fût appelé la mer ! Le ciel riait, l’onde était verte. De grandes barques descendaient au fil de l’eau. Des mariniers, guéant le fleuve à dos de mules, passaient près de nous en chantant. Parfois, le bateau longeait quelque île bien touffue, couverte de joncs et de saules. " Oh ! une île déserte ! " me disais-je dans moi-même; et je la dévorais des yeux...

Vers la fin du troisième jour, je crus que nous allions avoir un grain. Le ciel s’était assombri subitement; un brouillard épais dansait sur le fleuve; à l’avant du navire on avait allumé une grosse lanterne, et, ma foi, en présence de tous ces symptômes, je commençais à être ému... À ce moment, quelqu’un dit près de moi " Voilà Lyon ! " En même temps la grosse cloche se mit à sonner. C’était Lyon.

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Le Petit Chose III. Il est mort ! Priez pour lui

Le Petit Chose

Le petit chose III. Il est mort ! Priez pour lui !



III. Il est mort ! Priez pour lui ! un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet



C’était un lundi du mois de juillet.

Ce jour-là, en sortant du collège, je m’étais laissé entraîner à faire une partie de barres, et lorsque je me décidai à rentrer à la maison, il était beaucoup plus tard que je n’aurais voulu. De la place des Terreaux à la rue Lanterne, je courus sans m’arrêter, mes Livres à la ceinture, ma casquette entre les dents. Toutefois, comme j’avais une peur effroyable de mon père, je repris haleine une minute dans l’escalier, juste le temps d’inventer une histoire pour expliquer mon retard. Sur quoi, je sonnai bravement.

Ce fut M. Eyssette lui-même qui vint m’ouvrir. " Comme tu viens tard ! " me dit-il. Je commençais à débiter mon mensonge en tremblant; mais le cher Homme ne me laissa pas achever et, m’attirant sur sa poitrine, il m’embrassa longuement et silencieusement.

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Le Petit Chose IV. Le cahier rouge

Le Petit Chose

Le petit chose IV. Le cahier rouge



IV. Le cahier rouge un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

On trouve dans les vieux missels de naïves enluminures, où la Dame des sept douleurs est représentée ayant sur chacune de ses joues une grande ride profonde, cicatrice divine que l’artiste a mise là pour nous dire: " Regardez comme elle a pleuré !... " Cette ride - la ride des larmes - je jure que je l’ai vue sur le visage amaigri de Mme Eyssette, lorsqu’elle revint à Lyon, après avoir enterré son fils.

Pauvre Mère, depuis ce jour elle ne voulut plus sourire. Ses robes furent toujours noires, son visage toujours désolé. Dans ses vêtements comme dans son cœur, elle prit le grand deuil, et ne le quitta jamais... Du reste, rien de changé dans la maison Eyssette; ce fut un peu plus lugubre, voilà tout. Le curé de Saint-Nizier dit quelques messes pour le repos de l’âme de l’abbé. On tailla deux vêtements noirs pour les enfants dans une vieille roulière de leur père, et la vie, la triste vie recommença.

Il y avait déjà quelque temps que notre cher abbé était mort, lorsqu’un soir, à l’heure de nous coucher, je fus étonné de voir Jacques fermer notre chambre à double tour, boucher soigneusement les rainures de la porte, et, cela fait, venir vers moi, d’un grand air de solennité et de mystère.

Il faut vous dire que, depuis son retour du Midi, un singulier changement s’était opéré dans les habitudes de l’ami Jacques. D’abord, ce que peu de personnes voudront croire, Jacques ne pleurait plus, ou presque plus; puis, son fol Amour du cartonnage lui avait à peu près passé. Les petits pots de colle allaient encore au feu de temps en temps, mais ce n’était plus avec le même entrain; maintenant, si vous aviez besoin d’un cartable, il fallait vous mettre à genoux pour l’obtenir... Des choses incroyables ! un carton à chapeaux que Mme Eyssette avait commandé était sur le chantier depuis huit jours... À la maison, on ne s’apercevait de rien; mais moi, je voyais bien que Jacques avait quelque chose. Plusieurs fois, je l’avais surpris dans le magasin, parlant seul et faisant des gestes. La nuit, il ne dormait pas; je l’entendais marmotter entre ses dents, puis subitement sauter à bas du lit et marcher à grands pas dans la chambre... tout cela n’était pas naturel et me faisait peur quand j’y songeais. Il me semblait que Jacques allait devenir fou.

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Le Petit Chose V. Gagne ta vie

Le Petit Chose

Le petit chose V. Gagne ta vie



V. Gagne ta vie, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Sarlande est une petite ville des Cévennes, bâtie au fond d’une étroite vallée que la montagne enserre de partout comme un grand mur. Quand le soleil y donne, c’est une fournaise; quand la tramontane souffle, une glacière...

Le soir de mon arrivée, la tramontane faisait rage depuis le matin; et quoiqu’on fût au printemps, le petit Chose, perché sur le haut de la diligence, sentit, en entrant dans la ville, le froid le saisir jusqu’au cœur.

Les rues étaient noires et désertes... Sur la place d’armes, quelques personnes attendaient la voiture, en se promenant de long en large devant le bureau mal éclairé.

À peine descendu de mon impériale, je me fis conduire au collège, sans perdre une minute. J’avais hâte d’entrer en fonctions.

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Le Petit Chose VI. Les Petits

Le Petit Chose

Le petit chose VI. Les Petits



VI. Les Petits, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Ceux-là n’étaient pas méchants; c’étaient les autres. Ceux-là ne me firent jamais de mal, et moi je les aimais bien, parce qu’ils ne sentaient pas encore le collège et qu’on sentait toute leur âme dans leurs yeux.

Je ne les punissais jamais. À quoi bon ? Est-ce qu’on punit les oiseaux ?... Quand ils pépiaient trop haut, je n’avais qu’à crier: " Silence ! " Aussitôt ma volière se taisait — au moins pour cinq minutes.

Le plus âgé de l’étude avait onze ans. Onze ans, je vous demande ! Et le gros Serrières qui se vantait de les mener à la baguette !...

Moi, je ne les menai pas à la baguette. J’essayai d’être toujours bon, voilà tout.

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Le Petit Chose VII. Le pion

Le Petit Chose

Le petit chose VII. Le pion



VII. Le pion, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Je pris donc possession de l’étude des moyens...

Je trouvai là une cinquantaine de méchants drôles, montagnards joufflus de douze à quatorze ans, fils de métayers enrichis, que leurs parents envoyaient au collège pour en faire de petits bourgeois, à raison de cent vingt francs par trimestre.

Grossiers, insolents, orgueilleux, parlant entre eux un rude patois cévenol auquel je n’entendais rien, ils avaient presque tous cette laideur spéciale à l’enfance qui mue, de grosses mains rouges avec des engelures, des voix de jeunes coq enrhumés, le regard abruti, et par là-dessus l’odeur du collège... Ils me haïrent tout de suite, sans me connaître. J’étais pour eux l’ennemi, le Pion; et du jour où je m’assis dans ma chaire, ce fut la guerre entre nous, une guerre acharnée, sans trêve, de tous les instants.

