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George Sand - Poèmes de George Sand - Les textes correspondances de George Sand



George Sand

George Sand

George Sand

George Sand est le pseudonyme d'Amandine Aurore Lucile Dupin, plus tard baronne Dudevant, écrivain française née à Paris le 1er juillet 1804 et morte le 8 juin 1876.

George Sand était un écrivain français, féministe avant l'heure; elle a écrit des Romans, des nouvelles, des Contes, des pièces de Théâtre, une autobiographie, des critiques littéraires, des textes politiques... 

 George Sand a pas mal bousculé les convenances au 19ème siècle, en adoptant dès 1829, un pseudonyme masculin George Sand, elle adota aussi les vétements masculins, elle lança le port du pantalon par les Femmes, une féministe bien avant l'heure.  elle est aussi très connue pour sa liaison avec Alfred de Musset qui engendra un grande correspondance.

  George sand, jeune

george-sand

La vie culturelle de George Sand

Les tenues vestimentaires, les prises de position de George Sand lui attirent de nombreuses critiques et fait scandale, mais George Sand s'est s'entouré des plus grands. Elle accueille dans sa maison de Nohant, les plus grand auteurs et écrivains du 19ème siècle comme Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Delacroix, Victor Hugo

 Les citations de George Sand

 Portrait de George Sand

George Sand

C'est une artiste qui ne se consacra pas seulement à la Littérature mais aussi à la peinture. Ce fut aussi une Femme engagée dans le combat politique et elle participa dans les coulisses au gouvernement provisoire de 1848.

Poèmes de George Sand

Biographie de George SAND

 

Les oeuvres de George Sand:

 

Commentaires (1)

 

Le Château des désertes Notice

Le Château des désertes

Le Château des désertes Notice



Le Château des désertes Notice par George Sand

Le Château des Désertes est une analyse de quelques idées d’art plutôt qu’une analyse de sentiments. Ce roman m’a servi, une fois de plus, à me confirmer dans la certitude que les choses réelles, transportées dans le domaine de la fiction, n’y apparaissent un instant que pour y disparaître aussitôt, tant leur transformation y devient nécessaire.

Durant plusieurs hivers consécutifs, étant retirée à la campagne avec mes enfants et quelques amis de leur âge, nous avions imaginé de jouer la Comédie sur scénario et sans spectateurs, non pour nous instruire en quoique ce soit, mais pour nous amuser. Cet amusement devint une passion pour les enfants, et peu à peu une sorte d’exercice littéraire qui ne fut point inutile au développement intellectuel de plusieurs d’entre eux. Une sorte de mystère que nous ne cherchions pas, mais qui résultait naturellement de ce petit vacarme prolongé assez avant dans les nuits, au milieu d’une campagne déserte, lorsque la neige ou le brouillard nous enveloppaient au dehors, et que nos serviteurs même, n’aidant ni à nos changements de décor, ni à nos soupers, quittaient de bonne heure la maison où nous restions seuls; le tonnerre, les coups de pistolet, les roulements du tambour, les cris du drame et la musique du ballet, tout cela avait quelque chose de fantastique, et les rares passants qui en saisirent de loin quelque chose n’hésitèrent pas à nous croire fous ou ensorcelés.

Lorsque j’introduisis un épisode de ce genre dans le roman qu’on va lire, il y devint une étude sérieuse, et y prit des proportions si différentes de l’original, que mes pauvres enfants, après l’avoir lu, ne regardaient plus qu’avec chagrin le paravent bleu et les costumes de papier découpé qui avaient fait leurs délices. Mais à quelque chose sert toujours l’exagération de la fantaisie, car ils firent eux-mêmes un Théâtre aussi grand que le permettait l’exiguïté du local, et arrivèrent à y jouer des pièces qu’ils firent, eux-mêmes aussi, les années suivantes.

Qu’elles fussent bonnes ou mauvaises, là n’est point la question intéressante pour les autres: mais ne firent-ils pas mieux de s’amuser et de s’exercer ainsi, que de courir cette bohème du monde réel, qui se trouve à tous les étages de la société ?

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Le Château des désertes Chapitre I La jeune mère

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre I La jeune Mère



Chapitre I La jeune mère Le Château des désertes par George Sand

Avant d’arriver à l’époque de ma vie qui fait le sujet de ce récit, je dois dire en trois mots qui je suis.

Je suis le fils d’un pauvre ténor italien et d’une belle dame française. Mon père se nommait Tealdo Soavi; je ne nommerai point ma mère. Je ne fus jamais avoué par elle, ce qui ne l’empêcha point d’être bonne et généreuse pour moi. Je dirai seulement que je fus élevé dans la maison de La Marquise de…, à Turin et à Paris, sous un nom de fantaisie.

La marquise aimait les artistes sans Aimer les arts. Elle n’y entendait rien et prenait un égal plaisir à entendre une valse de Strauss et une fugue de Bach. En peinture, elle avait un faible pour les étoffes vert et or, et elle ne pouvait souffrir une toile mal encadrée. Légère et charmante, elle dansait à quarante ans comme une sylphide et fumait des cigarettes de contrebande avec une grâce que je n’ai vue qu’à elle. Elle n’avait aucun remords d’avoir cédé à quelques entraînements de jeunesse et ne s’en cachait point trop, mais elle eût trouvé de mauvais goût de les afficher. Elle eut de son mari un fils que je ne nommai jamais mon frère, mais qui est toujours pour moi un bon camarade et un aimable ami.

Je fus élevé comme il plut à Dieu; l’argent n’y fut pas épargné. La marquise était riche, et, pourvu qu’elle n’eût à prendre aucun souci de mes aptitudes et de mes progrès, elle se faisait un devoir de ne me refuser aucun moyen de développement. Si elle n’eût été en réalité que ma parente éloignée et ma bienfaitrice, comme elle l’était officiellement, j’aurais été le plus heureux et le plus reconnaissant des orphelins; mais les Femmes de chambre avaient eu trop de part à ma première éducation pour que j’ignorasse le secret de ma Naissance. Dès que je pus sortir de leurs mains, je m’efforçai d’oublier la douleur et l’effroi que leur indiscrétion m’avait causés. Ma mère me permit de voir le monde à ses côtés, et je reconnus à la frivolité bienveillante de son caractère, au peu de soin mental qu’elle prenait de son fils légitime, que je n’avais aucun sujet de me plaindre. Je ne conservai donc point d’amertume contre elle, je n’en eus jamais le droit mais une sorte de mélancolie, jointe à beaucoup de patience, de tolérance extérieure et de résolution intime, se trouva être au fond de mon esprit, de bonne heure et pour toujours.

