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Hermann chanté par les bardes Werdomar, Kerding et Darmont

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  WERDOMAR

     Asseyons-nous, ô Bardes, sur ce rocher de la mousse anti-
que et célébrons Hermann : qu’aucun ne s’approche d’ici et ne
recouvre le plus noble fils de la patrie.


     Car il gît là dans son sang, lui l’effroi secret de Rome, alors
même qu’elle entraînait sa Trusnelda captive, avec des danses
guerrières et des concerts victorieux !


     Non, ne le regardez pas, vous pleureriez de le voir étendu
dans son sang ; et la lyre ne doit point résonner plaintive, mais
chanter la gloire de l’immortel.


                             KERDING

     Ma jeune chevelure est blonde encore ; ce n’est que de ce
jour que je porte l’épée, de ce jour que j’ai saisi la lyre et la
lance… et il faut que je chante Hermann !


     Ô pères, n’exigez pas trop d’un jeune Homme : je veux es-
suyer mes joues humides avec ma blonde chevelure, avant
d’oser chanter le plus noble des fils de Mana.


                            DARMONT

     Oh ! je verse des pleurs de rage ; et je ne les essuierai pas :
coulez, inondez mes joues, larmes de la colère !


     Vous n’êtes pas muettes ; amis, écoutez leur langage : Ma-
lédiction sur les Romains ! Écoute, Héla : Que nul des traîtres
qui l’ont égorgé ne périsse dans les combats !


                            WERDOMAR

     Voyez-vous le torrent sauvage se précipiter sur les rochers ;
il roule parmi ses eaux des pins déracinés et les apporte au bû-
cher du héros.


     Bientôt Hermann ne sera que poussière, il reposera dans
un tombeau d’argile, et à sa cendre nous joindrons l’épée sur
laquelle il jura la perte du conquérant.


     Arrête, esprit du mort, toi qui vas rejoindre Siegmar, et
vois comme le cœur de ton peuple n’est rempli que de toi.


                              KERDING

     Oh ! que Trusnelda ignore que son Hermann est étendu là
dans son sang ! Ne dites pas à cette noble Femme, à cette mère
infortunée que le père de son Thumeliko n’est plus.


     Celui qui l’apprendrait à cette femme, qui marcha un jour
enchaînée devant le char de triomphe du vainqueur, celui-là
aurait un cœur de Romain !


                             DARMONT

     Et quel père t’a engendré, malheureuse fille ? Un Segestes,
qui aiguisait dans l’ombre le glaive de la trahison. Ne le maudis-
sez pas… Héla déjà l’a condamné.


                             
                             WERDOMAR

     Segestes est un nom qui doit être banni de vos chants ; que
l’oubli descende sur lui : qu’il reploie ses lourdes ailes, et som-
meille sur sa poussière !


     Les cordes qui frémissent du nom d’Hermann seraient
souillées si elles répétaient le nom du traître, même pour
l’accuser.


     Hermann ! Hermann ! Les bardes font retentir de ton nom
l’écho des forêts mystérieuses ; toi, le chef des braves, le libéra-
teur de la patrie !


     Ô bataille de Winsfeld, sœur de la bataille de Cannes, je t’ai
vue les cheveux épars et sanglants, le feu de la vengeance dans
les yeux, apparaître parmi les harpes du Valhalla !


     Le fils de Drusus voulait en vain effacer les traces de ton
passage en cachant dans la vallée de la mort les blancs osse-
ments des vaincus…


     Nous ne l’avons pas voulu, et nous avons bouleversé leurs
sépulcres, afin que ces débris témoignassent d’un si grand jour
et qu’aux fêtes du printemps ils entendissent nos chants de vic-
toire !


     Il voulait, notre héros, donner encore des sœurs à Cannes,
à Varus des compagnons de mort ! sans les princes et leur len-
teur jalouse, Cœcina eût déjà rejoint son chef Varus.


     Il y avait dans l’âme d’Hermann une pensée plus grande
encore… Près de l’autel de Thor, à minuit, environné de chants
de guerre, il se recueillit dans son âme et résolut de l’accomplir.


     Et il y pensait parmi vos divertissements, pendant cette
danse hardie des épées dont notre jeunesse se fait un jeu.


     Le rocher vainqueur des tempêtes raconte qu’il est une
montagne dans l’Océan du nord qui annonce long-temps par
des tourbillons de fumée qu’elle vomira de hautes flammes et
d’immenses rochers ! …


     Ainsi Hermann préludait par ses premiers combats à fran-
chir les Alpes neigeuses, et à s’en aller descendre dans les plai-
nes de Rome ;


     Pour mourir là ! … ou pour monter à cet orgueilleux capi-
tole, jusqu’au tribunal de Jupiter, et demander compte à Tibère
et aux ombres de ses ancêtres de l’injustice de leurs guerres !


     Mais pour accomplir tout cela, il fallait qu’il portât l’épée
de commandement à la tête des princes ses rivaux… C’est pour-
quoi ils ont conspiré sa perte… Et le voici étendu dans son sang,
celui dont le cœur renfermait une pensée si patriotique !


                           DARMONT

     As-tu compris, Héla ! mes pleurs de rage ? As-tu écouté
leurs prières, Héla ! vengeresse Héla ?


                            KERDING

     Dans les campagnes dorées du Walhalla, Siegmar rajeuni
recevra son jeune Hermann, une palme à la main, et accompa-
gné de Thuiskon et de Mana…


                          WERDOMAR

     Siegmar accueillera son fils avec tristesse ; car Hermann ne
pourra plus aller au tribunal de Jupiter accuser Tibère et les
ombres de ses ancêtres !



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Jean de La Fontaine est l'auteur des Fables de La Fontaine. Jean de la Fontaine est un contemporain de Molière , Nicolas Boileau , Racine ou Corneille, Il vécurent tous sous le règne du Roi Louis XIV le roi soleil

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