Jules Verne - Jules Verne textes oeuvres romans livres actualité de Jules Verne
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Jules Verne
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Jules Verne
Jules Verne est un écrivain français du 19ème siècle, il est né le huit février 1828 dans la ville de Nantes, Jules Verne s'éteint à Amiens le 24 mars 1905. Jules Verne etait passionné par les sciences, et le 19ème siècle prolifique, en nouvelles inventions lui a bien rendu services, il a mélangé dans ses Romans tout cela avec une remarquable aisance. On peut dire de lui, que Jules Verne était un visionnaire
Jules Verne
Jules Verne a toute sa vie écrit des romans avec une prédilection pour la science fiction et l'anticipation.
L'oeuvre de Jules VerneJules Verne a écrit des romans, des pièces de théatre, mais c'est surtout les romans qui le feront connaitre au grand public. En 1862, Jules verne publie cinq semaines en ballons, le premier Roman d'une longue histoire, l'éditeur Pierre Jules Hetzel lance aussitôt une collection baptisé voyages extraordinaires. Le roman "Cinq semaines en ballon" est un succés et pas seulement en France, son éditeur lui fait signer un contrat d'exclusivité pour 20 ans. C'est le début d'une longue aventure avec l'éditeur, 40 ans et 64 volumes plus tard, Jules Verne laisse une oeuvre immense. Auteur reconnu, Jules Verne est accueilli et honoré dans de nombreuses assemblées, il n'arrivera pas à rentrer à l'académie française, malgré plusieurs tentatives et l'appui de personnes reconnus comme Alexandre Dumas fils, ce qui sera une immense déception.
Jules Verne
du point de vue des romans, le succès ne se dément pas, on peut citer
Jules Verne et l'histoireEn 1905, l'année du dècés de Jules Verne, de nombreux manuscrits resteent à publier, ils sont retouchées par le fils de Jules Verne, Michel. le dernier manuscrit de Jules Verne a été publié en 1991, il s'agit de " un prêtre en 1839". L'oeuvre de Jules Verne ne solde pas seulement à ses romans, mais des dizaines de pièces de theatre, des essais et ouvrages sur l'histoire,
- Géographie illustrée de la France et de ses colonies en 1866
- Edgar Poe et ses oeuvres
il aussi écrit des poèmes et des chansons, 184 textes édités dans deux recueils.
Quel est l'héritage de Jules Verne aujourd'hui Jules Verne est toujours présent un siècle plus tard, avec un grand nombre d'adaptation au cinéma, les personnages les romans sont passés dans la culture populaire, Jules Verne est encore aujourd'hui un des auteurs les plus publiés et un des plus traduits et cela dans le monde entier.
Le capitaine Nemo ou Phileas Fogg sont dans toutes les têtes, le roman le tour du monde en 80 jours fait l'objet d'un trophée, le trophée Jules Verne ou les plus grands skippers s'affrontent dans un tour du monde très difficile et éxigeant.
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock, revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19 de Königstrasse, l’une des plus anciennes rues du vieux quartier de Hambourg.
La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dîner commençait à peine à chanter sur le fourneau de la cuisine.
" Bon, me dis-je, s’il a faim, mon oncle, qui est le plus impatient des Hommes, va pousser des cris de détresse.
— Déjà M. Lidenbrock ! s’écria la bonne Marthe stupéfaite, en entre-bâillant la porte de la salle à manger. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Ce cabinet était un véritable musée. Tous les échantillons du règne minéral s’y trouvaient étiquetés avec l’ordre le plus parfait, suivant les trois grandes divisions des minéraux inflammables, métalliques et lithoïdes.
Comme je les connaissais, ces bibelots de la science minéralogique ! Que de fois, au lieu de muser avec des garçons de mon âge, je m’étais plu à épousseter ces graphites, ces anthracites, ces houilles, ces lignites, ces tourbes ! Et les bitumes, les résines, les sels organiques qu’il fallait préserver du moindre atome de poussière ! Et ces métaux, depuis le fer jusqu’à l’or, dont la valeur relative disparaissait devant l’égalité absolue des spécimens scientifiques ! Et toutes ces pierres qui eussent suffi à reconstruire la maison de Königstrasse, même avec une belle chambre de plus, dont je me serais si bien arrangé !
Mais, en entrant dans le cabinet, je ne songeais guère à ces merveilles. Mon oncle seul occupait ma pensée. Il était enfoui dans son large fauteuil garni de velours d’Utrecht, et tenait entre les mains un livre qu’il considérait avec la plus profonde admiration.
" Quel livre ! quel livre ! " s’écriait-il.
Cette exclamation me rappela que le professeur Lidenbrock était aussi bibliomane à ses moments perdus; mais un bouquin n’avait de prix à ses yeux qu’à la condition d’être introuvable, ou tout au moins illisible. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
" C’est évidemment du runique, disait le professeur en fronçant le sourcil. Mais il y a un secret, et je le découvrirai, sinon… "
Un geste violent acheva sa pensée.
" Mets-toi là, ajouta-t-il en m’indiquant la table du poing, et écris. "
En un instant je fus prêt.
" Maintenant, je vais te dicter chaque lettre de notre alphabet qui correspond à l’un de ces caractères islandais. Nous verrons ce que cela donnera. Mais, par saint Michel ! garde-toi bien de te tromper ! " Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
" Il est parti ? s’écria Marthe en accourant au bruit de la porte de la rue qui, violemment refermée, venait d’ébranler la maison tout entière.
— Oui ! répondis-je, complètement parti !
— Eh bien ? et son dîner ? fit la vieille servante.
— Il ne dînera pas !
— Et son souper ? Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Je n’eus que le temps de replacer sur la table le malencontreux document.
Le professeur Lidenbrock paraissait profondément absorbé. Sa pensée dominante ne lui laissait pas un instant de répit; il avait évidemment scruté, analysé l’affaire, mis en œuvre toutes les ressources de son imagination pendant sa promenade, et il revenait appliquer quelque combinaison nouvelle.
En effet, il s’assit dans son fauteuil, et, la plume à la main, il commença à établir des formules qui ressemblaient à un calcul algébrique.
Je suivais du regard sa main frémissante; je ne perdais pas un seul de ses mouvements. Quelque résultat inespéré allait-il donc inopinément se produire ? Je tremblais, et sans raison, puisque la vraie combinaison, la " seule " étant déjà trouvée, toute autre recherche devenait forcément vaine.
Pendant trois longues heures, mon oncle travailla sans parler, sans lever la tête, effaçant, reprenant, raturant, recommençant mille fois. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
À ces paroles un frisson me passa par tout le corps. Cependant je me contins. Je résolus même de faire bonne figure. Des arguments scientifiques pouvaient seuls arrêter le professeur Lidenbrock. Or, il y en avait, et de bons, contre la possibilité d’un pareil voyage. Aller au centre de la terre ! Quelle folie ! Je réservai ma dialectique pour le moment opportun, et je m’occupai du repas.
Inutile de rapporter les imprécations de mon oncle devant la table desservie. Tout s’expliqua. La liberté fut rendue à la bonne Marthe. Elle courut au marché et fit si bien, qu’une heure après, ma faim était calmée, et je revenais au sentiment de la situation.
Pendant le repas, mon oncle fut presque gai; il lui échappait de ces plaisanteries de savant qui ne sont jamais bien dangereuses. Après le dessert, il me fit signe de le suivre dans son cabinet.
J’obéis. Il s’assit à un bout de sa table de travail, et moi à l’autre.
" Axel, dit-il d’une voix assez douce, tu es un garçon très-ingénieux; tu m’as rendu là un fier service, quand, de guerre lasse, j’allais abandonner cette combinaison. Où me serais-je égaré ? Nul ne peut le savoir ! Je n’oublierai jamais cela, mon garçon, et de la gloire que nous allons acquérir tu auras ta part. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Ainsi se termina cette mémorable séance. Cet entretien me donna la fièvre. Je sortis du cabinet de mon oncle comme étourdi, et il n’y avait pas assez d’air dans les rues de Hambourg pour me remettre. Je gagnai donc les bords de l’Elbe, du côté du bac à vapeur qui met la ville en communication avec le chemin de fer de Harbourg.
Étais-je convaincu de ce que je venais d’apprendre ? N’avais-je pas subi la domination du professeur Lidenbrock ? Devais-je prendre au sérieux sa résolution d’aller au centre du massif terrestre ? Venais-je d’entendre les spéculations insensées d’un fou ou les déductions scientifiques d’un grand génie ? En tout cela, où s’arrêtait la vérité, où commençait l’erreur ?
Je flottais entre mille hypothèses contradictoires, sans pouvoir m’accrocher à aucune.
Cependant je me rappelais avoir été convaincu, quoique mon enthousiasme commençât à se modérer; mais j’aurais voulu partir immédiatement et ne pas prendre le temps de la réflexion. Oui, le courage ne m’eût pas manqué pour boucler ma valise en ce moment.
