Premières poésies - un recueil de poesie par Arthur Rimbaud
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Premières Poésies
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Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs:
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
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le bateau ivre
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Premières Poésies
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Quand le front de l' enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.
Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée
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les chercheuses de poux
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Premières Poésies
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I
Vraiment, c'est bête, ces églises de villages
Où quinze laids marmots encrassant les piliers
Écoutent, grasseyant les divins babillages,
Un noir grotesque dont fermentent les souliers :
Mais le soleil éveille à travers les feuillages,
Les vieilles couleurs des vitraux irréguliers.
La pierre sent toujours la terre maternelle.
Vous verrez des monceaux de ces cailloux terreux
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les premières communions
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Premières Poésies
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A Monsieur de Théodore de Banville
I
Ainsi, toujours, vers l'azur noir
Où tremble la mer des topazes,
Fonctionnent dans ton soir
Les Lys, ces clystères d'extases !
À notre époque de sagous,
Quand les Plantes sont travailleuses,
Le Lys boira les bleus dégoûts,
Dans tes Proses religieuses !
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ce qu’on dit au poète a propos de fleurs
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Premières Poésies
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FRAGMENTS
Le Juste restait droit sur ses hanches solides:
Un rayon lui dorait l'épaule; des sueurs
Me prirent : « Tu veux voir rutiler les bolides ?
Et, debout, écouter bourdonner les Fleurs
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l’homme juste
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Premières Poésies
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L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins;
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l' Homme saigné noir à ton flanc souverain.
1871.
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Premières Poésies
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A noir, E blanc, I rouge, U vert, 0 bleu: voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
A, noir corset velu des mouches éclatantes
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voyelles
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Premières Poésies
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Le jeune Homme dont l'oeil est brillant, la peau brune,
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu,
Et qu'eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu,
Impétueux avec des douceurs virginales
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les soeurs de charité
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Premières Poésies
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Jeanne-Marie a des mains fortes,
Mains sombres que l'été tanna,
Mains pâles comme des mains mortes.
- Sont-ce des mains de Juana ?
Ont-elles pris les crèmes brunes
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les mains de jeanne-marie
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Premières Poésies
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L orgie Parisienne (ou Paris se repeuple)
O lâches, la voilà ! Dégorgez dans les gares !
Le soleil essuya de ses poumons ardents
Les boulevards qu'un soir comblèrent les Barbares.
Voilà la Cité sainte, assise à l'occident !
Allez ! on préviendra les reflux d'incendie,
Voilà les quais, voilà les boulevards, voilà
Les maisons sur l'azur léger qui s'irradie
Et qu'un soir la rougeur des bombes ébranla !
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l orgie parisienne
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Premières Poésies
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Mon pauvre coeur bave à la poupe,
Mon coeur est plein de caporal :
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste coeur bave à la poupe:
Sous les quolibets de la troupe
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le coeur volé
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Premières Poésies
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Parqués entre des bancs de chêne, aux coins d'église
Qu'attiédit puamment leur souffle, tous leurs yeux
Vers le choeur ruisselant d'orrie et la maîtrise
Aux vingt gueules gueulant les cantiques pieux;
Comme un parfum de pain humant l'odeur de cire,
heureux, humiliés comme des chiens battus,
Les Pauvres au bon Dieu, le patron et le sire,
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les pauvres à l’eglise
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Premières Poésies
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À M. P. Demeny.
Et la Mère, fermant le Livre du devoir,
S'en allait satisfaite et très fière sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,
L'âme de son enfant livrée aux répugnances.
Tout le jour, il suait d'obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.
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les poètes de sept ans
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Premières Poésies
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Bien tard, quand il se sent l'estomac écoeuré,
Le frère Calotus, un oeil à la lucarne
D'où le soleil clair comme un chaudron récuré
Lui darde une migraine et fait son regard darne,
Déplace dans les draps son ventre de curé.
Il se démène sous sa couverture grise
Et descend ses genoux à son ventre tremblant,
Effaré comme un vieux qui mangerait sa prise,
Car il lui faut, le poing à l'anse d'un pot blanc,
A ses reins largement retrousser sa chemise !
Or, il s'est accroupi, frileux, les doigts de pied
Repliés, grelottant au clair soleil qui plaque
Des jaunes de brioche aux vitres de papier;
Et le nez du bonhomme où s'allume la laque
Renifle aux rayons, tel qu'un charnel polypier.
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accroupissements
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Premières Poésies
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Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-choux :
Sous l'arbre tendronnier qui bave,
Vos caoutchoucs
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mes petites amoureuses
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Premières Poésies
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Le printemps est évident, car
Du coeur des Propriétés vertes,
Le vol de Thiers et de Picard
Tient ses splendeurs grandes ouvertes !
O Mai ! quels délirants cul-nus !
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chant de guerre parisien
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Premières Poésies
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Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L'hypogastre et le col cambrés, une Gambier
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oraison du soir
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Premières Poésies
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Ceux qui disent : Cré Nom, ceux qui disent macache,
Soldats, marins, débris d'Empire, retraités,
Sont nuls, très nuls, devant les Soldats des Traités
Qui tailladent l'azur frontière à grands coups d'hache.
Pipe aux dents, lame en main, profonds, pas embêtés,
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les douaniers
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Premières Poésies
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Dans la feuillée, écrin vert taché d'or,
Dans la feuillée incertaine et fleurie
D'énormes Fleurs où l'âcre baiser dort,
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tête de faune
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Premières Poésies
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Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs;
Ils ont greffé dans des Amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !
Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
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les assis
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Premières Poésies
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Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
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les corbeaux
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Premières Poésies
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(Fantaisie)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal;
Oh ! là ! là ! que d' Amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
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ma bohème
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Premières Poésies
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C'est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;
Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries,
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le buffet
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Premières Poésies
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Remportée aux cris de Vive l’Empereur !
Au milieu, l'Empereur, dans une apothéose
Bleue et jaune, s'en va, raide, sur son dada
Flamboyant ; très heureux -car il voit tout en rose,
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l éclatante victoire de sarrebruck
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Premières Poésies
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Dans la salle à manger brune, que parfumait
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
Je ramassais un plat de je ne sais quel met
Belge, et je m'épatais dans mon immense chaise.
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la maline
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Premières Poésies
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, cinq heures du soir
Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
- Au Cabaret-Vert: je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.
Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte: je contemplai les sujets très naïfs
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au cabaret-vert
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Premières Poésies
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C'est un trou de verdure, où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
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le dormeur du val
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Premières Poésies
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À Elle.
L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
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rêvé pour l’hiver
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Premières Poésies
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L' Homme pâle, le long des pelouses fleuries,
Chemine, en habit noir, et le cigare aux dents:
L'Homme pâle repense aux Fleurs des Tuileries
- Et parfois son oeil terne a des regards ardents...
Car l'Empereur est saoul de ses vingt ans d'orgie !
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rages de césars
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Premières Poésies
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Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu;
Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu;
Tandis qu'une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d' Hommes un tas fumant;
- Pauvres morts dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature, ô toi qui fis ces hommes saintement !...
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le mal
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Premières Poésies
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I
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière.
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...
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roman
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Premières Poésies
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Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,
A genoux, cinq petits - misère ! -
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond...
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l'enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.
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les effarés
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Premières Poésies
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LUI. - Ta poitrine sur ma poitrine,
Hein ? nous irions,
Ayant de l'air plein la narine,
Aux frais rayons
Du bon matin bleu, qui vous baigne
Du vin de jour ?...
Quand tout le bois frissonnant saigne
Muet d' Amour
De chaque branche, gouttes vertes,
Des bourgeons clairs,
On sent dans les choses ouvertes
Frémir des chairs:
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les réparties de nina
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Premières Poésies
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Elle était fort déshabillée,
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.
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première soirée
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Premières Poésies
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Comme d'un cercueil vert en fer-blanc, une tête
De Femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Montrant des déficits assez mal ravaudés;
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vénus anadyomène
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Premières Poésies
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Place de la Gare, à Charleville.
Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les Fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.
L'orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres:
Autour, aux premiers rangs, parade le gandin;
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à la musique
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Premières Poésies
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... Français de soixante-dix,
bonapartistes, républicains,
souvenez-vous de vos pères en 92, etc...
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morts de quatre-vingt-douze
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Premières Poésies
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LE FORGERON Palais des Tuileries, vers le 20 juin 1792
I
Le bras sur un marteau gigantesque, effrayant
D'ivresse et de grandeur, le front vaste, riant,
Comme un clairon d'airain, avec toute sa bouche,
Et prenant ce gros-là dans son regard farouche,
Le Forgeron parlait à Louis Seize, un jour
Que le Peuple était là, se tordant tout autour,
Et sur les lambris d'or traînant sa veste sale.
Or le bon roi, debout sur son ventre, était pâle,
Pâle comme un vaincu qu'on prend pour le gibet,
Et, soumis comme un chien, jamais ne regimbait,
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le forgeron palais des tuileries
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Premières Poésies
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Tisonnant, tisonnant son cœur Amoureux sous
Sa chaste robe noire, heureux, la main gantée,
Un jour qu'il s'en allait effroyablement doux,
Jaune, bavant la foi de sa bouche édentée,
Un jour qu'il s'en allait - «Orémus», - un méchant
Le prit rudement par son oreille benoîte
Et lui jeta des mots affreux, en arrachant
Sa chaste robe noire autour de sa peau moite
Châtiment !... Ses habits étaient déboutonnés,
Et, le long chapelet des péchés pardonnés
S'égrenant dans son cœur, saint Tartufe était pâle !...
Donc, il se confessait, priait, avec un râle !
L' Homme se contenta d'emporter ses rabats...
-Peuh ! Tartufe était nu du haut jusques en bas !
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Premières Poésies
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Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
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bal des pendus
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Premières Poésies
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Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles ...
On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
Un chant mystérieux tombe des astres d'or.
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ophélie
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Premières Poésies
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I
Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l' Amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d'amour comme Dieu, de chair comme la Femme,
Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !
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soleil et chair
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Premières Poésies
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Par les soirs bleus d'été j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien:
Mais l' Amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une Femme.
Mars 1870.
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Premières Poésies
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I La chambre est pleine d'ombre; on entend vaguement De deux enfants le triste et doux chuchotement. Leur front se penche, encore alourdi par le rêve, Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève... - Au dehors, les oiseaux se rapprochent frileux ; Leur aile s'engourdit sous le ton gris des cieux. Et la nouvelle année, à la suite brumeuse, Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse, Sourit avec des pleurs et chante en grelottant... Commenter |
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les étrennes des orphelins
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