J’éprouvais parfois un violent désir d’aimer et d’embrasser ma mère. Elle m’accordait un sourire en passant, une caresse à la dérobée. Elle me consultait sur le choix de ses bijoux et de ses chevaux; elle me félicitait d’avoir du goût, donnait des éloges à mes instincts de savoir-vivre, et ne me gronda pas une seule fois en sa vie; mais jamais aussi elle ne comprit mon besoin d’expansion avec elle. Le seul mot maternel qui lui échappa fut pour me demander, un jour qu’elle s’aperçut de ma tristesse, si j’étais jaloux de son fils, et si je ne me trouvais pas aussi bien traité que l’enfant de la maison. Or, comme, sauf le plaisir très-creux d’avoir un nom et Le bonheur très-faux d’avoir dans le monde une position toute faite pour l’oisiveté, mon frère n’était effectivement pas mieux traité que moi, je compris une fois pour toutes, dans un âge encore assez tendre, que tout sentiment d’envie et de dépit serait de ma part ingratitude et lâcheté. Je reconnus que ma mère m’aimait autant qu’elle pouvait aimer, plus peut-être qu’elle n’aimait mon frère, car j’étais l’enfant de l’Amour, et ma figure lui plaisait plus que la ressemblance de son héritier avec son mari.

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Le Château des désertes Chapitre II Le ver luisant

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre II Le ver luisant



Chapitre II Le ver luisant Le Château des désertes par George Sand


Il y avait alors au Théâtre impérial une chanteuse qui eût fait quelque impression sur moi, si la duchesse de… ne se fût emparée plus victorieusement de mes pensées. Cette chanteuse n’était ni de la première beauté, ni de la première jeunesse, ni du premier ordre de talent. Elle se nommait Cécilia Boccaferri; elle avait une trentaine d’années, les traits un peu fatigués, une jolie taille, de la distinction, une voix plutôt douce et sympathique que puissante; elle remplissait sans fracas d’engouement, comme sans contestation de la part du public, l’emploi de seconda donna.

Sans m’éblouir, elle m’avait plu hors de la scène plutôt que sur les planches. Je la rencontrais quelquefois chez un professeur de chant qui était mon ami et qui avait été son maître, et dans quelques salons où elle allait chanter avec les premiers sujets. Elle vivait, disait-on, fort sagement, et faisait vivre son père, vieux artiste paresseux et désordonné. C’était une personne modeste et calme que l’on accueillait avec égard, mais dont on s’occupait fort peu dans le monde.

Elle entra en même temps que Célio, et, bien qu’elle ne s’occupât jamais du public lorsqu’elle était à son rôle, elle tourna les yeux vers la loge d’avant-scène où j’étais avec la duchesse. Il y eut dans ce regard furtif et rapide quelque chose qui me frappa: j’étais disposé à tout remarquer et à tout commenter ce soir-là.

Célio Floriani était un garçon de vingt-quatre à vingt-cinq ans, d’une beauté accomplie. On disait qu’il était tout le portrait de sa Mère, qui avait été la plus belle Femme de son temps. Il était grand sans l’être trop, svelte sans être grêle. Ses membres dégagés avaient de l’élégance, sa poitrine large et pleine annonçait la force. La tête était petite comme celle d’une belle statue antique, les traits d’une pureté délicate avec une expression vive et une couleur solide; l’œil noir étincelant, les cheveux épais, ondés et plantés au front par la nature selon toutes les règles de l’art italien; le nez était droit, la narine nette et mobile, le sourcil pur comme un trait de pinceau, la bouche vermeille et bien découpée, la moustache fine et encadrant la lèvre supérieure par un mouvement de frisure naturelle d’une grâce coquette; les plans de la joue sans défaut, l’oreille petite, le cou dégagé, rond, blanc et fort, la main bien faite, le pied de même, les dents éblouissantes, le sourire malin, le regard très-hardi… Je regardai la duchesse… Je la regardai d’autant mieux, qu’elle n’y fit point attention, tant elle était absorbée par l’entrée du débutant.

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Le Château des désertes Chapitre III Cécilia

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre III Cécilia



Chapitre III Cécilia Le Château des désertes par George Sand



Mais il était écrit au livre de ma destinée que je retrouverais Célio sur mon chemin. J’approche de la loge de Cécilia, je frappe, on vient m’ouvrir: au lieu du visage doux et mélancolique de la cantatrice, c’est la figure enflammée du débutant qui m’accueille d’un regard méfiant et de cette parole insolente:— Que voulez-vous, Monsieur ?

— Je croyais frapper chez la signora Boccaferri, répondis-je; elle a donc changé de loge ?

— Non, non, c’est ici ! me cria la voix de Cécilia. Entrez, signor Salentini, je suis bien aise de vous voir.

J’entrai, elle quittait son costume derrière un paravent. Célio se rassit sur le sofa; sans me rien dire, et même sans daigner faire la moindre attention à ma présence, il reprit son discours au point où je l’avais interrompu. A vrai dire, ce discours n’était qu’un monologue. Il procédait même uniquement par exclamations et malédictions, donnant au diable ce lourd et stupide parterre d’Allemands, ces buveurs, aussi froids que leur bière, aussi incolores que leur café. Les loges n’étaient pas mieux traitées.— Je sais que j’ai mal chanté et encore plus mal joué, disait-il à la Boccaferri, comme pour répondre à une objection qu’elle lui aurait faite avant mon arrivée; mais soyez donc inspiré devant trois rangées de sots diplomates et d’affreuses douairières ! Maudite soit l’idée qui m’a fait choisir Vienne pour le Théâtre de mes débuts ! Nulle part les Femmes ne sont si laides, l’air si épais, la vie si plate et les Hommes si bêtes ! En bas, des abrutis qui vous glacent; en haut, des monstres qui vous épouvantent ! Par tous les diables ! j’ai été à la hauteur de mon public, c’est-à-dire insipide et détestable !

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Le Château des désertes Chapitre IV Flânerie

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre IV Flânerie



Chapitre IV Flânerie Le Château des désertes par George Sand


Elle s’était levée pour partir; elle ramena son châle sur ses épaules. Elle était mal mise, affreusement mise, comme une actrice pauvre et fatiguée, qui s’est débarrassée à la hâte de son costume et qui s’enveloppe avec joie d’une robe de chambre chaude et ample pour s’en aller à pied par les rues. Elle avait un voile noir très-fané sur la tête et de gros souliers aux pieds, parce que le temps était à la pluie. Elle cachait ses jolies mains (je me rappelle ce détail exactement) dans de vilains gants tricotés. Elle était très pâle, même un peu jaune, comme j’ai remarqué depuis qu’elle le devenait quand on la forçait à remuer la cendre qui couvrait le feu de son âme. Probablement elle eût été moins belle que laide pour tout autre que moi en ce moment-là.