Il faut pourtant l’avouer, une heure après cette surexcitation tomba; mes nerfs se détendirent, et des profonds abîmes de la terre je remontai à sa surface. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Altona, véritable banlieue de Hambourg, est tête de ligne du chemin de fer de Kiel, qui devait nous conduire au rivage des Belt. En moins de vingt minutes, nous entrions sur le territoire du Holstein.
À six heures et demie, la voiture s’arrêta devant la gare; les nombreux colis de mon oncle, ses volumineux articles de voyage furent déchargés, transportés, pesés, étiquetés, rechargés dans le wagon de bagages, et à sept heures nous étions assis l’un vis-à-vis de l’autre dans le même compartiment. La vapeur siffla, la locomotive se mit en mouvement. Nous étions partis.
Étais-je résigné ? Pas encore. Cependant l’air frais du matin, les détails de la route rapidement renouvelés par la vitesse du train me distrayaient de ma grande préoccupation.
Quant à la pensée du professeur, elle devançait évidemment ce convoi trop lent au gré de son impatience. Nous étions seuls dans le wagon, mais sans parler. Mon oncle revisitait ses poches et son sac de voyage avec une minutieuse attention. Je vis bien que rien ne lui manquait des pièces nécessaires à l’exécution de ses projets.
Entre autres, une feuille de papier, pliée avec soin, portait l’entête de la chancellerie danoise, avec la signature de M. Christiensen, consul à Hambourg et l’ami du professeur. Cela devait nous donner toute facilité d’obtenir à Copenhague des recommandations pour le gouverneur de l’Islande. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le jour du départ arriva. La veille, le complaisant M. Thomson nous avait apporté des lettres de recommandations pressantes pour le comte Trampe, gouverneur de l’Islande, M. Pietursson, le coadjuteur de l’évêque, et M. Finsen, maire de Reykjawik. En retour, mon oncle lui octroya les plus chaleureuses poignées de main.
Le 2, à six heures du matin, nos précieux bagages étaient rendus à bord de la Valkyrie. Le capitaine nous conduisit à des cabines assez étroites et disposées sous une espèce de rouffle.
" Avons-nous bon vent ? demanda mon oncle.
— Excellent, répondit le capitaine Bjarne; un vent de sud-est. Nous allons sortir du Sund grand largue et toutes voiles dehors. "
Quelques instants plus tard, la goëlette, sous sa misaine, sa brigantine, son hunier et son perroquet, appareilla et donna à pleine toile dans le détroit. Une heure après la capitale du Danemark semblait s’enfoncer dans les flots éloignés, et la Valkyrie rasait la côte d’Elseneur. Dans la disposition nerveuse où je me trouvais, je m’attendais à voir l’ombre d’Hamlet errant sur la terrasse légendaire. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le dîner était prêt; il fut dévoré avec avidité par le professeur Lidenbrock, dont la diète forcée du bord avait changé l’estomac en un gouffre profond. Ce repas, plus danois qu’islandais, n’eut rien de remarquable en lui-même; mais notre hôte, plus islandais que danois, me rappela les héros de l’antique hospitalité. Il me parut évident que nous étions chez lui plus que lui-même.
La conversation se fit en langue indigène, que mon oncle entremêlait d’allemand et M. Fridriksson de latin, afin que je pusse la comprendre. Elle roula sur des questions scientifiques, comme il convient à des savants; mais le professeur Lidenbrock se tint sur la plus excessive réserve, et ses yeux me recommandaient, à chaque phrase, un silence absolu touchant nos projets à venir.
Tout d’abord, M. Fridriksson s’enquit auprès de mon oncle du résultat de ses recherches à la bibliothèque
" Votre bibliothèque ! s´écria ce dernier, elle ne se compose que de Livres dépareillés sur des rayons presque déserts.
— Comment ! répondit M. Fridriksson, nous possédons huit mille volumes dont beaucoup sont précieux et rares, des ouvrages en vieille langue Scandinave, et toutes les nouveautés dont Copenhague nous approvisionne chaque année. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le soir, je fis une courte promenade sur les rivages de Reykjawik, et je revins de bonne heure me coucher dans mon lit de grosses planches, où je dormis d’un profond sommeil.
Quand je me réveillai, j’entendis mon oncle parler abondamment dans la salle voisine. Je me levai aussitôt et je me hâtai d’aller le rejoindre.
Il causait en danois avec un Homme de haute taille, vigoureusement découplé. Ce grand gaillard devait être d’une force peu commune. Ses yeux, percés dans une tête très-grosse et assez naïve, me parurent intelligents. Ils étaient d’un bleu rêveur. De longs cheveux, qui eussent passé pour roux, même en Angleterre, tombaient sur ses athlétiques épaules. Cet indigène avait les mouvements souples, mais il remuait peu les bras, en homme qui ignorait ou dédaignait la langue des gestes. Tout en lui révélait un tempérament d’un calme parfait, non pas indolent, mais tranquille. On sentait qu’il ne demandait rien à personne, qu’il travaillait à sa convenance, et que, dans ce monde, sa philosophie ne pouvait être ni étonnée ni troublée.
Je surpris les nuances de ce caractère, à la manière dont l’Islandais écouta le verbiage passionné de son interlocuteur. Il demeurait les bras croisés, immobile au milieu des gestes multipliés de mon oncle; pour nier, sa tête tournait de gauche à droite; elle s’inclinait pour affirmer, et cela si peu, que ses longs cheveux bougeaient à peine; c’était l’économie du mouvement poussée jusqu’à l’avarice. Certes, à voir cet homme, je n’aurais jamais deviné sa profession de chasseur; celui-là ne devait pas effrayer le gibier, à coup sûr, mais comment pouvait-il l’atteindre ?
Tout s’expliqua quand M. Fridriksson m’apprit que ce tranquille personnage n’était qu’un " chasseur d’eider ", oiseau dont le duvet constitue la plus grande richesse de l’île. En effet, ce duvet s’appelle l’édredon, et il ne faut pas une grande dépense de mouvement pour le recueillir. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Nous étions partis par un temps couvert, mais fixe. Pas de fatigantes chaleurs à redouter, ni pluies désastreuses. Un temps de touristes.
Le plaisir de courir à cheval à travers un pays inconnu me rendait de facile composition sur le début de l’entreprise. J’étais tout entier au Bonheur de l’excursionniste fait de désirs et de liberté. Je commençais à prendre mon parti de l’affaire.
" D’ailleurs, me disais-je, qu’est-ce que je risque ? de voyager au milieu du pays le plus curieux ! de gravir une montagne fort remarquable ! au pis-aller de descendre au fond d’un cratère éteint ? Il est bien évident que ce Saknussemm n’a pas fait autre chose. Quant à l’existence d’une galerie qui aboutisse au centre du globe, pure imagination ! pure impossibilité ! Donc, ce qu’il y a de bon à prendre de cette expédition, prenons-le, et sans marchander. "
Ce raisonnement à peine achevé, nous avions quitté Reykjawik.
Hans marchait en tète, d’un pas rapide, égal et continu. Les deux chevaux chargés de nos bagages le suivaient, sans qu’il fût nécessaire de les diriger. Mon oncle et moi, nous venions ensuite, et vraiment sans faire trop mauvaise figure sur nos bêtes petites, mais vigoureuses. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Il aurait dû faire nuit, mais sous le soixante cinquième parallèle, la clarté diurne des régions polaires ne devait pas m’étonner; en Islande, pendant les mois de juin et juillet, le soleil ne se couche pas.
Néanmoins la température s’était abaissée; j’avais froid, et surtout faim. Bienvenu fut le " böer " qui s’ouvrit hospitalièrement pour nous recevoir.
C’était la maison d’un paysan, mais, en fait d’hospitalité, elle valait celle d’un roi. À notre arrivée, le maître vint nous tendre la main, et, sans plus de cérémonie, il nous fit signe de le suivre.
Le suivre, en effet, car l’accompagner eût été impossible. Un passage long, étroit, obscur, donnait accès dans cette habitation construite en poutres à peine équarries et permettait d’arriver à chacune des chambres; celles-ci étaient au nombre de quatre: la cuisine, l’atelier de tissage, la " badstofa ", chambre à coucher de la famille, et, la meilleure entre toutes, la chambre des étrangers. Mon oncle, à la taille duquel on n’avait pas songé en bâtissant la maison, ne manqua pas de donner trois ou quatre fois de la tête contre les saillies du plafond.