Ah ! les cruels enfants, comme ils me firent souffrir !...

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Le Petit Chose VIII. Les yeux noirs

Le Petit Chose

Le petit chose VIII. Les yeux noirs



VIII. Les yeux noirs, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


Maintenant le collège est désert. Tout le monde est parti... D’un bout des dortoirs à l’autre, des escadrons de gros rats font des charges de cavalerie en plein jour. Les écritoires se dessèchent au fond des pupitres. Sur les arbres des cours, la division des moineaux est en fête; ces messieurs ont invité tous leurs camarades de la ville, ceux de l’évêché, ceux de la sous-préfecture, et, du matin jusqu’au soir, c’est un pépiage assourdissant.

De sa chambre, sous les combles, le petit Chose les écoute en travaillant. On l’a gardé par charité, dans la maison, pendant les vacances. Il en profite pour étudier à mort les philosophes grecs. Seulement, la chambre est trop chaude et les plafonds trop bas. On étouffe là-dessous... Pas de volets aux fenêtres. Le soleil entre comme une torche et met le feu partout. Le plâtre des solives craque, se détache... De grosses mouches, alourdies par la chaleur, dorment collées aux vitres... Le petit Chose, lui, fait de grands efforts pour ne pas dormir. Sa tête est lourde comme du plomb; ses paupières battent.

Travaille donc, Daniel Eyssette !... Il faut reconstruire le foyer... Mais non ! il ne peut pas... Les lettres de son livre dansent devant ses yeux, puis, ce livre qui tourne, puis la table, puis la chambre. Pour chasser cet étrange assoupissement, le petit Chose se lève, fait quelques pas; arrivé devant la porte, il chancelle et tombe à terre comme une masse, foudroyé par le sommeil.

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Le Petit Chose IX. L’affaire Boucoyran

Le Petit Chose

Le petit chose IX. L’affaire Boucoyran



IX. L’affaire Boucoyran, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


Avec la Saint-Théophile, voilà les vacances enterrées. Les jours qui suivirent furent tristes; un vrai lendemain de mardi gras. Personne ne se sentait en train, ni les maîtres, ni les élèves. On s’installait... Après deux grands mois de repos, le collège avait peine à reprendre son va-et-vient habituel. Les rouages fonctionnaient mal, comme ceux d’une vieille horloge, qu’on aurait depuis longtemps oublié de remonter. Peu à peu, cependant, grâce aux efforts de M. Viot, tout se régularisa. Chaque jour, aux mêmes heures, au son de la même cloche, on vit de petites portes s’ouvrir dans les cours et des litanies d’enfants, roides comme des soldats de bois, défiler deux par deux sous les arbres; puis la cloche sonnait encore, ding ! dong ! - et les mêmes enfants repassaient sous les mêmes petites portes. Ding ! dong ! Levez-vous. Ding ! dong ! Couchez-vous. Ding ! dong ! instruisez-vous ! Ding ! dong ! Amusez-vous. Et cela pour toute l’année.

Ô triomphe du règlement ! Comme l’élève Ménalque aurait été heureux de vivre, sous la férule de M. Viot, dans le collège modèle de Sarlande...

Moi seul, je faisais ombre à cet adorable tableau. Mon étude ne marchait pas. Les terribles moyens m’étaient revenus de leurs montagnes, plus laids, plus âpres, plus féroces que jamais. De mon côté, j’étais aigri; la maladie m’avait rendu nerveux et irritable; je ne pouvais plus rien supporter... Trop doux l’année précédente, je fus trop sévère cette année... J’espérais ainsi mater ces méchants drôles, et, pour la moindre incartade, je foudroyais toute l’étude de pensums et de retenues...

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Le Petit Chose X. Les Mauvais Jours

Le Petit Chose

Le petit chose X. Les Mauvais Jours



X. Les Mauvais Jours, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


L’hiver était venu, un hiver sec, terrible et noir, comme il en fait dans ces pays de montagnes. Avec leurs grands arbres sans feuilles et leur sol gelé plus dur que la pierre, les cours du collège étaient tristes à voir. On se levait avant le jour, aux lumières; il faisait froid; de la glace dans les lavabos... Les élèves n’en finissaient plus, la cloche était obligée de les appeler plusieurs fois. " Plus vite, messieurs ! " criaient les maîtres en marchant de long en large pour se réchauffer... On formait les rangs en silence, tant bien que mal, et on descendait à travers le grand escalier à peine éclairé et les longs corridors où soufflaient les bises mortelles de l’hiver.

Un mauvais hiver pour le petit Chose !

Je ne travaillais plus. À l’étude, la chaleur malsaine du poêle me faisait dormir. Pendant les classes, trouvant ma mansarde trop froide, je courais m’enfermer au café Barbette et n’en sortais qu’au dernier moment. C’était là maintenant que Roger me donnait ses leçons; la rigueur du temps nous avait chassés de la salle d’armes et nous nous escrimions au milieu du café avec les queues de billard, en buvant un punch. Les sous-officiers jugeaient les coups; tous ces nobles cœurs m’avaient décidément admis dans leur intimité et m’enseignaient chaque jour une nouvelle botte infaillible pour tuer ce pauvre marquis de Boucoyran. Ils m’apprenaient aussi comment on édulcore une absinthe, et quand ces messieurs jouaient au billard, c’était moi qui marquais les points...

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Le Petit Chose XI. Mon bon ami le maître

Le Petit Chose

Le petit chose XI. Mon bon ami le maître d’armes



XI. Mon bon ami le maître d’armes, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Ce jour-là, le 18 février, comme il était tombé beaucoup de neige pendant la nuit, les enfants n’avaient pas pu jouer dans les cours. Aussitôt l’étude du matin finie, on les avait casernés tous pêle-mêle dans la salle, pour y prendre leur récréation à l’abri du mauvais temps en attendant l’heure des classes.

C’était moi qui les surveillais.

Ce qu’on appelait la salle était l’ancien gymnase du collège de la Marine. Imaginez quatre grands murs nus avec de petites fenêtres grillées; çà et là des crampons à moitié arrachés, la trace encore visible des échelles, et, se balançant à la maîtresse poutre du plafond, un énorme anneau en fer au bout d’une corde.

Les enfants avaient l’air de s’amuser beaucoup en regardant la neige qui remplissait les rues et les Hommes armés de pelles qui l’emportaient dans des tombereaux.

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Le Petit Chose XII. L’anneau de fer

Le Petit Chose

Le petit chose XII. L’anneau de fer



XII. L’anneau de fer, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Des portes de Sarlande à la Prairie il y a bien une bonne demi-lieue; mais, du train dont j’allais, je dus ce jour-là faire le trajet en moins d’un quart d’heure. Je tremblais pour Roger. J’avais peur que le pauvre garçon n’eût, malgré sa promesse, tout raconté au principal pendant l’étude; je croyais voir encore luire la crosse de son pistolet. Cette pensée lugubre me donnait des ailes.

Pourtant, de distance en distance, j’apercevais sur la neige la trace de pas nombreux allant vers la Prairie, et de songer que le maître d’armes n’était pas seul, cela me rassurait un peu.