Eh bien ! je la trouvai, pour la première fois de ma vie, la plus belle Femme que j’eusse encore contemplée. Et elle l’était, en effet, j’en suis certain. Ce mélange de désespoir et de volonté, de dégoût et de courage, cette abnégation complète dans une nature si énergique, et par conséquent si capable de goûter La vie avec plénitude, cette flamme profonde, cette mémoire endolorie, voilées par un sourire de douceur naïve, la faisaient resplendir à mes yeux d’un éclat singulier. Elle était devant moi comme la douce lumière d’une petite lampe qu’on viendrait d’allumer dans une vaste église. D’abord ce n’est qu’une étincelle dans les ténèbres, et puis la flamme s’alimente, la clarté s’épure, l’œil s’habitue et comprend, tous les objets s’illuminent peu à peu. Chaque détail se révèle sans que l’ensemble perde rien de sa lucidité transparente et de son austérité mélancolique. Au premier moment, on n’eût pu marcher sans se heurter dans ce crépuscule, et puis voilà qu’on peut lire à cette lampe du sanctuaire et que les images du temple se colorent et flottent devant vous comme des êtres vivants. La vue augmente à chaque seconde comme un sens nouveau, perfectionné, satisfait, idéalisé, par ce suave aliment d’une lumière pure, égale et sereine.

Cette métaphore, longue à dire, me vint rapide et complète dans la pensée. Comme un peintre que je suis, je vis le symbole avec les yeux de l’imagination en même temps que je regardais la femme avec les yeux du sentiment. Je m’élançai vers elle, je l’entourai de mes bras, en m’écriant follement: "Fiat lux ! aimons-nous, et la lumière sera."

Mais elle ne me comprit pas, ou plutôt elle n’entendit pas mes sottes paroles. Elle écoutait un bruit de voix dans la loge voisine. "Ah ! mon Dieu ! me dit-elle, voici mon père qui se querelle avec Célio ! allons vite les distraire. Mon père sort du café. Il est très-animé à cette heure-ci, et Célio n’est guère disposé à entendre une théorie sur le néant de la gloire. Venez, mon ami !"

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Le Château des désertes Chapitre V Dépit

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre V Dépit



Chapitre V Dépit Le Château des désertes par George Sand


J’étais fatigué, et pourtant je ne pus dormir. Je comptai les heures sans réussir à résumer les émotions de ma soirée et à conclure avec moi-même. Il n’y avait qu’une chose certaine pour moi, c’est que je n’aimais plus la duchesse, et que j’avais failli faire une lourde école en m’attachant à elle; mais une âme blessée cherche vite une autre blessure pour effacer celle qui mortifie l’Amour-propre, et j’éprouvais un besoin d’Aimer qui me donnait la fièvre. Pour la première fois, je n’étais plus le maître absolu de ma volonté; j’étais impatient du lendemain. Depuis douze heures, j’étais entré dans une nouvelle phase de ma vie, et, ne me reconnaissant plus, je me crus malade.

Je ne l’avais jamais été, ma santé avait fait ma force; je m’étais développé dans un équilibre inappréciable. J’eus peur en me sentant le pouls légèrement agité. Je sautai à bas de mon lit; je me regardai dans une glace, et je me mis à rire. Je rallumai ma lampe, je taillai un crayon, je jetai sur un bout de papier les idées qui me vinrent. Je fis une composition qui me plut, quoique ce fût une mauvaise composition. C’était un Homme assis entre son bon et son mauvais ange. Le bon ange était distrait et comme pris de sollicitude pour un passant auquel le mauvais ange faisait des agaceries dans le même moment. Entre ces deux anges, le personnage principal délaissé, et ne comptant ni sur l’un ni sur l’autre, regardait en souriant une Fleur qui personnifiait pour lui la nature. Cette allégorie n’avait pas le sens commun, mais elle avait une signification pour moi seul. Je me crus vainqueur de mon angoisse; je me recouchai, je m’assoupis, j’eus le cauchemar: je rêvai que j’égorgeais Célio.

Je quittai mon lit décidément, je m’habillai aux premières lueurs de l’aube; j’allai faire un tour de promenade sur les remparts, et, quand le soleil fut levé, je gagnai le logis de Célio.

Célio ne s’était pas couché, je le trouvai écrivant des lettres.— Vous n’avez pas dormi, me dit-il, et vous êtes fatigué pour avoir essayé de dormir ? J’ai fait mieux que vous; j’ai passé la nuit dehors. Quand on est excité, il faut s’exciter davantage; c’est le moyen d’en finir plus vite.

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Le Château des désertes Chapitre VI La duchesse

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre VI La duchesse



Chapitre VI La duchesse Le Château des désertes par George Sand


A l’heure convenue, j’attendais Célio, mais je ne reçus qu’un billet ainsi conçu:

"Mon cher ami, je vous envoie de l’argent et des papiers pour que vous ayez à terminer demain l’affaire de mademoiselle Boccaferri avec le Théâtre. Rien n’est plus simple: il s’agit de verser la somme ci-jointe et de prendre un reçu que vous conserverez. Son engagement était à la veille d’expirer, et elle n’est passible que d’une amende ordinaire pour deux représentations auxquelles elle fait défaut. Elle trouve ailleurs un engagement plus avantageux. Moi, je pars, mon cher ami. Je serai parti quand vous recevrez cet adieu. Je ne puis supporter une heure de plus l’air du pays et les compliments de condoléance: je me fâcherais, je dirais ou ferais quelque sottise. Je vais ailleurs, je pousse plus loin. En avant, en Avant !

"Vous aurez bientôt de mes nouvelles et d’autres qui vous intéressent davantage.

"A vous de cœur,

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Le Château des désertes Chapitre VII Le nœud cerise

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre VII Le nœud cerise



Chapitre VII Le nœud cerise Le Château des désertes par George Sand


Je ne crois, d’une manière absolue, ni à la destiné, ni à mes instincts, et je suis pourtant forcé de croire à quelque chose qui semble une combinaison de l’un ou de l’autre, à une force mystérieuse qui est comme l’attraction de la fatalité.