On nous introduisit dans notre chambre, sorte de grande salle avec un sol de terre battue et éclairée d’une fenêtre dont les vitres étaient faites de membranes de mouton assez peu transparentes. La literie se composait de fourrage sec jeté dans deux cadres de bois peints en rouge et ornés de sentences islandaises. Je ne m’attendais pas à ce confortable; seulement, il régnait dans cette maison une forte odeur de poisson sec, de viande macérée et de lait aigre dont mon odorat se trouvait assez mal. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Stapi est une bourgade formée d’une trentaine de huttes, et bâtie en pleine lave sous les rayons du soleil réfléchis par le volcan. Elle s’étend au fond d’un petit fjord encaissé dans une muraille du plus étrange effet.
On sait que le basalte est une roche brune d’origine ignée. Elle affecte des formes régulières qui surprennent par leur disposition. Ici la nature procède géométriquement et travaille à la manière humaine, comme si elle eût manié l’équerre, le compas et le fil à plomb. Si partout ailleurs elle fait de l’art avec ses grandes masses jetées sans ordre, ses cônes à peine ébauchés, ses pyramides imparfaites, avec la bizarre succession de ses lignes, ici, voulant donner l’exemple de la régularité, et précédant les architectes des premiers âges, elle a créé un ordre sévère, que ni les splendeurs de Babylone ni les merveilles de la Grèce n’ont jamais dépassé.
J’avais bien entendu parler de la Chaussée des Géants en Irlande, et de la Grotte de Fingal dans l’une des Hébrides, mais le spectacle d’une substruction basaltique ne s’était pas encore offert à mes regards.
Or, à Stapi, ce phénomène apparaissait dans toute sa beauté.
La muraille du fjörd, comme toute la côte de la presqu’île, se composait d’une suite de colonnes verticales, hautes de trente pieds. Ces fûts droits et d’une proportion pure supportaient une archivolte, faite de colonnes horizontales dont le surplombement formait demi-voûte au-dessus de la mer. À de certains intervalles, et sous cet impluvium naturel, l’œil surprenait des ouvertures ogivales d’un dessin admirable, à travers lesquelles les flots du large venaient se précipiter en écumant. Quelques tronçons de basalte, arrachés par les fureurs de l’Océan, s’allongeaient sur le sol comme les débris d’un temple antique, ruines éternellement jeunes, sur lesquelles passaient les siècles sans les entamer. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le Sneffels est haut de cinq mille pieds. Il termine, par son double cône, une bande trachytique qui se détache du système orographique de l’île. De notre point de départ on ne pouvait voir ses deux pics se profiler sur le fond grisâtre du ciel. J’apercevais seulement une énorme calotte de neige abaissée sur le front du géant.
Nous marchions en file, précédés du chasseur; celui-ci remontait d’étroits sentiers où deux personnes n’auraient pas pu aller de front. Toute conversation devenait donc à peu près impossible.
Au-delà de la muraille basaltique du fjörd de Stapi, se présenta d’abord un sol de tourbe herbacée et fibreuse, résidu de l’antique végétation des marécages de la presqu’île; la masse de ce combustible encore inexploité suffirait à chauffer pendant un siècle toute la population de l’Islande; cette vaste tourbière, mesurée du fond de certains ravins, avait souvent soixante-dix pieds de haut et présentait des couches successives de détritus carbonisés, séparées par des feuillets de tuf ponceux.
En véritable neveu du professeur Lidenbrock et malgré mes préoccupations, j’observais avec intérêt les curiosités minéralogiques étalées dans ce vaste cabinet d’histoire naturelle; en même temps je refaisais dans mon esprit toute l’histoire géologique de l’Islande.
Cette île, si curieuse, est évidemment sortie du fond des eaux à une époque relativement moderne; peut-être même s’élève-t-elle encore par un mouvement insensible. S’il en est ainsi, on ne peut attribuer son origine qu’à l’action des feux souterrains. Donc, dans ce cas, la théorie de Humphry Davy, le document de Saknussemm, les prétentions de mon oncle, tout s’en allait en fumée. Cette hypothèse me conduisit à examiner attentivement la nature du sol, et je me rendis bientôt compte de la succession des phénomènes qui présidèrent à sa formation. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le souper fut rapidement dévoré et la petite troupe se casa de son mieux. La couche était dure, l’abri peu solide, la situation fort pénible, à cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Cependant mon sommeil fut particulièrement paisible pendant cette nuit, l’une des meilleures que j’eusse passées depuis longtemps. Je ne rêvai même pas.
Le lendemain on se réveilla à demi gelé par un air très vif, aux rayons d’un beau soleil. Je quittai ma couche de granit et j’allai jouir du magnifique spectacle qui se développait à mes regards.
J’occupais le sommet de l’un des deux pics du Sneffels, celui du sud. De là ma vue s’étendait sur la plus grande partie de l’île. L’optique, commune à toutes les grandes hauteurs, en relevait les rivages, tandis que les parties centrales paraissaient s’enfoncer. On eût dit qu’une de ces cartes en relief d’Helbesmer s’étalait sous mes pieds; je voyais les vallées profondes se croiser en tous sens, les précipices se creuser comme des puits, les lacs se changer en étangs, les rivières se faire ruisseaux. Sur ma droite se succédaient les glaciers sans nombre et les pics multipliés, dont quelques-uns s’empanachaient de fumées légères. Les ondulations de ces montagnes infinies, que leurs couches de neige semblaient rendre écumantes, rappelaient à mon souvenir la surface d’une mer agitée. Si je me retournais vers l’ouest, l’Océan s’y développait dans sa majestueuse étendue, comme une continuation de ces sommets moutonneux. Où finissait la terre ? où commençaient les flots, mon œil le distinguait à peine.
Je me plongeais ainsi dans cette prestigieuse extase que donnent les hautes cimes, et cette fois, sans vertige, car je m’accoutumais enfin à ces sublimes contemplations. Mes regards éblouis se baignaient dans la transparente irradiation des rayons solaires, j’oubliais qui j’étais, où j’étais, pour vivre de la vie des elfes ou des sylphes, imaginaires habitants de la mythologie scandinave. Je m’enivrais de la volupté des hauteurs, sans songer aux abîmes dans lesquels ma destinée allait me plonger avant peu. Mais je fus ramené au sentiment de la réalité par l’arrivée du professeur et de Hans, qui me rejoignirent au sommet du pic.
Mon oncle, se tournant vers l’ouest, m’indiqua de la main une légère vapeur, une brume, une apparence de terre qui dominait la ligne des flots. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le véritable voyage commençait. Jusqu’alors les fatigues l’avaient emporté sur les difficultés; maintenant celles-ci allaient véritablement naître sous nos pas.
Je n’avais point encore plongé mon regard dans ce puits insondable où j’allais m’engouffrer. Le moment était venu. Je pouvais encore ou prendre mon parti de l’entreprise ou refuser de la tenter. Mais j’eus honte de reculer devant le chasseur. Hans acceptait si tranquillement l’aventure, avec une telle indifférence, une si parfaite insouciance de tout danger, que je rougis à l’idée d’être moins brave que lui. Seul, j’aurais entamé la série des grands arguments; mais en présence du guide, je me tus; un de mes souvenirs s’envola vers ma jolie Virlandaise, et je m’approchai de la cheminée centrale.
J’ai dit qu’elle mesurait cent pieds de diamètre, ou trois cents pieds de tour. Je me penchai au-dessus d’un roc qui surplombait, et je regardai. Mes cheveux se hérissèrent. Le sentiment du vide s’empara de mon être. Je sentis le centre de gravité se déplacer en moi et le vertige monter à ma tête comme une ivresse. Rien de plus capiteux que cette attraction de l’abîme. J’allais tomber. Une main me retint. Celle de Hans. Décidément, je n’avais pas pris assez de " leçons de gouffre " à la Frelsers-Kirk de Copenhague.
Cependant, si peu que j’eusse hasardé mes regards dans ce puits, je m’étais rendu compte de sa conformation. Ses parois, presque à pic, présentaient cependant de nombreuses saillies qui devaient faciliter la descente. Mais si l’escalier ne manquait pas, la rampe faisait défaut. Une corde attachée à l’orifice aurait suffi pour nous soutenir, mais comment la détacher, lorsqu’on serait parvenu à son extrémité inférieure ?
Mon oncle employa un moyen fort simple pour obvier à cette difficulté. Il déroula une corde de la grosseur du pouce et longue de quatre cents pieds; il en laissa filer d’abord la moitié, puis il l’enroula autour d’un bloc de lave qui faisait saillie et rejeta l’autre moitié dans la cheminée. Chacun de nous pouvait alors descendre en réunissant dans sa main les deux moitiés de la corde qui ne pouvait se défiler; une fois descendus de deux cents pieds, rien ne nous serait plus aisé que de la ramener en lâchant un bout et en halant sur l’autre. Puis, on recommencerait cet exercice ad infinitum. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
À huit heures du matin, un rayon du jour vint nous réveiller. Les mille facettes de lave des parois le recueillaient à son passage et l’éparpillaient comme une pluie d’étincelles. Cette lueur était assez forte pour permettre de distinguer les objets environnants.