Alors, ralentissant ma course, je pensais à Paris, à Jacques, à mon départ... Mais au bout d’un instant, mes terreurs recommençaient.

— Roger va se tuer évidemment. Que serait-il venu chercher, sans cela, dans cet endroit désert, loin de la ville ? S’il amène avec lui ses amis du café Barbette, c est pour leur faire ses adieux, pour boire le coup de l’étrier, comme ils disent... Oh ! ces militaires !...

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Le Petit Chose XIII. Les clefs de M.

Le Petit Chose

Le petit chose XIII. Les clefs de M. Viot



XIII. Les clefs de M. Viot, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet



Comme je sortais du collège à grandes enjambées, encore tout ému de l’horrible spectacle que je venais de voir, la loge du portier s’ouvrit brusquement, et j’entendis qu’on appelait:

— Monsieur Eyssette ! monsieur Eyssette !

C’étaient le maître du café Barbette et son digne ami M. Cassagne, l’air effaré, presque insolents.

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Le Petit Chose XIV. L’Oncle Baptiste

Le Petit Chose

Le petit chose XIV. L’Oncle Baptiste



XIV. L’Oncle Baptiste, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


… Un singulier type d’Homme que cet oncle Baptiste, le frère de Mme Eyssette ! Ni bon ni méchant, marié de bonne heure à un grand gendarme de Femme avare et maigre qui lui faisait peur, ce vieil enfant n’avait qu’une passion au monde la passion du coloriage. Depuis quelque quarante ans, il vivait entouré de godets, de pinceaux, de couleurs, et passait son temps à colorier des images de journaux illustrés. La maison était pleine de vieilles illustrations ! de vieux Charivaris de vieux Magasins pittoresques de cartes géographiques ! tout cela fortement enluminé. Même dans ses jours de disette, quand la tante lui refusait de l’argent pour acheter des journaux à images, il arrivait à mon oncle de colorier des Livres. Ceci est historique: j’ai tenu dans mes mains, une grammaire espagnole que mon oncle avait mis en couleurs d’un bout à l’autre, les adjectifs en bleu, les substantifs en rose, etc.

C’est entre ce vieux maniaque et sa féroce moitié que Mme Eyssette était obligée de vivre depuis six mois. La malheureuse femme passait toutes ses journées dans la chambre de son frère, assise à côté de lui et s’ingéniait à être utile. Elle essuyait les pinceaux, mettait de l’eau dans les godets... Le plus triste, c’est que, depuis notre ruine, l’oncle Baptiste avait un profond mépris pour M. Eyssette, et que du matin au soir, la pauvre Mère était condamnée à entendre dire: " Eyssette n’est pas sérieux ! Eyssette n’est pas sérieux ! " Ah ! le vieil imbécile ! il fallait voir de quel air sentencieux et convaincu il disait cela en coloriant sa grammaire espagnole ! Depuis, j’en ai souvent rencontré dans la vie, de ces Hommes soi-disant très graves, qui passaient leur temps à colorier des grammaires espagnoles et trouvaient que les autres n’étaient pas sérieux.

Tous ces détails sur l’oncle Baptiste et l’existence lugubre que Mme Eyssette menait chez lui, je ne les connus que plus tard; pourtant, dès mon arrivée dans la maison, je compris que, quoi qu’elle en dît, ma mère ne devait pas être heureuse... Quand j’entrai, on venait de se mettre à table pour le dîner. Mme Eysette bondit de joie en me voyant, et, comme vous pensez, elle embrassa son petit Chose de toutes ses forces. Cependant la pauvre mère avait l’air gênée, elle parlait peu, — toujours sa petite voix tremblante, — les yeux dans son assiette. Elle faisait peine à voir avec sa robe étriquée et toute noire.

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Le Petit Chose Deuxième partie I. Mes

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie I. Mes caoutchoucs



Deuxième partie I. Mes caoutchoucs, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Quand je vivrais aussi longtemps que mon oncle Baptiste, lequel doit être à cette heure aussi vieux qu’un vieux baobab de l’Afrique centrale, jamais je n’oublierai mon premier voyage à Paris en wagon de troisième classe.

C’était dans les derniers jours de février; il faisait encore très froid. Au dehors, un ciel gris, le vent, le grésil, les collines chauves, des prairies inondées, de longues rangées de vignes mortes; au-dedans des matelots ivres qui chantaient, de gros paysans qui dormaient la bouche ouverte comme des poissons morts, de petites vieilles avec leurs cabas, des enfants, des puces, des nourrices, tout l’attirail du wagon des pauvres avec son odeur de pipe, d’eau-de-vie, de saucisse à l’ail et de paille moisie. Je crois y être encore.

En partant, je m’étais installé dans un coin, près de la fenêtre, pour voir le ciel; mais, à deux lieues de chez nous, un infirmier militaire me prit ma place, sous prétexte d’être en face de sa Femme, et voilà le petit Chose, trop timide pour oser se plaindre, condamné à faire deux cents lieues entre ce gros vilain Homme qui sentait la graine de lin et un grand tambour-major de Champenoise qui, tout le temps, ronfla sur son épaule.

Le voyage dura deux jours. Je passai ces deux jours à la même place, immobile entre mes deux bourreaux, la tête fixe et les dents serrées. Comme je n’avais pas d’argent ni de provision, je ne mangeai rien de toute la route. Deux jours sans manger, c’est long ! — Il me restait bien encore une pièce de quarante sous, mais je la gardais précieusement pour le cas où, en arrivant à Paris, je ne trouverais pas l’ami Jacques à la gare, et malgré la faim, j’eus le courage de n’y pas toucher. Le diable c’est qu’autour de moi on mangeait beaucoup dans le wagon. J’avais sous mes jambes un grand coquin de panier très lourd, d’où mon voisin l’infirmier tirait à tout moment des charcuteries variées qu’il partageait avec sa dame. Le voisinage de ce panier me rendit très malheureux, surtout le second jour. Pourtant ce n’est pas la faim dont je souffris le plus en ce terrible voyage. J’étais parti de Sarlande sans souliers, n’ayant aux pieds que de petits caoutchoucs fort minces, qui me servaient là-bas pour faire ma ronde dans le dortoir. Très joli, le caoutchouc; mais l’hiver, en troisième classe... Dieu ! que j’ai eu froid ! C’était à en pleurer. La nuit, quand tout le monde dormait, je prenais doucement mes pieds entre mes mains et je les tenais des heures entières pour essayer de les réchauffer. Ah ! si Mme Eyssette m’avait vu !...

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Le Petit Chose Deuxième partie II. De la part du curé de

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie II. De la part du curé de Saint-Nizier



II. De la part du curé de Saint-Nizier. un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Dieu ! qu’on était bien cette nuit-là dans la chambre de Jacques ! Quels joyeux reflets clairs la cheminée envoyait sur notre nappe ! Et ce vieux vin cacheté, comme il sentait les violettes ! Et ce pâté, quelle belle croûte en or bruni il vous avait ! Ah ! de ces pâtés-là, on n’en fait plus maintenant; tu n’en boiras plus jamais de ces vins-là, mon pauvre Eyssette !