Il se fait dans notre existence, comme de grande courants magnétiques que nous traversons quelquefois, sans être emportés par eux, mais où quelquefois aussi nous nous précipitons de nous-mêmes, parce que notre moi se trouve admirablement prédisposé à subir l’influence de ce qui est notre élément naturel, longtemps ignoré ou méconnu. Quand nous sommes entraînés sur cette pente irrésistible, il semble que tout nous aide à en subir l’impulsion souveraine, que tout s’enchaîne autour de nous de façon à nous faire nier le hasard, enfin que les circonstances les plus naturelles, les plus insignifiantes dans d’autres moments n’existent, à ce moment donné, que pour nous pousser vers le but de notre destinée, que ce but soit un abîme ou un sanctuaire.

Voici le fait qui me parut longtemps merveilleux et qui ne fut autre chose que la rencontre d’un fait parallèle à celui de mon ennui et de mon inquiétude. Mon vetturino était marié non loin de la frontière, du côté de Briançon, à une jeune et jolie Femme dont il était séparé assez souvent par l’activité de sa profession. Je lui dis que je voulais aller du côté de la France, et je le voulais parce qu’il s’agissait pour moi de prendre la route diamétralement opposée à celle de Milan, et aussi un peu parce que j’avais quelques renseignements vagues sur le pas&age récent de Célio dans la contrée que je parcourais. Mon vetturino vit que je ne savais pas bien où je voulais aller, et comme il avait envie d’aller à Briançon, il prit naturellement la route de Suse et d’Exille, traversa la frontière avec la Doire, et me fit entrer dans le département des Hautes-Alpes par le Mont-Genèvre.

Comme nous approchions de Briançon, il me demanda si je ne comptais pas m’y arrêter quelques jours, du ton d’un Homme décidé à m’y contraindre. Et, comme j’hésitais à lui répondre avant d’avoir bien pénétré son dessein, il m’annonça que son plus jeune cheval était malade, qu’il ne mangeait pas, et qu’il craignait bien d’être forcé de voir un vétérinaire pour le faire saigner. Je descendis de voiture et j’examinai le cheval: il avait l’œil pur, le flanc calme; il n’était pas plus malade que l’autre.

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Le Château des désertes Chapitre VIII Le sabbat

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre VIII Le sabbat



Chapitre VIII Le sabbat Le Château des désertes par George Sand


— Et les deux jeunes demoiselles, dis-je à ma vieille hôtesse, vous les connaissez ?

— Non, Monsieur. Je n’ai fait encore que les apercevoir. Il n’y a qu’une quinzaine qu’elles sont ici, et le dernier jeune Homme, qui paraît avoir quinze ans tout au plus, est arrivé avant-hier au soir. Ce qui fait dire dans le village que ce n’est peut-être pas le dernier, et qu’on ne sait pas où s’arrêtera la famille de M. le marquis. Chacun dit son mot là-dessus: il faut bien rire un peu, pour se consoler de ne rien savoir.

— Le nouveau marquis a donc les mêmes habitudes de mystère que l’ancien ?

— C’est à peu près la même chose, c’est même encore pire, puisque, ce qu’il a été et ce qu’il a fait durant tant d’années qu’on ne l’a pas vu, il a sans doute intérêt à le cacher plus encore que feu M. son frère; mais pourtant ce n’est pas le même homme. On commence à me croire, quand je dis que celui-ci vaut mieux, et on lui rendra justice plus tard. L’autre était sec de cœur comme de corps; celui-ci est un peu brusque de manières, et n’Aime pas non plus les longs discours. Il ne se fie pas au premier venu: on dirait qu’il connaît tous les tours et toutes les ruses de ceux qui quémandent; mais il s’informe, il consulte; sa fille aînée le fait avec lui, et les secours arrivent sans bruit à ceux qui ont vraiment besoin. M. le curé a bien remarqué cela, lui qui s’affligeait tant lorsqu’il a vu venir ce prétendu mauvais sujet: il commence à dire que les pauvres gens n’ont pas perdu au change.

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Le Château des désertes Chapitre IX L'uom di sasso

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre IX L'uom di sasso



Chapitre IX L'uom di sasso Le Château des désertes par George Sand


J’étais trop mécontent du résultat de mon entreprise pour me sentir disposé à faire de nouvelles questions sur le château mystérieux. Je renfermais ma curiosité comme une honte, le succès ne l’avait pas justifiée; mais elle n’en subsistait pas moins au fond de mon imagination, et je faisais de nouveaux projets pour la nuit suivante. En attendant, je résolus d’aller pousser une reconnaissance autour du château, pour me ménager les moyens de pénétrer nuitamment dans l’intérieur de la place, s’il était possible… Bah ! me disais-je, tout est possible à celui qui veut.

J’allais sortir, lorsqu’un petit paysan, qui rôdait devant la route, me regarda avec ce mélange de hardiesse et de poltronnerie qui caractérise les enfants de la campagne. Puis, comme j’observais sa mine à la fois espiègle et farouche, il vint à moi, et, me présentant une lettre, il me dit: "Regardez ça, si c’est pour vous." Je lus mon nom et mon prénom tracés fort lisiblement et d’une main élégante sur l’adresse. A peine eus-je fait un signe affirmatif que l’enfant s’enfuit sans attendre ni questions ni récompense. Je courus à la signature, qui ne m’apprit rien d’officiel, mais à laquelle pourtant je ne me trompai pas. Stella et Béatrice ! les jolis noms ! m’écriai-je, et je rentrai dans ma chambre, assez ému, je le confesse.

"Le hasard, aidé de la curiosité, disait cette gracieuse lettre parfumée, a fait découvrir à deux petites filles fort rusées le nom de l’étranger qui a ramassé le nœud de ruban cerise. Des pas laissés sur la neige, coïncidant avec les avertissements de la belle chienne Hécate, ont prouvé à ces demoiselles que l’étranger était encore plus curieux que poli et prudent, et qu’il ne craignait pas de marcher sur les eaux pour surprendre les secrets d’autrui. Le sort en est jeté ! Puisque vous voulez être initié à nos mystères, ô jeune présomptueux, vous le serez ! Puissiez-vous ne pas vous en repentir, et vous montrer digne de notre confiance ! Soyez muet comme la tombe; la plus légère indiscrétion nous mettrait dans l’impossibilité de vous admettre. Venez à huit heures du soir (solo e inosservato) au bord du fossé, vous y trouverez Stella et Béatrice."