" Eh bien ! Axel, qu’en dis-tu ? fit mon oncle en se frottant les mains. As-tu jamais passé une nuit plus paisible dans notre maison de Königstrasse. Plus de bruit de charrettes, plus de cris de marchands, plus de vociférations de bateliers !
— Sans doute, nous sommes fort tranquilles au fond de ce puits; mais ce calme même a quelque chose d’effrayant.
— Allons donc, s’écria mon oncle, si tu t’effrayes déjà, que sera-ce plus tard ? Nous ne sommes pas encore entrés d’un pouce dans les entrailles de la terre ?
— Que voulez-vous dire ? Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le lendemain, mardi 30 juin, à six heures, la descente fut reprise.
Nous suivions toujours la galerie de lave, véritable rampe naturelle, douce comme ces plans inclinés qui remplacent encore l’escalier dans les vieilles maisons. Ce fut ainsi jusqu’à midi dix-sept minutes, instant précis où nous rejoignîmes Hans, qui venait de s’arrêter.
" Ah ! s’écria mon oncle, nous sommes parvenus à l’extrémité de la cheminée. "
Je regardai autour de moi; nous étions au centre d’un carrefour, auquel deux routes venaient aboutir, toutes deux sombres et étroites. Laquelle convenait-il de prendre ? Il y avait là une difficulté.
Cependant mon oncle ne voulut paraître hésiter ni devant moi ni devant le guide; il désigna le tunnel de l’est, et bientôt nous y étions enfoncés tous les trois. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
En effet, il fallut se rationner. Notre provision ne pouvait durer plus de trois jours. C’est ce que je reconnus le soir au moment du souper. Et, fâcheuse expectative, nous avions peu d’espoir de rencontrer quelque source vive dans ces terrains de l’époque de transition.
Pendant toute la journée du lendemain la galerie déroula devant nos pas ses interminables arceaux. Nous marchions presque sans mot dire. Le mutisme de Hans nous gagnait.
La route ne montait pas, du moins d’une façon sensible; parfois même elle semblait s’incliner. Mais cette tendance, peu marquée d’ailleurs, ne devait pas rassurer le professeur, car la nature des couches ne se modifiait pas, et la période de transition s’affirmait davantage.
La lumière électrique faisait splendidement étinceler les schistes, le calcaire et les vieux grès rouges des parois. On aurait pu se croire dans une tranchée ouverte au milieu du Devonshire, qui donna son nom à ce genre de terrains. Des spécimens de marbres magnifiques revêtaient les murailles, les uns, d’un gris agate avec des veines blanches capricieusement accusées, les autres, de couleur incarnat ou d’un jaune taché de plaques rouges, plus loin, des échantillons de ces griottes à couleurs sombres, dans lesquels le calcaire se relevait en nuances vives.
La plupart de ces marbres offraient des empreintes d’animaux primitifs; mais, depuis la veille, la création avait fait un progrès évident. Au lieu des trilobites rudimentaires, j’apercevais des débris d’un ordre plus parfait; entre autres, des poissons Ganoïdes et ces Sauropteris dans lesquels l’œil du paléontologiste a su découvrir les premières formes du reptile. Les mers dévoniennes étaient habitées par un grand nombre d’animaux de cette espèce, et elles les déposèrent par milliers sur les roches de nouvelle formation. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Le lendemain le départ eut lieu de grand matin. Il fallait se hâter. Nous étions à cinq jours de marche du carrefour.
Je ne m’appesantirai pas sur les souffrances de notre retour. Mon oncle les supporta avec la colère d’un Homme qui ne se sent pas le plus fort; Hans avec la résignation de sa nature pacifique; moi, je l’avoue, me plaignant et me désespérant; je ne pouvais avoir de cœur contre cette mauvaise fortune.
Ainsi que je l’avais prévu, l’eau fit tout à fait défaut à fa fin du premier jour de marche; notre provision liquide se réduisit alors à du genièvre; mais cette infernale liqueur brûlait le gosier, et je ne pouvais même en supporter la vue. Je trouvais la température étouffante. La fatigue me paralysait. Plus d’une fois, je faillis tomber sans mouvement. On faisait halte alors; mon oncle ou l’Islandais me réconfortaient de leur mieux. Mais je voyais déjà que le premier réagissait péniblement contre l’extrême fatigue et les tortures nées de la privation d’eau.
Enfin, le mardi, 8 juillet, en nous traînant sur les genoux, sur les mains, nous arrivâmes à demi morts au point de jonction des deux galeries. Là je demeurai comme une masse inerte, étendu sur le sol de lave. Il était dix heures du matin.
Hans et mon oncle, accotés à la paroi, essayèrent de grignoter quelques morceaux de biscuit. De longs gémissements s’échappaient de mes lèvres tuméfiées. Je tombai dans un profond assoupissement. Commenter |
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La descente recommença cette fois par la nouvelle galerie. Hans marchait en avant, selon son habitude. Nous n’avions pas fait cent pas, que le professeur, promenait sa lampe le long des murailles, s’écriait:
" Voilà les terrains primitifs ! nous sommes dans la bonne voie ! marchons ! marchons !
Lorsque la terre se refroidit peu à peu aux premiers jours du monde, la diminution de son volume produisit dans l’écorce des dislocations, des ruptures, des retraits, des fendilles. Le couloir actuel était une fissure de ce genre, par laquelle s’épanchait autrefois le granit éruptif; ses mille détours formaient un inextricable labyrinthe à travers le sol primordial.
À mesure que nous descendions, la succession des couches composant le terrain primitif apparaissait avec plus de netteté. La science géologique considère ce terrain primitif comme la base de l’écorce minérale, et elle a reconnu qu’il se compose de trois couches différentes, les schistes, les gneiss, les micaschistes, reposant sur cette roche inébranlable qu’on appelle le granit.
Or, jamais minéralogistes ne s’étaient rencontrés dans des circonstances aussi merveilleuses pour étudier la nature sur place. Ce que la sonde, machine inintelligente et brutale, ne pouvait rapporter à la surface du globe de sa texture interne, nous allions l’étudier de nos yeux, le toucher de nos mains. Commenter |
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Pendant une heure j’imaginai dans mon cerveau en délire toutes les raisons qui avaient pu faire agir le tranquille chasseur. Les idées les plus absurdes s’enchevêtrèrent dans ma tête. Je crus que j’allais devenir fou !
Mais enfin un bruit de pas se produisit dans les profondeurs du gouffre. Hans remontait. La lumière incertaine commençait à glisser sur les parois, puis elle déboucha par l’orifice du couloir. Hans parut.
Il s’approcha de mon oncle, lui mit la main sur l’épaule et l’éveilla doucement. Mon oncle se leva.
" Qu’est-ce donc ? fit-il.
— " Vatten, " répondit le chasseur. Commenter |
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Le lendemain nous avions déjà oublié nos douleurs passées. Je m’étonnai tout d’abord de n’avoir plus soif, et j’en demandai la raison. Le ruisseau qui coulait à mes pieds en murmurant se chargea de me répondre.
On déjeuna et l’on but de cette excellente eau ferrugineuse. Je me sentais tout ragaillardi et décidé à aller loin. Pourquoi un Homme convaincu comme mon oncle ne réussirait-il pas, avec un guide industrieux comme Hans, et un neveu " déterminé " comme moi ? Voilà les belles idées qui se glissaient dans mon cerveau ! On m’eût proposé de remonter à la cime du Sneffels que j’aurais refusé avec indignation.
Mais il n’était heureusement question que de descendre.
" Partons ! " m’écriai-je en éveillant par mes accents enthousiastes les vieux échos du globe.
La marche fut reprise le jeudi à huit heures du matin. Le couloir de granit, se contournant en sinueux détours, présentait des coudes inattendus et affectait l’imbroglio d’un labyrinthe; mais, en somme, sa direction principale était toujours le sud-est. Mon oncle ne cessait de consulter avec le plus grand soin sa boussole, pour se rendre compte du chemin parcouru. Commenter |
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Je me réveillai donc, le dimanche matin, sans cette préoccupation habituelle d’un départ immédiat. Et, quoique ce fût au plus profond des abîmes, cela ne laissait pas d’être agréable. D’ailleurs, nous étions faits à cette existence de troglodytes. Je ne pensais guère au soleil, aux étoiles, à la lune, aux arbres, aux maisons, aux villes, à toutes ces superfluités terrestres dont l’être sublunaire s’est fait une nécessité. En notre qualité de fossiles, nous faisions fi de ces inutiles merveilles.
La grotte formait une vaste salle. Sur son sol granitique coulait doucement le ruisseau fidèle. À une pareille distance de sa source, son eau n’avait plus que la température ambiante et se laissait boire sans difficulté.
Après le déjeuner, le professeur voulut consacrer quelques heures à mettre en ordre ses notes quotidiennes.