De l’autre côté de la table, en face, tout en face de moi, Jacques me versait à boire et, chaque fois que je levais les yeux, je voyais son regard tendre comme celui d’une Mère, qui me riait doucement. Moi, j’étais si heureux d’être là que j’en avais positivement la fièvre. Je parlais, je parlais !

— Mange donc, me disait Jacques en me remplissant mon assiette; mais je parlais toujours et je ne mangeais pas. Alors, pour me faire taire, il se mit à bavarder, lui aussi, et me narra longuement, sans prendre haleine, tout ce qu’il avait fait depuis plus d’un an que nous ne nous étions pas vus.

— Quand tu fus parti, me disait-il, — et les choses les plus tristes, il les contait toujours avec son divin sourire résigné, - quand tu fus parti, la maison devint tout à fait lugubre. Le père ne travaillait plus; il passait tout son temps dans le magasin à jurer contre les révolutionnaires et à me crier que j’étais un âne, ce qui n’avançait pas les affaires. Des billets protestés tous les matins, des descentes d’huissiers tous les deux jours ! chaque coup de sonnette nous faisait sauter le cœur. Ah ! tu t’en es allé au bon moment.

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Le Petit Chose Deuxième partie III. Ma mère

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie III. Ma Mère Jacques



III. Ma mère Jacques, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet



Jacques a fini son odyssée, maintenant c’est le tour de la mienne. Le feu qui meurt a beau nous faire signe: " Allez vous coucher, mes enfants ", les bougies ont beau crier: " Au lit ! au lit ! Nous sommes brûlées jusqu’aux bobèches. — On ne vous écoute pas ", leur dit Jacques en riant, et notre veillée continue.

Vous comprenez ! ce que je raconte à mon frère l’intéresse beaucoup. C’est la vie du petit Chose au collège de Sarlande; cette triste vie que le lecteur se rappelle sans doute. Ce sont les enfants laids et féroces, les persécutions, les haines, les humiliations, les clefs de M. Viot toujours en colère, la petite chambre sous les combles où l’on étouffait, les trahisons, les nuits de larmes; et puis aussi - car Jacques est si bon qu’on peut tout lui dire - ce sont les débauches du café Barbette, l’absinthe avec les caporaux, les dettes, l’abandon de soi-même; tout enfin, jusqu’au suicide et la terrible prédiction de l’abbé Germane: " Tu seras un enfant toute ta vie. "

Les coudes sur la table, la tête dans ses mains, Jacques écoute jusqu’au bout ma confession sans l’interrompre. De temps en temps, je le vois qui frissonne et je l’entends dire: " Pauvre petit ! pauvre petit ! "

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Le Petit Chose Deuxième partie IV. La discussion du

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie IV. La discussion du budget



IV. La discussion du budget, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


Ce jour-là plus d’un Parisien a dû dire en rentrant chez lui, le soir, pour se mettre à table: " Quel singulier petit bonhomme j’ai rencontré aujourd’hui ! " Le fait est qu’avec ses cheveux trop longs, son pantalon trop court, ses caoutchoucs, ses bas bleus, son bouquet départemental et cette solennité de démarche particulière à tous les êtres trop petits, le petit Chose devait être tout à fait comique.

C’était justement une journée de la fin de l’hiver, une de ces journées tièdes et lumineuses, qui, à Paris, souvent sont plus le printemps que le printemps lui même. Il y avait beaucoup de monde dehors. Un peu étourdi par le va-et-vient bruyant de la rue, j’allais devant moi, timide, et le long des murs. On me bousculait, je disais " pardon " et je devenais tout rouge. Aussi je me gardais bien de m’arrêter devant les magasins et, pour rien au monde, je n’aurais demandé ma route. Je prenais une rue, puis une autre, toujours tout droit. On me regardait. Cela me gênait beaucoup. Il y avait des gens qui se retournaient sur mes talons et des yeux qui riaient en passant près de moi; une fois j’entendis une Femme dire à une autre: " Regarde donc celui-là. " Cela me fit broncher... Ce qui m’embarrassait beaucoup aussi, c’était l’œil inquisiteur des sergents de ville. À tous les coins de rue, ce diable d’œil silencieux se braquait sur moi curieusement; et quand j’avais passé, je le sentais encore qui me suivait de loin et me brûlait le dos. Au fond, j’étais un peu inquiet.

Je marchai ainsi près d’une heure, jusqu’à un grand boulevard planté d’arbres grêles. Il y avait là tant de bruit, tant de gens, tant de voitures, que je m’arrêtai presque effrayé.

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Le Petit Chose Deuxième partie V. Coucou-Blanc et la dame du

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie V. Coucou-Blanc et la dame du premier



V. Coucou-Blanc et la dame du premier, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Il y a, sur la place de Saint-Germain-des-Prés, dans le coin de l’église, à gauche et tout au bord des toits, une petite fenêtre qui me serre le cœur chaque fois que je la regarde. C’est la fenêtre de notre ancienne chambre; et, encore aujourd’hui, quand je passe par là, je me figure que le Daniel d’autrefois est toujours là-haut, assis à sa table contre la vitre, et qu’il sourit de pitié en voyant dans la rue le Daniel d’aujourd’hui triste et déjà courbé.

Ah ! vieille horloge de Saint-Germain, que de belles heures tu m’as sonnées quand j’habitais là-haut, avec ma Mère Jacques !... Est-ce que tu ne pourrais pas m’en sonner encore quelques-unes de ces heures de vaillance et de jeunesse ? J’étais si heureux dans ce temps-là... Je travaillais de si bon cœur !...

Le matin, on se levait avec le jour. Jacques, tout de suite, s’occupait du ménage. Il allait chercher de l’eau, balayait la chambre, rangeait ma table. Moi, je n’avais le droit de toucher à rien. Si je lui disais: " Jacques, veux-tu que je t’aide ? "

Jacques se mettait à rire: " Tu n’y songes pas, Daniel. Et la dame du premier ? " Avec ces deux mots gros d’allusions, il me fermait la bouche.

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Le Petit Chose Deuxième partie VI. Le roman de

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie VI. Le roman de Pierrotte



VI. Le roman de Pierrotte, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Quand Pierrotte avait vingt ans, si on lui avait prédit qu’un jour il succéderait à M. Lalouette dans le commerce des porcelaines, qu’il aurait deux cent mille francs chez son notaire, - Pierrotte, un notaire ! - et une superbe boutique à l’angle du passage du Saumon, on l’aurait beaucoup étonné.