Tout le billet était écrit en italien et rédigé dans le pur toscan que je leur avais entendu parler. Je hâtai le dîner pour avoir le droit de sortir à six heures, prétextant que j’allais voir lever la lune sur le haut des collines. En effet, je fis une course au delà du château, et à huit heures précises j’étais au rendez-vous. Je n’attendis pas cinq minutes. Mes deux charmantes châtelaines parurent, bien enveloppées et encapuchonnées. Je fus un peu inquiet, lorsque j’eus franchi l’escalier, d’en voir une troisième sur laquelle je ne comptais pas. Celle-là était masquée d’un loup de velours noir et son manteau avait la forme d’un domino de bal.— Ne soyez pas effrayé, me dit la petite Béatrice en me prenant sans façon par-dessous le bras, nous sommes trois. Celle-ci est notre sœur aînée. Ne lui parlez pas, elle est sourde. D’ailleurs il faut nous suivre sans dire un mot, sans faire une question. Il faut vous soumettre à tout ce que nous exigerons de vous, eussions-nous la fantaisie de vous couper la moustache, les cheveux et même un peu de l’oreille. Vous allez voir des choses fort extraordinaires et faire tout ce qu’on vous commandera, sans hasarder la moindre objection, sans hésiter, et surtout sans rire, dès que vous aurez passé le seuil du sanctuaire. Le rire intempestif est odieux à notre chef, et je ne réponds pas de ce qui vous arriverait si vous ne vous comportiez pas avec la plus grande dignité.

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Le Château des désertes Chapitre X Ottavio

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre X Ottavio



Chapitre X Ottavio Le Château des désertes par George Sand


— Maître Boccaferri ! criai-je en ouvrant doucement le rideau, reconnaissez-vous la voix du Commandeur ?

— Oui, pardieu ! je reconnais cette voix, répondit-il; mais je ne puis dire à qui elle appartient. Mille diables ! il y a ici ou un revenant, ou un intrus; qu’est-ce que cela signifie, enfants ?

— Cela signifie, mon père, dit Ottavio en se retournant et en me montrant enfin les traits purs et nobles de la Cécilia, que nous avons ici un bon acteur et un bon ami de plus. Elle vint à moi en me tendant la main. Je m’élançai d’un bond dans l’emplacement de l’orchestre; je saisis sa main que je baisai à plusieurs reprises, et j’embrassai ensuite le vieux Boccaferri qui me tendait les bras. C’était la première fois que je songeais à lui donner cette accolade, dont la seule idée m’eût causé du dégoût deux mois auparavant. Il est vrai que c’était la première fois que je ne le trouvais pas ivre, ou sentant la vieille pipe et le vin nouveau.

Célio m’embrassa aussi avec plus d’effusion véritable que je ne l’y eusse cru disposé. La douleur de son fiasco semblait s’être effacée, et, avec elle, l’amertume de son langage et de sa physionomie. "Ami, me dit-il, je veux te présenter à tout ce que j’Aime. Tu vois ici les quatre enfants de la Floriani, mes sœurs Stella et Béatrice, et mon jeune frère Salvator, le Benjamin de la famille, un bon enfant bien gai, qui pâlissait dans l’étude d’un Homme de loi, et qui a quitté ce noir métier de scribe, il y a deux jours, pour venir se faire artiste à l’école de notre père adoptif, Boccaferri. Nous sommes ici pour tout le reste de l’hiver sans bouger; nous y faisons, les uns leur éducation, les autres leur stage dramatique. On t’expliquera cela plus tard: maintenant il ne faut pas trop s’absorber dans les embrassades et les explications, car on perdrait la pièce de vue; on se refroidirait sur l’affaire principale de la vie, sur ce qui passe avant tout ici, l’art dramatique !

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Le Château des désertes Chapitre XI Le souper

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre XI Le souper



Chapitre XI Le souper Le Château des désertes par George Sand


Quand cet acte fut fini, on retourna dans le parterre, lequel, ainsi que je l’ai dit, était disposé en salle de repos ou d’étude à volonté, et on se pressa autour de Boccaferri pour avoir son sentiment et profiter de ses observations. Je vis là comment il procédait pour développer ses élèves; car sa conversation était un véritable cours, et le seul sérieux et profond que j’aie jamais entendu sur cette matière.

Tant que durait la représentation, il se gardait bien d’interrompre les acteurs, ni même de laisser percer son contentement ou son blâme, quelque chose qu’ils fissent; il eût craint de les troubler ou de les distraire de leur but. Dans l’entr’acte, il se faisait juge; il s’intitulait public éclairé, et distribuait la critiqué ou l’éloge.

— Honneur à la Cécilia ! dit-il pour commencer. Dans cet acte, elle a été supérieure à nous tous. Elle a porté l’épée et parlé d’Amour comme Roméo; elle m’a fait Aimer ce jeune Homme dont le rôle est si délicat. Avez-vous remarqué un trait de génie, mes enfants ? Écoutez. Célio, Adorno, Salvator; ceci est pour les Hommes; les petites filles n’y comprendraient rien. Dans le libretto, que vous savez tous par cœur, il y a un mot que je n’ai jamais pu écouter sans rire. C’est lorsque dona* Anna raconte à son fiancé qu’elle a failli être victime de l’audace de don Juan, ce scélérat ayant imité, dans la nuit du meurtre du Commandeur, la démarche et les manières d’Ottavio pour surprendre sa tendresse. Elle dit qu’elle s’est échappée de ses bras, et qu’elle a réussi à le repousser. Alors don Ottavio, qui a écouté ce récit avec une piteuse mine, chante naïvement: Respiro ! Le mot est bien écrit musicalement pour le dialogue, comme Mozart savait écrire le moindre mot, mais le mot est par trop niais. Rubini, comme un maître intelligent qu’il est, le disait sans expression marquée, et en sauvait ainsi le ridicule: mais presque tous les autres Ottavio que j’ai entendus ne manquaient point de respirer le mot a pleine poitrine, en levant les yeux au ciel, comme pour dire au public: "Ma foi, je l’ai échappé belle".

Eh bien, Cécilia a écouté le récit d’Anna avec une douleur chaste, une indignation concentrée, qui n’aurait prêté à rire à aucun parterre, si impudique qu’il eût été ! Je l’ai vu pâlir, mon jeune Ottavio ! car la figure de l’acteur vraiment ému pâlit sous le fard, sans qu’il soit nécessaire de se retourner adroitement pour passer le mouchoir sur les joues, mauvaise ficelle, ressource grossière de l’art grossier. Et puis, quand il a été soulage de son inquiétude, au lieu de dire: Je respire ! il s’est écrié, du fond de l’âme: Oh ! perdue ou sauvée, tu aurait toujours été à moi !