" D’abord, dit-il, je vais faire des calculs, afin de relever exactement notre situation; je veux pouvoir, au retour, tracer une carte de notre, voyage, une sorte de section verticale du globe, qui donnera le profil de l’expédition.
— Ce sera fort curieux, mon oncle; mais vos observations auront-elles un degré suffisant de précision ? Commenter |
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Il faut l’avouer, les choses jusqu’ici se passaient bien, et j’aurais eu mauvaise grâce à me plaindre. Si la " moyenne " des difficultés ne s’accroissait pas, nous ne pouvions manquer d’atteindre notre but. Et quelle gloire alors ! J’en étais arrivé à faire ces raisonnements à la Lidenbrock. Sérieusement. Cela tenait-il au milieu étrange dans lequel je vivais ? Peut-être.
Pendant quelques jours, des pentes plus rapides, quelques-unes même d’une effrayante verticalité, nous engagèrent profondément dans le massif interne. Par certaines journées, on gagnait une lieue et demie à deux lieues vers le centre. Descentes périlleuses, pendant lesquelles l’adresse de Hans et son merveilleux sang-froid nous furent très-utiles. Cet impassible Islandais se dévouait avec un incompréhensible sans-façon, et, grâce à lui, plus d’un mauvais pas fut franchi dont nous ne serions pas sortis seuls.
Par exemple, son mutisme s’augmentait de jour en jour. Je crois même qu’il nous gagnait. Les objets extérieurs ont une action réelle sur le cerveau. Qui s’enferme entre quatre murs finit par perdre la faculté d’associer les idées et les mots. Que de prisonniers cellulaires devenus imbéciles, sinon fous, par le défaut d’exercice des facultés pensantes !
Pendant les deux semaines qui suivirent notre dernière conversation, il ne se produisit aucun incident digne d’être rapporté. Je ne retrouve dans ma mémoire, et pour cause, qu’un seul événement d’une extrême gravité. Il m’eût été difficile d’en oublier le moindre détail.
Le 7 août, nos descentes successives nous avaient amenés à une profondeur de trente lieues; c’est-à-dire qu’il y avait sur notre tête trente lieues de rocs, d’océan, de continents et de villes. Nous devions être alors à deux cents lieues de l’Islande. Commenter |
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Je ne puis peindre mon désespoir. Nul mot de la langue humaine ne rendrait mes sentiments. J’étais enterré vif, avec la perspective de mourir dans les tortures de la faim et de la soif.
Machinalement je promenai mes mains brûlantes sur le sol. Que ce roc me sembla desséché !
Mais comment avais-je abandonné le cours du ruisseau ? Car, enfin, il n’était plus là ! Je compris alors la raison de ce silence étrange, quand j’écoutai pour la dernière fois si quelque appel de mes compagnons ne parviendrait pas à mon oreille. Ainsi, au moment où mon premier pas s’engagea dans la route imprudente, je ne remarquai point cette absence du ruisseau. Il est évident qu’à ce moment, une bifurcation de la galerie s’ouvrit devant moi, tandis que le Hans-bach obéissant aux caprices d’une autre pente, s’en allait avec mes compagnons vers des profondeurs inconnues !
Comment revenir. De traces, il n’y en avait pas. Mon pied ne laissait aucune empreinte sur ce granit. Je me brisais la tête à chercher la solution de cet insoluble problème. Ma situation se résumait en un seul mot: perdu !
Oui ! perdu à une profondeur qui me semblait incommensurable ! Ces trente lieues d’écorce terrestre pesaient sur mes épaules d’un poids épouvantable ! Je me sentais écrasé. Commenter |
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Quand je revins à la vie, mon visage était mouillé, mais mouillé de larmes. Combien dura cet état d’insensibilité, je ne saurais le dire. Je n’avais plus aucun moyen de me rendre compte du temps. Jamais Solitude ne fut semblable à la mienne, jamais abandon si complet !
Après ma chute, j’avais perdu beaucoup de sang. Je m’en sentais inondé ! Ah ! combien je regrettai de n’être pas mort " et que ce fût encore à faire ! " Je ne voulais plus penser. Je chassai toute idée et, vaincu par la douleur, je me roulai près de la paroi opposée.
Déjà je sentais l’évanouissement me reprendre, et, avec lui, l’anéantissement suprême, quand un bruit violent vint frapper mon oreille. Il ressemblait au roulement prolongé du tonnerre, et j’entendis les ondes sonores se perdre peu a peu dans les lointaines profondeurs du gouffre.
D’où provenait ce bruit ? de quelque phénomène sans doute, qui s’accomplissait au sein du massif terrestre. L’explosion d’un gaz, ou la chute de quelque puissante assise du globe !
J’écoutai encore. Je voulus savoir si ce bruit se renouvellerait. Un quart d’heure se passa. Le silence régnait dans la galerie, Je n’entendais même plus les battements de mon cœur. Commenter |
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Lorsque je revins à moi, j’étais dans une demi-obscurité, étendu sur d’épaisses couvertures. Mon oncle veillait, épiant sur mon visage un reste d’existence. À mon premier soupir il me prit la main; à mon premier regard il poussa un cri de joie.
" Il vit ! il vit ! s’écria-t-il.
— Oui, répondis-je d’une voix faible.
— Mon enfant, fit mon oncle en me serrant sur sa poitrine, te voila sauvé ! "
Je fus vivement touché de l’accent dont furent prononcées ces paroles, et plus encore des soins qui les accompagnèrent. Mais il fallait de telles épreuves pour provoquer chez le professeur un pareil épanchement. Commenter |
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D’abord je ne vis rien. Mes yeux, déshabitués de la lumière, se fermèrent brusquement. Lorsque je pus les rouvrir, je demeurai encore plus stupéfait qu’émerveillé.
" La mer ! m’écriai-je.
— Oui, répondit mon oncle, la mer Lidenbrock; et, j’Aime à le penser, aucun navigateur ne me disputera l’honneur de l’avoir découverte et le droit de la nommer de mon nom ! "
Une vaste nappe d’eau, le commencement d’un lac ou d’un océan, s’étendait au delà des limites de la vue. Le rivage, largement échancré, offrait aux dernières ondulations des vagues un sable fin, doré et parsemé de ces petits coquillages où vécurent les premiers êtres de la création. Les flots s’y brisaient avec ce murmure sonore particulier aux milieux clos et immenses. Une légère écume s’envolait au souffle d’un vent modéré, et quelques embruns m’arrivaient au visage. Sur cette grève légèrement inclinée, à cent toises environ de là lisière des vagues, venaient mourir les contreforts de rochers énormes qui montaient en s’évasant à une incommensurable hauteur. Quelques-uns, déchirant le rivage de leur arête aiguë, formaient des caps et des promontoires rongés par la dent du ressac. Plus loin, l’œil suivait leur masse nettement profilée sur les fonds brumeux de l’horizon.
C’était un océan véritable, avec le contour capricieux des rivages terrestres, mais désert et d’un aspect effroyablement sauvage. Commenter |
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Le lendemain je me réveillai complètement guéri. Je pensai qu’un bain me serait très salutaire, et j’allai me plonger pendant quelques minutes dans les eaux de cette Méditerranée. Ce nom, à coup sûr, elle le méritait entre tous.
Je revins déjeuner avec un bel appétit. Hans s’entendait à cuisiner notre petit menu; il avait de l’eau et du feu à sa disposition, de sorte qu’il put varier un peu notre ordinaire.
Au dessert, il nous servit quelques tasses de café, et jamais ce délicieux breuvage ne me parut plus agréable à déguster.
" Maintenant, dit mon oncle, voici l’heure de la marée, et il ne faut pas manquer l’occasion d’étudier ce phénomène,
— Comment, la marée ! m’écriai-je. Commenter |
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Le 13 août, on se réveilla de bon matin. Il s’agissait d’inaugurer un nouveau genre de locomotion rapide et peu fatigant.
Un mât fait de deux bâtons jumelés, une vergue formée d’un troisième, une voile empruntée à nos couvertures, composaient tout le gréement du radeau. Les cordes ne manquaient pas. Le tout était solide.
À six heures, le professeur donna le signal d’embarquer. Les vivres, les bagages, les instruments, les armes et une notable quantité d’eau douce se trouvaient en place.
Hans avait installé un gouvernail qui lui permettait de diriger son appareil flottant. Il se mit à la barre. Je détachai l’amarre qui nous retenait au rivage; la voile fut orientée et nous débordâmes rapidement.
Au moment de quitter le petit port, mon oncle, qui tenait à sa nomenclature géographique, voulut lui donner un nom, le mien, entre autres. Commenter |
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Samedi 15 août. — La mer conserve sa monotone uniformité. Nulle terre n’est en vue. L’horizon parait excessivement reculé.
J’ai la tête encore alourdie par la violence de mon rêve.