Pierrotte, à vingt ans, n’était jamais sorti de son village, portait de gros esclots en sapin des Cévennes, ne savait pas un mot de français et gagnait cent écus par an à élever des vers à soie; solide compagnon du reste, beau danseur de bourrée, aimant rire et chanter la gloire, mais toujours d’une manière honnête et sans faire de tort aux cabaretiers. Comme tous les gars de son âge, Pierrotte avait une bonne amie, qu’il allait attendre le dimanche à la sortie des vêpres pour l’emmener danser des gavottes sous les mûriers. La bonne amie de Pierrotte s’appelait Roberte, la grande Roberte. C’était une belle magnanarelle de dix-huit ans, orpheline comme lui, pauvre comme lui, mais sachant très bien lire et écrire, ce qui, dans les villages cévenols, est encore plus rare qu’une dot. Très fier de sa Roberte, Pierrotte comptait l’épouser dès qu’il aurait tiré au sort; mais le jour du tirage arrivé, le pauvre Cévenol — bien qu’il eût trempé trois fois sa main dans l’eau bénite avant d’aller à l’urne, — amena le numéro 4... Il fallait partir. Quel désespoir !... Heureusement Mme Eyssette, qui avait été nourrie, presque élevée, par la Mère de Pierrotte, vint au secours de son frère de lait et lui prêta deux mille francs pour s’acheter un Homme. — On était riche chez les Eyssette dans ce temps-là ! - L’heureux Pierrotte ne partit donc pas et put épouser sa Roberte; mais comme ces braves gens tenaient avant tout à rendre l’argent à Mme Eyssette et qu’en restant au pays ils n’y seraient jamais parvenus, ils eurent le courage de s’expatrier et marchèrent sur Paris pour y chercher fortune.

Pendant un an, on n’entendit plus parler de nos montagnards; puis, un beau matin, Mme Eyssette reçut une lettre touchante signée " Pierrotte et sa Femme, " qui contenait 300 francs, premiers fruits de leurs économies. La seconde année, nouvelle lettre de " Pierrotte et sa femme " avec un envoie de 500 francs. La troisième année, rien. — Sans doute, les affaires ne marchaient pas. — La quatrième année, troisième lettre de " Pierrotte et sa femme " avec un dernier envoi de 1200 francs et des bénédictions pour toute la famille Malheureusement, quand cette lettre arriva chez nous, nous étions en pleine débâcle: on venait de vendre la fabrique, et nous aussi nous allions nous expatrier... Dans sa douleur Madame Eyssette oublia de répondre à " Pierrotte sa femme, " et, depuis lors, nous ne n’en eûmes plus de nouvelles, jusqu’au jour où Jacques, arrivant à Paris, trouva le beau Pierrotte - Pierrotte sans sa femme, hélas ! - installé dans le comptoir de l’ancienne maison Lalouette.

Rien de moins poétique, rien de plus touchant que l’histoire de cette fortune. En arrivant à Paris, la femme de Pierrotte s’était mise bravement à faire des ménages. La première maison fut justement la maison Lalouette. Ces Lalouette était de riches commerçants avares et maniaques, qui n’avaient jamais voulu prendre ni un commis ni une bonne, parce qu’il faut tout faire par soi-même (" Monsieur, jusqu’à cinquante ans, j’ai fait mes culottes moi-même ! " disait le père Lalouette avec fierté), et qui, sur leurs vieux jours seulement, se donnaient le luxe flamboyant d’une femme de ménage à douze francs par mois. Dieu sait que ces douze francs-là, l’ouvrage les valait bien ! La boutique, l’arrière-boutique, un appartement au quatrième, deux seilles d’eau pour la cuisine à remplir tous les matins ! Il fallait venir des Cévennes pour accepter de pareilles conditions; mais bah ! La Cévenole était jeune, alerte, rude au travail et solide des reins comme une jeune taure; en un tour de main, elle expédiait ce gros ouvrages et, par-dessus le marché, montrait tout le temps aux deux vieillards sont joli rire, qui valait plus de douze francs à lui tout seul... À force de belle humeur et de vaillance, cette courageuse montagnarde finit par séduire ses patrons. On s’intéressa à elle; on la fit causer; puis un jour, spontanément, - les cœurs les plus secs ont parfois de ces soudaines floraison de bonté, - le vieux Lalouette offrit de prêter un peu d’argent à Pierrotte pour qu’il pût entreprendre un commerce à son l’idée.

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Le Petit Chose Deuxième partie VII. La rose rouge et les yeux

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie VII. La rose rouge et les yeux noirs



VII. La rose rouge et les yeux noirs, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet



Je pris donc possession de l’étude des moyens...

Je trouvai là une cinquantaine de méchants drôles, montagnards joufflus de douze à quatorze ans, fils de métayers enrichis, que leurs parents envoyaient au collège pour en faire de petits bourgeois, à raison de cent vingt francs par trimestre.

Grossiers, insolents, orgueilleux, parlant entre eux un rude patois cévenol auquel je n’entendais rien, ils avaient presque tous cette laideur spéciale à l’enfance qui mue, de grosses mains rouges avec des engelures, des voix de jeunes coq enrhumés, le regard abruti, et par là-dessus l’odeur du collège... Ils me haïrent tout de suite, sans me connaître. J’étais pour eux l’ennemi, le Pion; et du jour où je m’assis dans ma chaire, ce fut la guerre entre nous, une guerre acharnée, sans trêve, de tous les instants.

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Le Petit Chose Deuxième partie VIII. Une lecture au passage du

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie VIII. Une lecture au passage du saumon



VIII. Une lecture au passage du saumon, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


Au dernier vers de mon poëme, Jacques, enthousiasmé, se leva pour crier bravo; mais il s’arrêta net en voyant la mine effarée de tous ces braves gens. En vérité, je crois que le cheval de feu de l’Apocalypse, faisant irruption au milieu du petit salon jonquille, n’y aurait pas causé plus de stupeur que mon papillon bleu. Les Passajon, les Fougeroux, tout hérissés de ce qu’ils venaient d’entendre, me regardaient avec de gros yeux ronds; les deux Ferrouillat se faisaient des signes. Personne ne soufflait mot. Pensez comme j’étais à l’aise...

Tout à coup, au milieu du silence et de la consternation générale, une voix - et quelle voix ! - blanche, terne, froide, sans timbre, une voix de fantôme, sortit de derrière le piano et me fit tressaillir sur ma chaise. C’était la première fois, depuis dix ans, qu’on entendait parler l’Homme à la tête d’oiseau, le vénéré Lalouette: " Je suis bien content qu’on ait tué le papillon, dit le singulier vieillard en grignotant son sucre d’un air féroce; je ne les Aime pas, moi, les papillons !… "

Tout le monde se mit à rire, et la discussion s’engagea sur mon poëme.

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Le Petit Chose Deuxième partie IX. Tu vendras de la

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie IX. Tu vendras de la porcelaine



IX. Tu vendras de la porcelaine, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


C’est Coucou-Blanc qui vint lui ouvrir. - Car ai-je besoin de vous le dire ? cinq minutes après s’être juré qu’il n’irait pas, ce vaniteux petit Chose sonnait à la porte d’Irma Borel. - En le voyant, l’horrible Négresse grimaça un sourire d’ogre en belle humeur et lui fit un signe: " Venez ! " de sa grosse main luisante et noire. Après avoir traversé deux ou trois salons très pompeux, ils s’arrêtèrent devant une petite porte mystérieuse, à travers laquelle on entendait, - aux trois quarts étouffés par l’épaisseur des tentures, - des cris rauques, des sanglots, des imprécations, des rires convulsifs. La Négresse frappa, et sans attendre qu’on lui eût répondu, introduisit le petit Chose.

