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Une soirée

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Dix-huit ans ! ― Vous croyez ?… c’est le plus !… Blanche et rose,
Comme un pêcher fleuri que l’eau du ciel arrose,
Sous ses cheveux bouclés, elle allongeait son cou
Et ses grands regards bleus allaient on ne sait où.

 


C’était un bal mêlé d’art ;
                                      Une demoiselle
Mûre, et pour « ces messieurs » déployant un beau zèle,
Avec des soubresauts de la tête et du corps,
Sur un piano sourd varlopait des accords…
En cercle, l’œil béant, près de la cheminée,
Les mamans avalaient la musique ordonnée,
Et l’enfant blanche et rose, en extase, écoutait…
Car, la main sur son cœur, un notaire chantait !
Il chantait ― oublieux du contrat qui sommeille ―
Je ne sais quel bateau, quelle étoile vermeille.
Quels chérubins frisés voltigeant dans l’azur !
C’était si doux ! C’était si vrai ! C’était si pur !
Les âmes y versaient tant d’Amour ! « La Madone »
Rimait si gentiment avec « la Fleur qu’on donne, »
Que j’avais peur de voir, pendant ce frais débit,
Germer des plumes d’ange au dos de son habit !…
Un employé rêveur murmurait : « Fantaisies !… »

― O misère !… en dépit des fausses poésies,
Malgré l’air bête et lourd du monsieur qui chantait,
L’enfant songeait, l’enfant écoutait, palpitait.
Son pauvre petit cœur gonflé de convoitises
Partait pour l’infini ― sur l’aile des sottises.
Et ce salon bourgeois, dont on se souviendra,
Prenait, à ses regards, des splendeurs d’Alhambra !

 




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