Mon oncle n’a pas rêvé, lui, mais il est de mauvaise humeur; il parcourt tous les points de l’espace avec sa lunette et se croise les bras d’un air dépité.
Je remarque que le professeur Lidenbrock tend à redevenir l’Homme impatient du passé, et je consigne le fait sur mon journal. Il a fallu mes dangers et mes souffrances pour tirer de lui quelque étincelle d’humanité; mais, depuis ma guérison, la nature a repris le dessus. Et cependant, pourquoi s’emporter ? Le voyage ne s’accomplit-il pas dans les circonstances les plus favorables ? Est-ce que le radeau ne file pas avec une merveilleuse rapidité ?
" Vous semblez inquiet, mon oncle ? dis-je, en le voyant souvent porter la lunette à ses yeux. Commenter |
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Mercredi 19 août. — Heureusement le vent, qui souffle avec force, nous a permis de fuir rapidement le Théâtre de la lutte. Hans est toujours au gouvernail. Mon oncle, tiré de ses absorbantes idées par les incidents de ce combat, retombe dans son impatiente contemplation de la mer.
Le voyage reprend sa monotone uniformité, que je ne tiens pas à rompre au prix des dangers d’hier.
Jeudi 20 août. — Brise N.-N.-E. assez inégale. Température chaude. Nous marchons avec une vitesse de trois lieues et demie à l’heure.
Vers midi un bruit très-éloigné se fait entendre.
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Vendredi 21 août. — Le lendemain le magnifique geyser a disparu. Le vent a fraîchi, et nous a rapidement éloignés de l’îlot Axel. Les mugissements se sont éteints peu à peu.
Le temps, s’il est permis de s’exprimer ainsi, va changer avant peu. L’atmosphère se charge de vapeurs, qui emportent avec elles l’électricité formée par l’évaporation des eaux salines; les nuages s’abaissent sensiblement et prennent une teinte uniformément olivâtre; les rayons électriques peuvent à peine percer cet opaque rideau baissé sur le Théâtre où va se jouer le drame des tempêtes.
Je me sens particulièrement impressionné, comme l’est sur terre toute créature à l’approche d’un cataclysme. Les " cumulus " entassés dans le sud présentent un aspect sinistre; ils ont cette apparence " impitoyable " que j’ai souvent remarquée au début des orages. L’air est lourd, la mer est calme.
Au loin les nuages ressemblent à de grosses balles de coton amoncelées dans un pittoresque désordre; peu à peu ils se gonflent et perdent en nombre ce qu’ils gagnent en grandeur; leur pesanteur est telle qu’ils ne peuvent se détacher de l’horizon; mais, au souffle des courants élevés, ils se fondent peu à peu, s’assombrissent et présentent bientôt une couche unique d’un aspect redoutable: parfois une pelote de vapeurs, encore éclairée, rebondit sur ce tapis grisâtre et va se perdre bientôt dans la masse opaque.
Évidemment l’atmosphère est saturée de fluide; j’en suis tout imprégné; mes cheveux se dressent sur ma tète comme aux abords d’une machine électrique. Il me semble que, si mes compagnons me touchaient en ce moment, ils recevraient une commotion violente. Commenter |
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Ici se termine ce que j’ai appelé " le journal du bord ", heureusement sauvé du naufrage. Je reprends mon récit comme devant.
Ce qui se passa au choc du radeau contre les écueils de la côte, je ne saurais le dire. Je me sentis précipité dans les flots, et si j’échappai à la mort, si mon corps ne fut pas déchiré sur les rocs aigus, c’est que le bras vigoureux de Hans me retira de l’abîme.
Le courageux Islandais me transporta hors de la portée des vagues, sur un sable brûlant où je me trouvai côte à côte avec mon oncle.
Puis il revint vers ces rochers auxquels se heurtaient les lames furieuses, afin de sauver quelques épaves du naufrage. Je ne pouvais parler; j’étais brisé d’émotions et de fatigues; il me fallut une grande heure pour me remettre.
Cependant une pluie diluvienne continuait à tomber, mais avec ce redoublement qui annonce la fin des orages. Quelques rocs superposés nous offrirent un abri contre les torrents du ciel, Hans prépara des aliments auxquels je ne pus toucher, et chacun de nous, épuisé par les veilles de trois nuits, tomba dans un douloureux sommeil. Commenter |
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Il me serait impossible de peindre la succession des sentiments qui agitèrent le professeur Lidenbrock, la stupéfaction, l’incrédulité et enfin la colère. Jamais je ne vis Homme si décontenancé d’abord, si irrité ensuite. Les fatigues de la traversée, les dangers courus, tout était à recommencer ! Nous avions reculé au lieu de marcher en avant !
Mais mon oncle reprit rapidement le dessus.
Ah ! la fatalité me joue de pareils tours ! s’écria-t-il. Les éléments conspirent contre moi ! l’air, le feu et l’eau combinent leurs efforts pour s’opposer à mon passage ! Eh bien ! l’on saura ce que peut ma volonté. Je ne céderai pas, je ne reculerai pas d’une ligne, et nous verrons qui l’emportera de l’homme ou de la nature ! "
Debout sur le rocher, irrité, menaçant, Otto Lidenbrock, pareil au farouche Ajax, semblait défier les dieux. Mais je jugeai à propos d’intervenir et de mettre un frein à cette fougue insensée.
" Écoutez-moi, lui dis-je d’un ton ferme. Il y a une limite à toute ambition ici-bas; il ne faut pas lutter contre l’impossible; nous sommes mal équipés pour un voyage sur mer; cinq cents lieues ne se font pas sur un mauvais assemblage de poutres avec une couverture pour voile, un bâton en guise de mât, et contre les vents déchaînés. Nous ne pouvons gouverner, nous sommes le jouet des tempêtes, et c’est agir en fous que de tenter une seconde fois cette impossible traversée ! " Commenter |
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Pour comprendre cette évocation faite par mon oncle à ces illustres savants français, il faut savoir qu’un fait d’une haute importance en paléontologie s’était produit quelque temps avant notre départ.
Le 28 mars 1863, des terrassiers fouillant sous la direction de M. Boucher de Perthes les carrières de Moulin-Quignon, près Abbeville, dans le département de la Somme, en France, trouvèrent une mâchoire humaine à quatorze pieds au-dessous de la superficie du sol. C’était le premier fossile de cette espèce ramené à la lumière du grand jour. Près de lui se rencontrèrent des haches de pierre et des silex taillés, colorés et revêtus par le temps d’une patine uniforme.
Le bruit de cette découverte fut grand, non-seulement en France, mais en Angleterre et en Allemagne. Plusieurs savants de l’Institut français, entre autres MM. Milne-Edwards et de Quatrefages, prirent l’affaire à cœur, démontrèrent l’incontestable authenticité de l’ossement en question, et se firent les plus ardents défenseurs de ce " procès de la mâchoire, " suivant l’expression anglaise.
Aux géologues du Royaume-Uni qui tinrent le fait pour certain, MM. Falconer, Busk, Carpenter, etc., se joignirent des savants de l’Allemagne, et parmi eux, au premier rang, le plus fougueux, le plus enthousiaste, mon oncle Lidenbrock.
L’authenticité d’un fossile humain de l’époque quaternaire semblait donc incontestablement démontrée et admise. Commenter |
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Pendant une demi-heure encore, nos pieds foulèrent ces couches d’ossements. Nous allions en avant, poussés par une ardente curiosité. Quelles autres merveilles renfermait cette caverne, quels trésors pour la science ? Mon regard s’attendait à toutes les surprises, mon imagination à tous les étonnements.
Les rivages de la mer avaient depuis longtemps disparu derrière les collines de l’ossuaire. L’imprudent professeur, s’inquiétant peu de d’égarer, m’entraînait au loin. Nous avancions silencieusement, baignés dans les ondes électriques. Par un phénomène que je ne puis expliquer, et grâce à sa diffusion, complète alors, la lumière éclairait uniformément les diverses faces des objets. Son foyer n’existait plus en un point déterminé de l’espace et elle ne produisait aucun effet d’ombre. On aurait pu se croire en plein midi et on plein été, au milieu des régions équatoriales, sous les rayons verticaux du soleil. Toute vapeur avait disparu. Les rochers, les montagnes lointaines, quelques masses confuses de forêts éloignées, prenaient un étrange aspect sous l’égale distribution du fluide lumineux. Nous ressemblions à ce fantastique personnage d’Hoffmann qui a perdu son ombre.
Après une marche d’un mille, apparut la lisière d’une forêt immense, mais non plus un de ces bois de champignons qui avoisinaient Port-Graüben.