Seule, dans un riche boudoir capitonné de soie mauve et tout ruisselant de lumière, Irma Borel marchait à grands pas en déclamant. Un large peignoir bleu de ciel, couvert de guipures, flottait autour d’elle comme une nuée. Une des manches du peignoir, relevée jusqu’à l’épaule, laissait voir un bras de neige d’une incomparable pureté, brandissant, en guise de poignard un coupe-papier de nacre. L’autre main, noyée dans la guipure, tenait un livre ouvert...

Le petit Chose s’arrêta, ébloui. Jamais la dame du premier ne lui avait paru si belle. D’abord elle était moins pâle qu’à leur première rencontre. Fraîche et rose, au contraire, mais d’un rose un peu voilé, elle avait l’air, ce jour-là, d’une jolie Fleur d’amandier et la petite cicatrice blanche du coin de la lèvre en paraissait d’autant plus blanche. Puis ses cheveux, qu’il n’avait pu voir la première fois, l’embellissaient encore, en adoucissant ce que son visage avait d’un peu fier et de presque dur. C’étaient des cheveux blonds, d’un blond cendré, d’un blond de poudre, et il y en avait, et ils étaient fins, un brouillard d’or autour de la tête.

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Le Petit Chose Deuxième partie X. Irma

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie X. Irma Borel



X. Irma Borel, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Voilà deux mois que Jacques est parti, et il n’est pas encore au moment de revenir. Mademoiselle d’Hacqueville est morte. Le marquis, escorté de son secrétaire, promène son deuil par toute l’Italie, sans interrompre d’un seul jour la terrible dictée de ses mémoires. Jacques, surmené, trouve à peine le temps d’écrire à son frère quelques lignes datées de Rome, de Naples, de Pise, de Palerme. Mais, si le timbre de ces lettres varie souvent, leur texte ne change guère... " Travailles-tu ? Comment vont les yeux noirs ?... L’article de Gustave Planche a-t-il paru ?... Es-tu retourné chez Irma Borel ? " À ces questions, toujours les mêmes, le petit Chose répond invariablement qu’il travaille beaucoup, que la vente du livre va très bien, les yeux noirs aussi; qu’il n’a pas revu Irma Borel ni entendu parler de Gustave Planche.

Qu’y a-t-il de vrai dans tout cela ?... Une dernière lettre, écrite par le petit Chose en une nuit de fièvre et de tempête, va nous l’apprendre.


" Monsieur Jacques Eyssette, à Pise

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Le Petit Chose Deuxième partie XI. Le cœur de

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie XI. Le cœur de sucre



XI. Le cœur de sucre, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


Me voici arrivé aux pages les plus sombres de mon histoire, aux jours de misère et de honte que Daniel Eyssette a vécus à côté de cette Femme, Comédien dans la banlieue de Paris. Chose singulière ! ce temps de ma vie, accidenté, bruyant, tourbillonnant, m’a laissé des remords plutôt que des souvenirs.

Tout ce coin de ma mémoire est brouillé, je ne vois rien, rien...

Mais, attendez !... Je n’ai qu’à fermer les yeux et à fredonner deux ou trois fois ce refrain bizarre et mélancolique: " Tolocototignan ! Tolocototignan ! " tout de suite, comme par magie, mes souvenirs assoupis vont se réveiller, les heures mortes sortiront de leurs tombeaux, et je retrouverai le petit Chose, tel qu’il était alors, dans une grande maison neuve du boulevard Montparnasse, entre Irma Borel qui répétait ses rôles, et Coucou-Blanc qui chantait sans cesse:

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Le Petit Chose Deuxième partie XII.

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie XII. Tolocototignan



XII. Tolocototignan, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


C’était un soir, vers neuf heures, au Théâtre Montparnasse. Le petit Chose qui jouait dans la première pièce venait de finir et remontait dans sa loge. En montant, il se croisa avec Irma Borel qui allait entrer scène. Elle était rayonnante, toute en velours et en guipure, l’éventail au poing comme Célimène.

" Viens dans la salle, lui dit-elle en passant, je suis en train... je serai très belle. "

Il hâta le pas vers sa loge et se déshabilla bien vite. Cette loge, qu’il partageait avec deux camarades, était un cabinet sans fenêtre, bas de plafond, éclairé au schiste. Deux ou trois chaises de paille formaient l’ameublement. Le long du mur pendaient des fragments de glace, des perruques défrisées, des guenilles à paillettes, velours fanés, dorures éteintes; à terre, dans un coin, des pots de rouge sans couvercle, des houppes à poudre de riz toutes déplumées.

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Le Petit Chose Deuxième partie XIII.

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie XIII. L’enlèvement



XIII. L’enlèvement, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

— Regarde donc, Daniel, me dit ma Mère Jacques quand nous entrâmes dans la chambre de l’hôtel Pilois: c’est comme la nuit de ton arrivée à Paris !

Comme cette nuit-là, en effet, un joli réveillon nous attendait sur une nappe bien blanche; le pâté sentait bon, le vin avait l’air vénérable, la flamme claire des bougies riait au fond des verres... Et pourtant, et pourtant, ce n’était plus la même chose ! Il y a des bonheurs qu’on ne recommence pas. Le réveillon était le même; mais il y manquait la Fleur de nos anciens convives, les belles ardeurs de l’arrivée, les projets de travail, les rêves de gloire, et cette sainte confiance qui fait rire et qui donne faim. Pas un, hélas ! pas un ces réveillonneurs du temps passé n’avait voulu venir chez M. Pilois. Ils étaient tous restés dans le clocher de Saint-Germain; même, au dernier moment, l’Expansion, qui nous avait promis d’être de la fête, fit dire qu’elle ne viendrait pas.

Oh ! non, ce n’était plus la même chose. Je le compris si bien qu’au lieu de m’égayer, l’observation de Jacques me fit monter aux yeux un grand flot de larmes. Je suis sûr qu’au fond du cœur il avait bonne envie de pleurer, lui aussi; mais il eut le courage de se contenir, et me dit en prenant un petit air allègre: " Voyons ! Daniel, assez pleuré ! Tu ne fais que cela depuis une heure. (Dans la voiture, pendant qu’il me parlait, je n’avais cessé de sangloter sur son épaule.) En voilà un drôle d’accueil ! Tu me rappelles positivement les plus mauvais jours de mon histoire, le temps des pots de colle et de: " Jacques tu es un âne ! " Voyons, séchez vos larmes, jeune repenti, et regardez-vous dans la glace, cela vous fera rire. "

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Le Petit Chose Deuxième partie XIV. Le

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie XIV. Le rêve



XIV. Le rêve, un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet


Lecteur si tu as un esprit fort, si les rêves te font rire, si tu n as jamais eu le cœur mordu - mordu jusqu’à crier - par le pressentiment des choses futures, si tu es un Homme positif, une de ces têtes de fer que la réalité seule impressionne et qui ne laissent pas traîner un grain de superstition dans leurs cerveaux, si tu ne veux en aucun cas croire au surnaturel, admettre l’inexplicable, n’achève pas de lire ces mémoires. Ce qui me reste à dire en ces derniers chapitres est vrai comme la vérité éternelle; mais tu ne le croiras pas.

