Dernières chansons - un recueil de poèmes de Louis Hyacinthe Bouilhet
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Dernières chansons
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Oh ! qu’il était triste, au coin de la salle !
Comme il grelottait, l’Homme au violon !
La baraque en planche était peu d’aplomb,
Et le vent soufflait dans la toile sale.
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Dernières chansons
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Les plaines, au loin, de Fleurs sont brodées.
Parmi les oiseaux et les papillons,
J’entends bourdonner l’essaim des idées
Qui flotte au soleil en blancs tourbillons !
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Dernières chansons
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I
Le soleil va chasser la nuit ;
Pâle Phoebé, reine aux longs voiles,
Il est temps de rentrer, sans bruit,
Ton troupeau de blanches étoiles !
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Dernières chansons
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L’Aube aux pieds d’argent descend des montagnes ;
La Nuit s’est cachée au fond des grands bois ;
Tous les nids d’oiseaux chantent à la fois.
Hardis chevriers, quittons nos compagnes !
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Elle a, pour toute science,
La gaîté de ses vingt ans ;
C’est la blonde insouciance,
Aux yeux bleus, couleur du temps.
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Dernières chansons
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Aglaé n’est pas heureuse :
Elle a trouvé, ce matin,
Une ride qui se creuse
Dans les neiges de son teint.
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Dernières chansons
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Filles de Jupiter, vierges aux longues tresses,
Je dirai de Vulcain les antiques détresses,
Et quel bâtard céleste arriva le premier
Avant l’enfant Amour et le filet d’acier !
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Dernières chansons
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Quoi ! Vous voulez que, le premier,
Au seuil blanc de ce beau cahier,
Je me pavane et me prélasse
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Dernières chansons
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Oh ! Votre voix sonnait brève, lente ou pressée,
Suivant les passions et les rhythmes divers,
Puis, s'échappant soudain légère et cadencée,
Sautait, comme un oiseau, sur les branches du vers !
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Dernières chansons
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Je l’ai gardé ce bon baiser de muse !
Comme une perle, il rayonne à mon front ;
Et désormais, qu’on me flatte ou m’accuse,
Sans l’effacer les soucis passeront.
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Dernières chansons
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Ils diront, mesurant la profondeur de l’onde
Et l’horizon bleuâtre où la vague se perd :
« Quel est ce fleuve étrange, épandu sur le monde,
Pur comme le cristal et grand comme la mer ?
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Dernières chansons
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Quand, sur le grand taureau, tu fendais les flots bleus,
Vierge phénicienne, Europe toujours belle,
La mer, soumise au Dieu, baisait ton pied rebelle,
Le vent n'osait qu'à peine effleurer tes cheveux !
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Quand le vieil Amphion, la cithare à la main,
Bâtissait les remparts de la ville thébaine ;
Quand le bon Josué, soufflant à perdre haleine,
Ébranlait Jéricho de sa trompe d’airain ;
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Le Voyageur.
L’ombre sans lune a couvert la campagne ;
Où t’en vas-tu, pâtre silencieux ?
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Dix-huit ans ! ― Vous croyez ?… c’est le plus !… Blanche et rose,
Comme un pêcher fleuri que l’eau du ciel arrose,
Sous ses cheveux bouclés, elle allongeait son cou
Et ses grands regards bleus allaient on ne sait où.
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Il poussait, à l’écart, plein d’un immense ennui,
Sinistre, hérissé, comme pour les querelles.
L’abeille, en frissonnant, se détournait de lui ;
Les Fleurs le regardaient et chuchotaient entre elles.
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Quand les Géants tordus sous la foudre qui gronde
Eurent enfin payé leurs complots hasardeux,
La terre but le sang qui stagnait autour d'eux
Comme un linceul de pourpre étalé sur le monde.
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Tout est mort ! ― vers d’autres climats
Les oiseaux vont chercher fortune,
Et la terre, sous les frimas,
Est blanche, au loin, comme la lune.
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I
Ce siècle froid et sérieux
Ne croit plus aux folles chimères ;
Ils sont passés les temps joyeux
Dont nous ont parlé nos grand’mères !
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À moi seul !... pour moi seul !... Oh ! toute ma pensée
Fixe, ardente et jalouse, allait, en frémissant,
Vers cette Fleur de pourpre, à ta gorge placée
Comme une goutte de ton sang ;
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Dernières chansons
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amis, je veux me perdre au fond du bois sonore.
La lune des sentiers argente le gazon ;
Et, comme dans la coupe un vin qui s’évapore,
Déjà monte la brume aux bords de l’horizon.
La bruyante cité, près du fleuve étendue,
Allonge ses grands ponts comme des bras sur l’eau.
Tout soupire et s’endort ; et, là-bas sous la nue,
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Les musiciens.
Le soir a tendu ses voiles.
Éveillons, à petit bruit,
La plus blanche des étoiles
Qui manque au front de la nuit.
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Dernières chansons
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Oh ! serait-ce vrai, ma belle,
Ce qu’un prêtre m’a conté,
Qu’une torture éternelle
Suit la douce volupté,
Que la blanche main des Femmes
Sans cesse attire nos âmes
Au fond des gouffres ardents,
Et qu’au ténébreux empire
On doit payer un sourire
Par des grincements de dents ?
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Mai sourit au firmament,
Mai, le mois des douces choses ;
Ton aveu le plus charmant
Est venu le jour des roses.
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Soldat libre, au léger bagage,
J’ai mis ma pipe à mon chapeau,
Car la milice où je m’engage
N’a ni cocarde ni drapeau.
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Sonnet
Quoi ! Sans te soucier de l'océan qui gronde,
Tu veux ta place à bord, sur mon vaisseau perdu ;
Et pour dire à Colomb qu'il a trouvé son monde,
Tu n'attends pas, enfant, qu'il en soit revenu !
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Quand chassés, sans retour, des temples vénérables,
Tordus au vent de feu qui soufflait du Thabor,
Les grands olympiens étaient si misérables
Que les petits enfants tiraient leur barbe d'or ;
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Sous des déguisements divers,
Plâtre ou fard, selon ton envie,
Masque tes mœurs, cache ta vie,
Sois honnête Homme, en fait de vers !
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Song-Tchi-Ouen
Le vent avait chassé la pluie aux larges gouttes,
Le soleil s'étalait, radieux, dans les airs,
Et les bois, secouant la fraîcheur de leurs voûtes,
Semblaient, par les vallons, plus touffus et plus verts !
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Dernières chansons
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La Fleur Ing-wha, petite et pourtant des plus belles,
N'ouvre qu'à Ching-tu-fu son calice odorant ;
Et l'oiseau Tung-whang-fung est tout juste assez grand
Pour couvrir cette fleur en tendant ses deux ailes.
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