C’était la végétation de l’époque tertiaire dans toute sa magnificence. De grands palmiers, d’espèces aujourd’hui disparues, de superbes palmacites, des pins, des ifs, des cyprès, des thuyas, représentaient la famille des conifères, et se reliaient entre eux par un réseau de lianes inextricables. Un tapis de mousses et d’hépathiques revêtait mœlleusement le sol. Quelques ruisseaux murmuraient sous ces ombrages, peu dignes de ce nom, puisqu’ils ne produiraient pas d’ombre. Sur leurs bords croissaient des fougères arborescentes semblables à celles des serres chaudes du globe habité. Seulement, la couleur manquait à ces arbres, à ces arbustes, à ces plantes, privés de la vivifiante chaleur du soleil. Tout se confondait dans une teinte uniforme, brunâtre et comme passée. Les feuilles étaient dépourvues de leur verdeur, et les Fleurs elles-mêmes, si nombreuses à cette époque tertiaire qui les vit naître, alors sans couleurs et sans parfums, semblaient faites d’un papier décoloré sous l’action de l’atmosphère.
Mon oncle Lidenbrock s’aventura sous ces gigantesques taillis. Je le suivis, non sans une certaine appréhension. Puisque la nature avait fait là les frais d’une alimentation végétale, pourquoi les redoutables mammifères ne s’y rencontreraient-ils pas ? J’apercevais dans ces larges clairières que laissaient les arbres abattus et rongés par le temps, des légumineuses, des acérinés, des rubiacées, et mille arbrisseaux comestibles, chers aux ruminants de toutes les périodes. Puis apparaissaient, confondus et entremêlés, les arbres des contrées si différentes de la surface du globe, le chêne croissant près du palmier, l’eucalyptus australien s’appuyant au sapin de la Norwège, le bouleau du Nord confondant ses branches avec les branches du kauris zélandais. C’était à confondre la raison des classificateurs les plus ingénieux de la botanique terrestre. Commenter |
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Depuis le commencement du voyage, j’avais passé par bien des étonnements; je devais me croire à l’abri des surprises et blasé sur tout émerveillement. Cependant, à la vue de ces deux lettres gravées là depuis trois cents ans, je demeurai dans un ébahissement voisin de la stupidité. Non-seulement la signature du savant alchimiste se lisait sur le roc, mais encore le stylet qui l’avait tracée était entre mes mains. À moins d’être d’une insigne mauvaise foi, je ne pouvais plus mettre en doute l’existence du voyageur et la réalité de son voyage.
Pendant que ces réflexions tourbillonnaient dans ma tête, le professeur Lidenbrock se laissait aller à un accès un peu dithyrambique à l’endroit d’Arne Saknussemm.
" Merveilleux génie ! s’écriait-il, tu n’as rien oublié de ce qui pouvait ouvrir à d’autres mortels les routes de l’écorce terrestre, et tes semblables peuvent retrouver les traces que tes pieds ont laissées, il y trois siècles, au fond de ces souterrains obscurs ! À d’autres regards que les tiens, tu as réservé la contemplation de ces merveilles ! Ton nom gravé d’étapes en étapes conduit droit à son but le voyageur assez audacieux pour te suivre, et, au centre même de notre planète, il se trouvera encore inscrit de ta propre main. Eh bien ! moi aussi, j’irai signer de mon nom cette dernière page de granit ! Mais que, dès maintenant, ce cap vu par toi près de cette mer découverte par toi, soit à jamais appelé le cap Saknussemm ! "
Voilà ce que j’entendis, ou à peu prés, et je me sentis gagné par l’enthousiasme que respiraient ces paroles. Un feu intérieur se ranima dans ma poitrine ! J’oubliai tout, et les dangers du voyage, et les périls du retour. Ce qu’un autre avait fait, je voulais le faire aussi, et rien de ce qui était humain ne me paraissait impossible !
" En avant, en avant ! " m’écriai-je. Commenter |
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Le lendemain, jeudi, 27 août, fut une date célèbre de ce voyage subterrestre. Elle ne me revient pas à l’esprit sans que l’épouvante ne fasse encore battre mon cœur, À partir de ce moment, notre raison, notre jugement, notre ingéniosité, n’ont plus voix au chapitre, et nous allons devenir le jouet des phénomènes de la terre.
À six heures, nous étions sur pied. Le moment approchait de nous frayer par la poudre un passage à travers l’écorce de granit.
Je sollicitai l’honneur de mettre le feu à la mine. Cela fait, je devais rejoindre mes compagnons sur le radeau qui n’avait point été déchargé; puis nous prendrions au large, afin de parer aux dangers de l’explosion, dont les effets pouvaient ne pas se concentrer à l’intérieur du massif.
La mèche devait brûler pondant dix minutes, selon nos calculs, avant de porter le feu à la chambre des poudres. J’avais donc le temps nécessaire pour regagner le radeau. Je me préparai à remplir mon rôle, non sans une certaine émotion.
Après un repas rapide, mon oncle et le chasseur s’embarquèrent, tandis que je restais sur le rivage. J’étais muni d’une lanterne allumée qui devait me servir à mettre le feu à la mèche. Commenter |
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Je suppose qu’il devait être alors dix heures du soir. Le premier de mes sens qui fonctionna après ce dernier assaut fut le sens de l’ouïe. J’entendis presque aussitôt, car ce fut acte d’audition véritable, j’entendis le silence se faire dans la galerie, et succéder à ces mugissements qui, depuis de longues heures, remplissaient mes oreilles. Enfin ces paroles de mon oncle m’arrivèrent comme un murmure:
" Nous montons !
— Que voulez-vous dire ? m’écriai-je.
— Oui, nous montons ! nous montons ! "
J’étendis le bras; je touchai la muraille; ma main fut mise en sang. Nous remontions avec une extrême rapidité. Commenter |
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Oui, affolée ! L’aiguille sautait d’un pôle à l’autre avec de brusques secousses, parcourait tous les points du cadran, et tournait, comme si elle eût été prise de vertige.
Je savais bien que, d’après les théories les plus acceptées, l’écorce minérale du globe, n’est jamais dans un état de repos absolu; les modifications amenées par la décomposition des matières internes, l’agitation provenant des grands courants liquides, l’action du magnétisme, tendent à l’ébranler incessamment, alors même que les êtres disséminés à sa surface ne soupçonnent pas son agitation. Ce phénomène ne m’aurait donc pas autrement effrayé, ou du moins il n’eût pas fait naître dans mon esprit une idée terrible.
Mais d’autres faits, certains détails sui generis, ne purent me tromper plus longtemps. Les détonations se multipliaient avec une effrayante intensité; je ne pouvais les comparer qu’au bruit que feraient un grand nombre de chariots entraînés rapidement sur le pavé. C’était un tonnerre continu.
Puis, la boussole affolée, secouée par les phénomènes électriques, me confirmait dans mon opinion; l’écorce minérale menaçait de se rompre, les massifs granitiques de se rejoindre, la fissure de se combler, le vide de se remplir, et nous, pauvres atomes, nous allions être écrasés dans cette formidable étreinte.
" Mon oncle, mon oncle ! m’écriai-je, nous sommes perdus. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Quand je rouvris les yeux, je me sentis serré à la ceinture par la main vigoureuse du guide. De l’autre main il soutenait mon oncle. Je n’étais pas blessé grièvement, mais brisé plutôt par une courbature générale. Je me vis couché sur le versant d’une montagne, à deux pas d’un gouffre dans lequel le moindre mouvement m’eût précipité. Hans m’avait sauvé de la mort, pendant que je roulais sur les flancs du cratère.
" Où sommes-nous ? " demanda mon oncle, qui me parut fort irrité d’être revenu sur terre.
Le chasseur leva les épaules en signe d’ignorance.
" En Islande, dis-je.
— " Nej, " répondis Hans. Commenter |
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Voyage au centre de la Terre
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Voyage au centre de la Terre un roman de Jules Verne
Voici la conclusion d’un récit auquel refuseront d’ajouter foi les gens les plus habitués à ne s’étonner de rien. Mais je suis cuirassé d’avance contre l’incrédulité humaine.
Nous fûmes reçus par les pêcheurs stromboliotes avec les égards dus à des naufragés. Ils nous donnèrent des vêtements et des vivres. Après quarante-huit heures d’attente, le 31 août, un petit speronare nous conduisit à Messine, où quelques jours de repos nous remirent de toutes nos fatigues.
Le vendredi 4 septembre, nous nous embarquions à bord du Volturne, l’un des paquebots-postes des messageries impériales de France, et, trois jours plus tard, nous prenions terre à Marseille, n’ayant plus qu’une seule préoccupation dans l’esprit, celle de notre maudite boussole. Ce fait inexplicable ne laissait pas de me tracasser très sérieusement. Le 9 septembre au soir, nous arrivions à Hambourg.
Quelle fut la stupéfaction de Marthe, quelle fut la joie de Graüben, je renonce à le décrire.