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Le Château des désertes Chapitre XII L'héritière

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre XII L'héritière



Chapitre XII L'héritière Le Château des désertes par George Sand


Je trouvai en effet mes hôtes fort effrayés de ma disparition. Le bon Volabù m’avait cherché dans la campagne et se disposait à y retourner. Je sentis que ces pauvres gens étaient déjà de vrais amis pour moi. Je leur dis que le hasard m’avait fait rencontrer un des habitants du château en qui j’avais retrouvé une ancienne connaissance. La Mère Peirecote, apprenant que j’avais fait la veillée au château, m’accabla de questions, et parut fort désappointée quand je lui répondis que je n’avais vu là rien d’extraordinaire.

Le lendemain, à neuf heures, je me rendis au château en prévenant mes hôtes que j’y passerais peut-être quelques jours et qu’ils n’eussent pas à s’inquiéter de moi. Célio venait à ma rencontre.— Tu as bien dormi ! me dit-il en me regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux.

— Je l’avoue, répondis-je, et c’est la première fois depuis longtemps. J’ai éprouvé un merveilleux bien-être, comme si j’étais arrivé au vrai but de mon existence, heureux ou misérable. Si je dois être heureux par vous tous qui êtes ici, ou souffrir de la part de plusieurs, il n’importe. Je me sens des forces nouvelles pour la joie comme pour la douleur.

— Ainsi, tu l’aimes ?

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Le Château des désertes Chapitre XIII Stella

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre XIII Stella



Chapitre XIII Stella Le Château des désertes par George Sand



Célio allait me répondre lorsque Béatrice, accourant du fond de la galerie, vint se jeter à son cou et folâtrer autour de nous en me demandant avec malice si j’avais été présenté à M. le marquis. Quelques pas plus loin, nous rencontrâmes Stella et Benjamin, qui m’accablèrent des mêmes questions; la cloche du déjeuner sonna à grand bruit, et la belle Hécate, qui était fort nerveuse, accompagna d’un long hurlement ce signal du déjeuner. Le marquis et sa fille vinrent les derniers, sereins et bienveillants comme des gens qui viennent de faire leur devoir. Je vis là combien Cécilia était adorée des jeunes filles et quel respect elle inspirait à toute la famille. Je ne pouvais m’empêcher de la contempler, et même, quand je ne la regardais ou ne l’écoutais pas, je voyais tous ses mouvements, j’entendais toutes ses paroles. Elle agissait et parlait peu cependant; mais elle était attentive à tout ce qui pouvait être utile ou agréable à ses amis. On eût dit qu’elle avait eu toute sa vie deux cent mille Livres de rentes, tant elle était aisée et tranquille dans son opulence, et l’on voyait qu’elle ne jouirait de rien pour elle-même, tant elle restait dévouée au moindre besoin, au moindre désir des autres.

On ne parla point de Comédie pendant la déjeuner. Pas un mot ne fut dit devant les domestiques qui pût leur faire soupçonner quelque chose à cet égard. Ce n’est pas que de temps en temps Béatrice, qui n’avait autre chose en tête, n’essayât de parler de la précédente et de la prochaine soirée; mais Stella, qui était toujours à ses côtés et qui s’était habituée à être pour elle comme une jeune Mère, la tenait en bride. Quand le repas fut terminé, le marquis prit le bras de sa fille et sortit.

— Ils vont, pendant deux heures, s’occuper d’un autre genre d’affaires, me dit Célio. Ils donnent cette partie de la journée aux besoins des gens qui les environnent; ils écoutent les demandes des pauvres, les réclamations des fermiers, les invitations de la commune. Ils voient le curé ou l’adjoint; ils ordonnent des travaux, ils donnent même des consultations à des malades; enfin, ils font leurs devoirs de châtelains avec autant de conscience et de régularité que possible. Stella et Béatrice sont chargées de veiller, à l’intérieur, sur le détail de la maison; moi, ordinairement, je lis ou fais de la musique, et, depuis que mon frère est ici, je lui donne des leçons; mais, pour aujourd’hui, il ira s’exercer tout seul au billard. Je veux causer avec vous.

Il m’emmena dans le jardin, et là, me serrant la main avec effusion:— Ta tristesse me fait mal, dit-il, et je ne saurais la voir plus longtemps. Écoute, mon ami, j’ai eu un mauvais mouvement quand tu m’as dit, il y a une heure, que tu renonçais à Cécilia par délicatesse. J’ai failli te dire que c’était ton devoir et t’encourager à partir: je ne l’ai pas fait; mais, quand même je l’aurais fait, je me rétracterais à cette heure. Tu te montres trop scrupuleux, ou tu ne connais pas encore Cécilia et son père. Ils n’ont pas cessé d’être artistes, je crois même qu’ils le sont plus que jamais depuis qu’ils sont devenus seigneurs. L’alliance d’un talent tel que le tien ne peut donc jamais leur sembler au-dessous de leur condition. Quant à te soupçonner coupable d’ambition et de cupidité, cela est impossible, car ils savent qu’il y a deux mois tu étais Amoureux de la pauvre cantatrice à trois mille francs par saison, et que tu aspirais sérieusement à l’épouser, même sans rougir du vieux ivrogne.

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Le Château des désertes Chapitre XIV Conclusion

Le Château des désertes

Le Château des désertes Chapitre XIV Conclusion



Chapitre XIV Conclusion Le Château des désertes par George Sand



Je montai dans la loge des Hommes pour me débarrasser de mon domino. A peine y étais-je entré, que Stella vint résolument m’y rejoindre. Elle avait arraché vivement son masque; sa belle chevelure blond-cendré, naturellement ondée, s’était à demi répandue sur son épaule. Elle était pâle, elle tremblait; mais c’était une âme éminemment courageuse, quoique elle agît par expansion spontanée et d’une manière tout opposée, par conséquent, à celle de la Boccaferri.

— Adorno Salentini, me dit-elle en posant sa main blanche sur mon épaule, m’aimez-vous ?

Je fus entièrement vaincu par cette question hardie, faite avec un effort évidemment douloureux et le trouble de la pudeur alarmée.

Je la pris dans mes bras et je la serrai contre ma poitrine.