C’était le 4 décembre...

Je revenais de l’institution Ouly encore plus vite que d’ordinaire. Le matin, j’avais laissé Jacques à la maison, se plaignant d’une grande fatigue, et je languissais d’avoir de ses nouvelles. En traversant le jardin, je me jetai dans les jambes de M. Pilois, debout près du figuier, et causant à voix basse avec un gros personnage court et pattu, qui paraissait avoir beaucoup de peine à boutonner ses gants.

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Le Petit Chose Deuxième partie XV.

Le Petit Chose

Le petit chose Deuxième partie XV. .............



XV. ............., un chapitre du roman le petit chose d'Alphonse Daudet

Le petit chose, un roman d'Alphonse Daudet

Le petit Chose est malade; le petit Chose va mourir... Devant le passage du Saumon, une large litière de paille qu’on renouvelle tous les deux jours fait dire aux gens de la rue: " Il y a là haut quelque vieux richard en train de mourir... " Ce n’est pas un vieux richard qui va mourir, c’est le petit Chose... Tous les médecins l’ont condamné. Deux fièvres typhoïdes en deux ans, c’est beaucoup trop pour ce cervelet d’oiseau-mouche ! Allons ! vite, attelez la voiture noire ! Que la grande sauterelle prépare sa baguette d’ébène et son sourire désolé ! le petit Chose est malade; le petit Chose va mourir.

Il faut voir quelle consternation dans l’ancienne maison Lalouette ! Pierrotte ne dort plus; les yeux noirs se désespèrent. La dame de grand mérite feuillette son Raspail avec frénésie, en suppliant le bienheureux saint Camphre de faire un nouveau miracle en faveur du cher malade... Le salon jonquille est condamné, le piano mort, la flûte enclouée. Mais le plus navrant de tout, oh ! le plus navrant c’est une petite robe noire assise dans un coin de la maison, et tricotant du matin au soir, sans rien dire, avec de grosses larmes qui coulent.

Or, tandis que l’ancienne maison Lalouette se lamente ainsi nuit et jour, le petit Chose est bien tranquillement couché dans un dans un grand lit de plumes, sans se douter des pleurs qu’il fait répandre autour de lui. Il a les yeux ouverts, mais il ne voit rien; les objets ne vont pas jusqu’à son âme. Il n’entend rien non plus, rien qu’un bourdonnement sourd, un roulement confus, comme s’il avait: pour oreilles deux coquilles marines; ces grosses coquilles à lèvres roses où l’on entent ronfler la mer. Il ne parle pas, il ne pense pas: vous diriez une Fleur malade... Pourvu qu’on lui tienne une compresse d’eau fraîche sur la tête et un morceau de glace dans la bouche, c’est tout ce qu’il demande. Quand la glace est fondue, quand la compresse est desséchée au feu de son crâne, il pousse un grognement: c’est toute sa conversation.

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Les amoureuses par Alphonse Daudet

Les Amoureuses

Les Amoureuses d'Alphonse Daudet

Les amoureuses  est le premier travail écrit par Alphonse Daudet et publié en 1858. Ce sont ces poèmes qui feront connaitre Alphonse Daudet et surtout le reconnaitre.

 Alphonse Daudet le poète

 Les amoureuses Alphonse Daudet

L'impératrice Eugénie sera touché par le poète, elle lui permettra de devenir le secrétaire particulier du Duc de Morny, le demi frère de Napolèon III.

Cela mettra Alphonse Daudet à l'abri du besoin, mais surtout lui permettra d'écrire d'autres textes comme Les lettres de mon moulin  ou Tartarin de Tarascon.

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Miserere de l’amour

Les Amoureuses

Miserere de l’Amour



Miserere de l’amour, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Miserere !

Encore une fois, ma colombe,

O mon beau trésor adoré,

Viens t’agenouiller sur la tombe

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Les Cerisiers

Les Amoureuses

Les Cerisiers



Les Cerisiers, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

I

Vous souvient-il un peu de ce que vous disiez,

Mignonne, au temps des cerisiers ?

Ce qui tombait du bout de votre lèvre rose,

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À Célimène

Les Amoureuses

À Célimène



À Célimène, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Je ne vous Aime pas, ô blonde Célimène,

Et si vous l’avez cru quelque temps, apprenez

Que nous ne sommes point de ces gens que l’on mène

Avec une lisière et par le bout du nez;

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Les Bottines

Les Amoureuses

Les Bottines



Les Bottines, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

…Ce bruit charmant des talons qui

résonnent sur le parquet: clic ! clac ! est

le plus joli thème pour un rondeau.

GŒTHE, Wilhelm Meister.

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À Clairette

Les Amoureuses

À Clairette



À Clairette, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Croyez-moi, mignonne, avec l’amourette

Que nous gaspillons à deux, chaque jour

(Ne vous moquez pas trop de moi, Clairette),

On pourrait encore faire un peu d’Amour.

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Le Croup

Les Amoureuses

Le Croup



Le Croup, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Alors Hérode envoya tuer dans Bethléem

Et dans les pays d’alentour les enfants de

Deux ans et au-dessous.

Saint Matthieu, III.

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Aux Petits Enfants

Les Amoureuses

Aux Petits enfants



Aux Petits Enfants, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet


Enfants d’un jour, ô nouveau-nés,

Petites bouches, petits nez,

Petites lèvres demi-closes,

Membres tremblants,

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L’Oiseau bleu

Les Amoureuses

L’Oiseau bleu



L’Oiseau bleu, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

J’ai dans mon cœur un oiseau bleu,

Une charmante créature,

Si mignonne que sa ceinture

N’a pas l’épaisseur d’un cheveu

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Autre Amoureuse

Les Amoureuses

Autre Amoureuse



Autre Amoureuse, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Lorsque je vivais loin de vous,

Toujours triste, toujours en larmes,

Pour mon cœur malade et jaloux

Le sommeil seul avait des charmes.

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Les Prunes

Les Amoureuses

Les Prunes



Les Prunes, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

I

Si vous voulez savoir comment

Nous nous aimâmes pour des prunes,

Je vous le dirai doucement,

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Nature impassible

Les Amoureuses

Nature impassible



Nature impassible, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Lorsque l’Homme pleura sa première chimère,

Moins impassible qu’aujourd’hui,

La nature sentit frémir ses flancs de Mère

Et voulut pleurer avec lui.

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Dernière Amoureuse

Les Amoureuses

Dernière Amoureuse



Dernière Amoureuse, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

A l’heure d’Amour, l’autre soir,

La Mort près de moi vint s’asseoir;

S’asseoir, près de moi, sur ma couche.

En silence, elle s’accouda.

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Le 1er mai 1857

Les Amoureuses

Le 1er mai 1857



Mort d’Alfred de Musset

Le 1er mai 1857, Mort d’Alfred de Musset

, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Nature de rêveur, tempérament d’artiste,

Il est resté toujours triste, horriblement triste.