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Vingt mille lieues sous les mers
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Vingt mille lieues sous les mers partie 1 Chapitre I. Un écueil fuyant
Partie 1 Chapitre I. Un écueil fuyant, un chapitre du roman Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne
Vingt mille lieues sous les mers, un roman de Jules Verne
L’année 1866 fut marquée par un événement bizarre, un phénomène inexpliqué et inexplicable que personne n’a sans doute oublié. Sans parler des rumeurs qui agitaient les populations des ports et surexcitaient l’esprit public à l’intérieur des continents les gens de mer furent particulièrement émus. Les négociants, armateurs, capitaines de navires, skippers et masters de l’Europe et de l’Amérique, officiers des marines militaires de tous pays, et, après eux, les gouvernements des divers États des deux continents, se préoccupèrent de ce fait au plus haut point.
En effet, depuis quelque temps, plusieurs navires s’étaient rencontrés sur mer avec " une chose énorme " un objet long, fusiforme, parfois phosphorescent, infiniment plus vaste et plus rapide qu’une baleine.
Les faits relatifs à cette apparition, consignés aux divers Livres de bord, s’accordaient assez exactement sur la structure de l’objet ou de l’être en question, la vitesse inouïe de ses mouvements, la puissance surprenante de sa locomotion, la vie particulière dont il semblait doué. Si c’était un cétacé, il surpassait en volume tous ceux que la science avait classés jusqu’alors. Ni Cuvier, ni Lacépède, ni M. Dumeril, ni M. de Quatrefages n’eussent admis l’existence d’un tel monstre — à moins de l’avoir vu, ce qui s’appelle vu de leurs propres yeux de savants. Commenter |
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Vingt mille lieues sous les mers
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Vingt mille lieues sous les mers partie 1 Chapitre II. Le pour et le contre
Partie 1 Chapitre II. Le pour et le contre, un chapitre du roman Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne
Vingt mille lieues sous les mers, un roman de Jules Verne
À l'époque où ces événements se produisirent, je revenais d’une exploration scientifique entreprise dans les mauvaises terres du Nébraska, aux États-Unis. En ma qualité de professeur-suppléant au Muséum d’histoire naturelle de Paris, le gouvernement français m’avait joint à cette expédition. Après six mois passés dans le Nébraska, chargé de précieuses collections, j’arrivai à New York vers la fin de mars. Mon départ pour la France était fixé aux premiers jours de mai. Je m’occupais donc, en attendant, de classer mes richesses minéralogiques, botaniques et zoologiques, quand arriva l’incident du Scotia.
J’étais parfaitement au courant de la question à l’ordre du jour, et comment ne l’aurais-je pas été ? J’avais lu et relu tous les journaux américains et européens sans être plus avancé. Ce mystère m’intriguait. Dans l’impossibilité de me former une opinion, je flottais d’un extrême à l’autre. Qu’il y eut quelque chose, cela ne pouvait être douteux, et les incrédules étaient invités à mettre le doigt sur la plaie du Scotia.
À mon arrivée à New York, la question brûlait. L’hypothèse de l’îlot flottant, de l’écueil insaisissable, soutenue par quelques esprits peu compétents, était absolument abandonnée. Et, en effet, à moins que cet écueil n’eût une machine dans le ventre, comment pouvait-il se déplacer avec une rapidité si prodigieuse ?
De même fut repoussée l’existence d’une coque flottante, d’une énorme épave, et toujours à cause de la rapidité du déplacement. Commenter |
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Vingt mille lieues sous les mers
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Vingt mille lieues sous les mers partie 1 Chapitre III. Comme il plaira à monsieur
Partie 1 Chapitre III. Comme il plaira à monsieur, un chapitre du roman Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne
Vingt mille lieues sous les mers, un roman de Jules Verne
Trois secondes avant l’arrivée de la lettre de J.-B. Hobson, je ne songeais pas plus à poursuivre la Licorne qu’à tenter le passage du Nord-Ouest. Trois secondes après avoir lu la lettre de l’honorable secrétaire de la marine, je comprenais enfin que ma véritable vocation, l’unique but de ma vie, était de chasser ce monstre inquiétant et d’en purger le monde.
Cependant, je revenais d’un pénible voyage, fatigué, avide de repos. Je n’aspirais plus qu’à revoir mon pays, mes amis, mon petit logement du Jardin des Plantes, mes chères et précieuses collections ! Mais rien ne put me retenir. J’oubliai tout, fatigues, amis, collections, et j’acceptai sans plus de réflexions l’offre du gouvernement américain.
" D’ailleurs, pensai-je, tout chemin ramène en Europe, et la Licorne sera assez aimable pour m’entraîner vers les côtes de France ! Ce digne animal se laissera prendre dans les mers d’Europe, — pour mon agrément personnel, — et je ne veux pas rapporter moins d’un demi mètre de sa hallebarde d’ivoire au Muséum d’histoire naturelle. "
Mais, en attendant, il me fallait chercher ce narwal dans le nord de l’océan Pacifique; ce qui, pour revenir en France, était prendre le chemin des antipodes. Commenter |
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Vingt mille lieues sous les mers
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Vingt mille lieues sous les mers partie 1 Chapitre IV. Ned Land
Partie 1 Chapitre IV. Ned Land, un chapitre du roman Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne
Vingt mille lieues sous les mers, un roman de Jules Verne
Le commandant Farragut était un bon marin, digne de la frégate qu’il commandait. Son navire et lui ne faisaient qu’un. Il en était l’âme. Sur la question du cétacé, aucun doute ne s’élevait dans son esprit, et il ne permettait pas que l’existence de l’animal fût discutée à son bord. Il y croyait comme certaines bonnes Femmes croient au Léviathan, — par foi, non par raison. Le monstre existait, il en délivrerait les mers, il l’avait juré. C’était une sorte de chevalier de Rhodes, un Dieudonné de Gozon, marchant à la rencontre du serpent qui désolait son île. Ou le commandant Farragut tuerait le narwal, ou le narwal tuerait le commandant Farragut. Pas de milieu.
Les officiers du bord partageaient l’opinion de leur chef. Il fallait les entendre causer, discuter, disputer, calculer les diverses chances d’une rencontre, et observer la vaste étendue de l’Océan. Plus d’un s’imposait un quart volontaire dans les barres de perroquet, qui eût maudit une telle corvée en toute autre circonstance. Tant que le soleil décrivait son arc diurne, la mâture était peuplée de matelots auxquels les planches du pont brûlaient les pieds, et qui n’y pouvaient tenir en place ! Et cependant. L'Abraham-Lincoln ne tranchait pas encore de son étrave les eaux suspectes du Pacifique.
Quant à l’équipage, il ne demandait qu’à rencontrer la licorne, à la harponner, à la hisser à bord, à la dépecer. Il surveillait la mer avec une scrupuleuse attention. D’ailleurs, le commandant Farragut parlait d’une certaine somme de deux mille dollars, réservée à quiconque, mousse ou matelot, maître ou officier, signalerait l’animal. Je laisse à penser si les yeux s’exerçaient à bord de l'Abraham-Lincoln.
Pour mon compte, je n’étais pas en reste avec les autres, et je ne laissais à personne ma part d’observations quotidiennes. La frégate aurait eu cent fois raison de s’appeler l’Argus. Seul entre tous, Conseil protestait par son indifférence touchant la question qui nous passionnait, et détonnait sur l’enthousiasme général du bord. Commenter |
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Vingt mille lieues sous les mers
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Vingt mille lieues sous les mers partie 1 Chapitre V. À l’aventure !
Partie 1 Chapitre V. À l’aventure !, un chapitre du roman Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne
Vingt mille lieues sous les mers, un roman de Jules Verne
Le voyage de l'Abraham-Lincoln, pendant quelque temps, ne fut marqué par aucun incident. Cependant une circonstance se présenta, qui mit en relief la merveilleuse habileté de Ned Land, et montra quelle confiance on devait avoir en lui.
Au large des Malouines, le 30 juin, la frégate communiqua avec des baleiniers américains, et nous apprîmes qu’ils n’avaient eu aucune connaissance du narwal. Mais l’un d’eux, le capitaine du Monroe, sachant que Ned Land était embarqué à bord de l'Abraham-Lincoln, demanda son aide pour chasser une baleine qui était en vue. Le commandant Farragut, désireux de voir Ned Land à l’œuvre, l’autorisa à se rendre à bord du Monroe. Et le hasard servit si bien notre Canadien, qu’au lieu d’une baleine, il en harponna deux d’un coup double, frappant l’une droit au cœur, et s’emparant de l’autre après une poursuite de quelques minutes !
Décidément, si le monstre a jamais affaire au harpon de Ned Land, je ne parierai pas pour le monstre.
La frégate prolongea la côte sud-est de l’Amérique avec une rapidité prodigieuse. Le 3 juillet, nous étions à l’ouvert du détroit de Magellan, à la hauteur du cap des Vierges. Mais le commandant Farragut ne voulut pas prendre ce sinueux passage, et manœuvra de manière à doubler le cap Horn. Commenter |
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