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Les fables Livre 8
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Fureur d'accumuler, monstre de qui les yeux
Regardent comme un point tous les bienfaits des dieux,
Te combattrai-je en vain sans cesse, en cet ouvrage ?
Quel temps demandes-tu pour suivre mes leçons ?
L'Homme, sourd à ma voix comme à celle du sage,
Ne dira-t-il jamais : " C'est assez, jouissons " ?
- Hâte-toi mon ami, tu n'as pas tant à vivre.
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Les fables Livre 8
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Que j'ai toujours haï les pensers du vulgaire !
Qu'il me semble profane, injuste et téméraire,
Mettant de faux milieux entre la chose et lui,
Et mesurant par soi ce qu'il voit en autrui !
Le maître d'Epicure en fit l'apprentissage.
Son pays le crut fou : petits esprits ! Mais quoi ?
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Les fables Livre 8
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Les vertus devraient être soeurs,
Ainsi que les vices frères.
Dès que l'un de ceux-ci s'empare de nos coeurs,
J'entends de ceux qui, n'étant pas contraires,
Peuvent loger sous même toit.
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Les fables Livre 8
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Laridon et César, frères dont l'origine
Venait de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis,
A deux maîtres divers échus au temps jadis,
Hantaient, l'un les forêts, et l'autre la cuisine.
Ils avaient eu d'abord chacun un autre nom;
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Les fables Livre 8
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Avec grand bruit et grand fracas
Un torrent tombait des montagnes :
Tout fuyait devant lui : l'horreur suivait ses pas ;
Il faisait trembler les campagnes.
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Les fables Livre 8
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Quatre animaux divers, le chat Grippe-fromage,
Triste oiseau le hibou, Ronge-maille le rat,
Dame belette au long corsage,
Toutes gens d'esprit scélérat,
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Les fables Livre 8
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Une traîtresse voix bien souvent vous appelle;
Ne vous pressez donc nullement :
Ce n'était pas un sot, non, non, et croyez-m'en,
Que le chien de Jean de Nivelle.
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Les fables Livre 8
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Jupiter, voyant nos fautes,
Dit un jour, du haut des airs:
«Remplissons de nouveaux hôtes
Les cantons de l'univers
Habités par cette race
Qui m'importune et me lasse.
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Les fables Livre 8
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Entre deux bourgeois d'une ville
S'émut jadis un différend:
L'un était pauvre, mais habile;
L'autre riche, mais ignorant.
Celui-ci sur son concurrent
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Les fables Livre 8
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Un marchand grec en certaine contrée
Faisait trafic. Un bassa l'appuyait ;
De quoi le grec en bassa le payait,
Non en marchand: tant c'est chère denrée
Qu'un protecteur. Celui-ci coûtait tant,
Que notre Grec s'allait partout plaignant.
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Les fables Livre 8
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Il se faut entr'aider, c'est la loi de Nature
L'âne un jour pourtant s'en moqua :
Et ne sais comme il y manqua;
Car il est bonne créature
Il allait par pays, accompagné du chien,
Gravement, sans songer à rien,
Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maître s'endormit: l'âne se mit à paître.
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Les fables Livre 8
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On rencontre sa destinée
Souvent par des chemins qu'on prend pour l'éviter.
Un père eut pour toute lignée
Un fils qu'il aima trop, jusques à consulter
Sur le sort de sa géniture
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Les fables Livre 8
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Se croire un personnage est fort commun en France :
On y fait l'Homme d'importance,
Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois.
C'est proprement le mal françois :
La sotte vanité nous est particulière.
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Les fables Livre 8
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La Femme du lion mourut ;
Aussitôt chacun accourut
Pour s'acquitter envers le prince
De certains compliments de consolation
Qui sont surcroît d'affliction.
Il fit avertir sa province
Que les obsèques se feraient
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Les fables Livre 8
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J'avais Esope quitté,
Pour être tout à Boccace ;
Mais une divinité
Veut revoir sur le Parnasse
Des Fables de ma façon.
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Les fables Livre 8
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Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras,
Montés sur un même char, s'en allaient à la foire.
Leur divertissement ne les y portait pas ;
On s'en allait les vendre, à ce que dit l'histoire :
Le charton n'avait pas dessein
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Les fables Livre 8
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Deux vrais amis vivaient au Monomotapa;
L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre.
Les amis de ce pays-là
Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.
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Les fables Livre 8
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Certain ours montagnard, ours à demi léché,
Confiné par le Sort dans un bois Solitaire,
Nouveau Bellérophon vivait seul et caché.
Il fût devenu fou: la raison d'ordinaire
N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés.
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Les fables Livre 8
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Un rat, hôte d'un champ, rat de peu de cervelle,
Des lares paternels un jour se trouva sou.
Il laisse là le champ, le grain et la javelle,
Va courir le pays, abandonne son trou.
Sitôt qu'il fut hors de la case :
«Que le monde, dit-il, est grand et spacieux !
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Les fables Livre 8
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On cherche les rieurs, et moi je les évite.
Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite:
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
J'en vais peut-être en une Fable
Introduire un; peut-être aussi
Que quelqu'un trouvera que j'aurai réussi.
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Les fables Livre 8
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Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles,
Ni les mains à celle de l'or :
Peu de gens gardent un trésor
Avec des soins assez fidèles.
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Les fables Livre 8
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Rien ne pèse tant qu'un secret :
Le porter loin est difficile aux dames ;
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d'Hommes qui sont Femmes.
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Les fables Livre 8
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Par des voeux importuns nous fatiguons les dieux,
Souvent pour des sujets même indignes des Hommes:
Il semble que le Ciel sur tous tant que nous sommes
Soit obligé d'avoir incessamment les yeux,
Et que le plus petit de la race mortelle,
A chaque pas qu'il fait, à chaque bagatelle,
Doive intriguer l'Olympe et tous ses citoyens
Comme s'il s'agissait des Grecs et des Troyens.
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Les fables Livre 8
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La qualité d'ambassadeur
Peut-elle s'abaisser à des Contes vulgaires?
Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères?
S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur,
Seront-ils point traités par vous de téméraires?
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Les fables Livre 8
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Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir :
C'était merveilles de le voir,
Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages,
Plus content qu'aucun des sept sages.
Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or,
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Les fables Livre 8
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La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir
Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
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