Sans savoir ce qu’il veut, sans savoir ce qu’il a,

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La Rêveuse

Les Amoureuses

La Rêveuse



La Rêveuse, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Elle rêve, la jeune Femme !

L’œil alangui, les bras pendants,

Elle rêve, elle entend son âme,

Son âme qui chante au dedans.

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Le Rouge-gorge

Les Amoureuses

Le Rouge-gorge



Le Rouge-gorge, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

I

Un soir que je rêvais dans ma chambre, déserte

Depuis sa mort,

Un oisillon s’en vint de la fenêtre ouverte

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La Vierge à la crèche

Les Amoureuses

La Vierge à la crèche



La Vierge à la crèche, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Dans ses langes blancs, fraîchement cousus,

La vierge berçait son enfant-Jésus.

Lui, gazouillait comme un nid de mésanges.

Elle le berçait, et chantait tout bas

Ce que nous chantons à nos petits anges…

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Fanfaronnade

Les Amoureuses

Fanfaronnade



Fanfaronnade, un poème du recueil de poésie Les Amoureuses par Alphonse Daudet

Je n’ai plus ni foi ni croyance !

Il n’est pas de fruit défendu

Que ma dent n’ait un peu mordu

Sur le vieil arbre de science:

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Installation.

Les lettres de mon moulin

Installation.



Installation. Lettres de mon moulin par Alphonse Daudet

Ce sont les lapins qui ont été étonnés !… Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opérations stratégiques: le moulin de Jemmapes des lapins… La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à un rayon de lune… Le temps d’entrouvrir une lucarne, frrt ! voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui détalent, la queue en l’air, dans le fourré. J’espère bien qu’ils reviendront.

Quelqu’un de très étonné aussi, en me voyant, c’est le locataire du premier, un vieux hibou sinistre, à tête de penseur, qui habite le moulin depuis plus de vingt ans. Je l’ai trouvé dans la chambre du haut, immobile et droit sur l’arbre de couche, au milieu des plâtras, des tuiles tombées. Il m’a regardé un moment avec son œil rond; puis, tout effaré de ne pas me reconnaître, il s’est mis à faire: " Hou ! hou ! " et à secouer péniblement ses ailes grises de poussière; — ces diables de penseurs ! ça ne se brosse jamais… N’importe ! tel qu’il est, avec ses yeux clignotants et sa mine renfrognée, ce locataire silencieux me plaît encore mieux qu’un autre, et je me suis empressé de lui renouveler son bail. Il garde comme dans le passé tout le haut du moulin avec une entrée par le toit; moi je me réserve la pièce du bas, une petite pièce blanchie à la chaux, basse et voûtée comme un réfectoire de couvent.

C’est de là que je vous écris, ma porte grande ouverte, au bon soleil.

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La diligence de beaucaire.

Les lettres de mon moulin

La diligence de beaucaire.



La diligence de beaucaire. Lettres de mon moulin par Alphonse Daudet


C’était le jour de mon arrivée ici. J’avais pris la diligence de Beaucaire, une bonne vieille patache qui n’a pas grand chemin à faire avant d’être rendue chez elle, mais qui flâne tout le long de la route, pour avoir l’air, le soir, d’arriver de très loin. Nous étions cinq sur l’impériale sans compter le conducteur.

D’abord un gardien de Camargue, petit Homme trapu, poilu, sentant le fauve, avec de gros yeux pleins de sang et des anneaux d’argent aux oreilles; puis deux Beaucairois, un boulanger et son gindre, tous deux très rouges, très poussifs, mais des profils superbes, deux médailles romaines à l’ effigie de Vitellius. Enfin, sur le devant, près du conducteur, un homme… non ! une casquette, une énorme casquette en peau de lapin, qui ne disait pas grand’chose et regardait la route d’un air triste.

Tous ces gens-là se connaissaient entre eux et parlaient tout haut de leurs affaires, très librement. Le Camarguais racontait qu’il venait de Nîmes, mandé par le juge d’instruction pour un coup de fourche donné à un berger. On a le sang vif en Camargue… Et à Beaucaire donc ! Est-ce que nos deux Beaucairois ne voulaient pas s’égorger à propos de la Sainte Vierge ? Il paraît que le boulanger était d’une paroisse depuis longtemps vouée à la madone, celle que les Provençaux appellent la bonne Mère et qui porte le petit Jésus dans ses bras; le gindre, au contraire, chantait au lutrin d’une église toute neuve qui s’était consacrée à l’Immaculée Conception, cette belle image souriante qu’on représente les bras pendants, les mains pleines de rayons. La querelle venait de là. Il fallait voir comme ces deux bons catholiques se traitaient, eux et leurs madones:

— Elle est jolie, ton immaculée !

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Le Secret De Maître Cornille

Les lettres de mon moulin

Le Secret De Maître Cornille




Le Secret De Maître Cornille Lettres de mon moulin par Alphonse Daudet


Francet Mamaï, un vieux joueur de fifre, qui vient de temps en temps faire la veillée chez moi, en buvant du vin cuit, m’a raconté l’autre soir un petit drame de village dont mon moulin a été témoin il y a quelque vingt ans. Le récit du bonhomme m’a touché, et je vais essayer de vous le redire tel que je l’ai entendu.

Imaginez-vous pour un moment, chers lecteurs, que vous êtes assis devant un pot de vin tout parfumé, et que c’est un vieux joueur de fifre qui vous parle.

Notre pays, mon bon monsieur, n’a pas toujours été un endroit mort et sans renom, comme il est aujourd’hui. Autre temps, il s’y faisait un grand commerce de meunerie, et, dix lieues à la ronde, les gens des mas nous apportaient leur blé à moudre… Tout autour du village, les collines étaient couvertes de moulins à vent. De droite et de gauche on ne voyait que des ailes qui viraient au mistral par-dessus les pins, des ribambelles de petits ânes chargés de sacs, montant et dévalant le long des chemins; et toute la semaine c’était plaisir d’entendre sur la hauteur le bruit des fouets, le craquement de la toile et le Dia hue ! des aides-meuniers… Le dimanche nous allions aux moulins, par bandes. Là-haut, les meuniers payaient le muscat. Les meunières étaient belles comme des reines, avec leurs fichus de dentelles et leurs croix d’or. Moi, j’apportais mon fifre, et jusqu’à la noire nuit on dansait des farandoles. Ces moulins-là, voyez-vous, faisaient la joie et la richesse de notre pays.

Malheureusement, des Français de Paris eurent l’idée d’établir une minoterie à vapeur, sur la route de Tarascon. Tout beau, tout nouveau ! Les gens prirent l’habitude d’envoyer leurs blés aux minotiers, et les pauvres moulins à vent restèrent sans ouvrage. Pendant quelque temps ils essayèrent de lutter, mais la vapeur fut la plus forte, et l’un après l’autre, pécaïre ! ils furent tous obligés de fermer… On ne vit plus venir les petits ânes… Les belles meunières vendirent leurs croix d’or… Plus de muscat ! plus de farandole !… Le mistral avait beau souffler, les ailes restaient immobiles… Puis, un beau jour, la commune fit jeter toutes ces masures à bas, et l’on sema à leur place de la vigne et des oliviers.

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