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Valentine Première partie I

Valentine

Valentine Première partie I



Valentine Un roman de George Sand


La partie sud-est du Berry renferme quelques lieues d'un pays singulièrement pittoresque. La grande route qui le traverse dans la direction de Paris à Clermont étant bordée des terres les plus habitées, il est difficile au voyageur de soupçonner la beauté des sites qui l'avoisinent. Mais à celui qui, cherchant l'ombre et le silence, s'enfoncerait dans un de ces chemins tortueux et encaissés qui débouchent sur la route à chaque instant, bientôt se révéleraient de frais et calmes paysages, des prairies d'un vert tendre, des ruisseaux mélancoliques, des massifs d'aunes et de frênes, toute une nature suave et pastorale. En vain chercherait-il dans un rayon de plusieurs lieues une maison d'ardoise et de moellons. À peine une mince fumée bleue, venant à trembloter derrière le feuillage, lui annoncerait le voisinage d'un toit de chaume; et s'il apercevait derrière les noyers de la colline la flèche d'une petite église, au bout de quelques pas il découvrirait un campanile de tuiles rongées par la mousse, douze maisonnettes éparses, entourées de leurs vergers et de leurs chenevières, un ruisseau avec son pont formé de trois soliveaux, un cimetière d'un arpent carré fermé par une haie vive, quatre ormeaux en quinconce et une tour ruinée. C'est ce qu'on appelle un bourg dans le pays.

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Valentine Première partie II.

Valentine

Valentine Première partie II.



Valentine Un roman de George Sand

C'était une Femme petite et mince qui, au premier abord, semblait âgée de vingt-cinq ans; mais, en la voyant de près, on pouvait lui en accorder trente sans craindre d'être trop libéral envers elle. Sa taille fluette et bien prise avait encore la grâce de la jeunesse; mais son visage, à la fois noble et joli, portait les traces du chagrin, qui flétrit encore plus que les années. Sa mise négligée, ses cheveux plats, son air calme, témoignaient assez l'intention de ne point aller à la fête. Mais dans la petitesse de sa pantoufle, dans l'arrangement décent et gracieux de sa robe grise, dans la blancheur de son cou, dans sa démarche souple et mesurée, il y avait plus d'aristocratie véritable que dans tous les joyaux d'Athénaïs. Pourtant cette personne si imposante, devant laquelle toutes les autres se levèrent avec respect, ne portait pas d'autre nom, chez ses hôtes de la ferme, que celui de mademoiselle Louise.

Elle tendit une main affectueuse à madame Lhéry, baisa sa fille au front, et adressa un sourire d'amitié au jeune Homme.

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Valentine Première partie III

Valentine

Valentine Première partie III



Valentine Un roman de George Sand


Mais au bout de quelques pas, le bidet, naturellement peu taillé pour la course, se ralentit; l'humeur irascible de Bénédict se calma et fit place à la honte et aux remords, et M. Lhéry s'endormit profondément.

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Valentine Première partie IV

Valentine

Valentine Première partie IV




Valentine Un roman de George Sand


C'étaient des garçons de la même classe que Bénédict, sauf la supériorité de l'éducation qu'il avait sur eux, et dont ils étaient plus portés à lui faire un reproche qu'un avantage. Plusieurs d'entre eux n'étaient pas sans prétentions à la main d'Athénaïs.

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Valentine Première partie V

Valentine

Valentine Première partie V



Valentine Un roman de George Sand



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Valentine Première partie VI

Valentine

Valentine Première partie VI



Valentine Un roman de George Sand


Tout à coup Valentine entendit un bruit sourd et prolongé semblable au roulement d'une voiture. Elle quitta le chemin, et se dirigea à travers un sentier vers le lieu d'où partait ce bruit, qui augmentait toujours, mais changeait de nature. Si Valentine eût pu percer le dôme de pommiers en Fleurs où se glissaient les rayons de la lune, elle eût vu la ligne blanche et brillante de la rivière s'élançant dans une écluse à quelque distance. Cependant la fraîcheur croissante de l'atmosphère et une douce odeur de menthe lui révélèrent le rivage de l'Indre. Elle jugea qu'elle s'était écartée considérablement de son chemin; mais elle se décida à descendre le cours de l'eau, espérant trouver bientôt un moulin ou une chaumière où elle pût demander des renseignements. En effet, elle s'arrêta devant une vieille grange isolée et sans lumière, que les aboiements d'un chien enfermé dans le clos lui firent supposer habitée. Elle appela en vain, personne ne bougea. Elle fit approcher son cheval de la porte et frappa avec le pommeau d'acier de sa cravache. Un bêlement plaintif lui répondit: c'était une bergerie. Et dans ce pays-là, comme il n'y a ni loups ni voleurs, il n'y a point non plus de bergers. Valentine continua son chemin.

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Valentine Première partie VII

Valentine

Valentine Première partie VII



Valentine Un roman de George Sand


Bénédict se jette à bas de son cheval.

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Valentine Première partie VIII

Valentine

Valentine Première partie VIII



Valentine Un roman de George Sand


Valentine s'élança hors de la chambre. L'arrivée de M. de Lansac était pour elle un incident agréable; elle voulait lui faire prendre part à son Bonheur; mais, à son grand déplaisir, Bénédict lui apprit qu'il l'avait dérouté en lui répondant qu'il n'avait pas entendu parler de mademoiselle de Raimbault depuis la fête. Bénédict s'excusa en disant qu'il ne savait pas quelles étaient les dispositions de M. de Lansac à l'égard de Louise. Mais au fond du cœur il avait éprouvé je ne sais quelle joie maligne à envoyer ce pauvre fiancé courir les champs au milieu de la nuit, tandis que lui, Bénédict, tenait la fiancée sous sa garde.

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Valentine Première partie IX

Valentine

Valentine Première partie IX



Valentine Un roman de George Sand

—Madame m'avait ordonné hier de m'informer de la personne...

—Il suffit. Ne la nommez jamais devant moi. L'avez-vous fait ?

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Valentine Deuxième partie X

Valentine

Valentine Deuxième partie X



Valentine Un roman de George Sand



En voyant paraître ce jeune Homme dont elle se savait complice et qu'elle allait encourager, sous les yeux de sa grand'Mère, à lui remettre un secret message, Valentine eut un remords. Elle sentit qu'elle rougissait, et le pourpre de ses joues alla se refléter sur celles de Bénédict.

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Valentine Deuxième partie XI

Valentine

Valentine Deuxième partie XI



Valentine Un roman de George Sand



Elle ne put ouvrir la lettre de Louise que le soir. C'était une longue paraphrase du peu de mots qu'elles avaient pu échanger à leur gré dans l'entrevue de la ferme. Cette lettre toute palpitante de joie et d'espoir était l'expression d'une véritable amitié de Femme romanesque, expansive, sœur de l'Amour, amitié pleine d'adorables puérilités et de platoniques ardeurs.

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Valentine Deuxième partie XII

Valentine

Valentine Deuxième partie XII



Valentine Un roman de George Sand



À quelques jours de là, madame de Raimbault fut engagée par le préfet à une brillante réunion qui se préparait au chef-lieu du département. C'était à l'occasion du passage de madame la duchesse de Berry qui s'en allait ou qui revenait d'un de ses joyeux voyages; Femme étourdie et gracieuse, qui avait réussi à se faire Aimer malgré l'inclémence des temps, et qui longtemps se fit pardonner ses prodigalités par un sourire.

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Valentine Deuxième partie XIII

Valentine

Valentine Deuxième partie XIII



Valentine Un roman de George Sand



Elle avait trouvé moyen, la veille, de faire avertir Louise de sa visite; aussi toute la ferme était en joie et en ordre pour la recevoir. Athénaïs avait mis des Fleurs nouvelles dans des vases de verre bleu. Bénédict avait taillé les arbres du jardin, ratissé les allées, réparé les bancs. Madame Lhéry avait confectionné elle-même la plus belle galette qui se fût vue de mémoire de ménagère. M. Lhéry avait fait sa barbe et tiré le meilleur de son vin. Ce furent des cris de joie et de surprise quand Valentine entra toute seule et sans bruit dans la salle. Elle embrassa comme une folle la Mère Lhéry, qui lui faisait de grandes révérences; elle serra la main de Bénédict avec vivacité; elle folâtra comme un enfant avec Athénaïs; elle se pendit au cou de sa sœur. Jamais Valentine ne s'était sentie si heureuse; loin des regards de sa mère, loin de la roideur glaciale qui pesait sur tous ses pas, il lui semblait respirer un air plus libre, et, pour la première fois depuis qu'elle était née, vivre de toute sa vie. Valentine était une bonne et douce nature; le ciel s'était trompé en envoyant cette âme simple et sans ambition habiter les palais et respirer l'atmosphère des cours. Nulle n'était moins faite pour La vie d'apparat, pour les triomphes de la vanité. Ses plaisirs étaient, au contraire, tout modestes, tout intérieurs; et plus on lui faisait un crime de s'y livrer, plus elle aspirait à cette simple existence qui lui semblait être la terre promise. Si elle désirait se marier, c'était afin d'avoir un ménage, des enfants, une vie retirée. Son cœur avait besoin d'affections immédiates, peu nombreuses, peu variées. À nulle Femme la vertu ne semblait devoir être plus facile.

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Valentine Deuxième partie XIV

Valentine

Valentine Deuxième partie XIV



Valentine Un roman de George Sand


Bénédict regardait d'abord l'image de Valentine avec calme; peu à peu une sensation pénible, plus prompte et plus vive que celle qu'elle éprouvait elle-même, le força de changer de place et d'essayer de s'en distraire. Il reprit ses filets et les jeta de nouveau, mais il ne put rien prendre; il était distrait. Ses yeux ne pouvaient pas se détacher de ceux de Valentine; soit qu'il se penchât sur l'escarpement de la rivière, soit qu'il se hasardât sur les pierres tremblantes ou sur les grès polis et glissants, il surprenait toujours le regard de Valentine qui l'épiait, qui le couvait pour ainsi dire avec sollicitude. Valentine ne savait pas dissimuler, elle ne croyait pas en cette circonstance avoir le moindre motif pour le faire; Bénédict palpitait fortement sous ce regard si naïf et si affectueux. Il était fier pour la première fois de sa force et de son courage. Il traversa une écluse que le courant franchissait avec furie, en trois sauts il fut à l'autre bord. Il se retourna; Valentine était pâle: Bénédict se gonfla d'orgueil.

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Valentine Deuxième partie XV

Valentine

Valentine Deuxième partie XV



Valentine Un roman de George Sand

Personne ne dormit à la ferme dans la nuit qui suivit cette journée. Athénaïs se trouva mal en rentrant; sa Mère en conçut une vive inquiétude, et ne consentit à se coucher que pressée par les instances de Louise. Celle-ci s'engagea à passer la nuit dans la chambre de sa jeune compagne, et Bénédict se retira dans la sienne, où partagé entre la joie et le remords, il ne put goûter un instant de repos.

Après la fatigue d'une attaque de nerfs, Athénaïs s'endormit profondément; mais bientôt les chagrins qui l'avaient torturée durant le jour se présentèrent dans les images de son sommeil, et elle se mit à pleurer amèrement. Louise, qui s'était assoupie sur une chaise, s'éveilla en sursaut en l'entendant sangloter; et se penchant vers elle, lui demanda avec affection la cause de ses larmes. N'en obtenant pas de réponse, elle s'aperçut qu'elle dormait et se hâta de l'arracher à cet état pénible. Louise était la plus compatissante personne du monde; elle avait tant souffert pour son compte, qu'elle sympathisait avec toutes les peines d'autrui. Elle mit en œuvre tout ce qu'elle possédait de douceur et de bonté pour consoler la jeune fille; mais celle-ci se jetant à son cou:

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Valentine Deuxième partie XVI

Valentine

Valentine Deuxième partie XVI



Valentine Un roman de George Sand



Louise était assez embarrassée pour aborder une question si délicate, lorsque Bénédict, prenant le premier la parole, lui dit d'un ton ferme:

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Valentine Deuxième partie XVII

Valentine

Valentine Deuxième partie XVII



Valentine Un roman de George Sand

Mais à peine Bénédict fut-il seul que, n'éprouvant plus l'effet de l'attendrissement, il s'étonna d'en avoir ressenti un si vif, et ne s'expliqua cette émotion qu'en l'attribuant à un sentiment d'Amour-propre flatté. En effet, Bénédict, ce garçon laid à faire peur, comme disait La Marquise de Raimbault, ce jeune Homme enthousiaste pour les autres et sceptique envers lui-même, se trouvait dans une étrange position. Aimé à la fois de trois Femmes dont la moins belle eût rempli d'orgueil le cœur de tout autre, il avait bien de la peine à lutter contre les bouffées de vanité qui s'élevaient en lui. C'était une rude épreuve pour sa raison, il le sentait bien. Pour y résister il se mit à penser à Valentine, à celle des trois qui lui inspirait le moins de certitude, et qui devait nécessairement le désabuser la première. Il ne connaissait l'amour de celle-là que par ces révélations sympathiques qui trompent rarement les amants. Mais quand cet amour serait éclos réellement dans le sein de la jeune comtesse, il devait y être étouffé en naissant, dès qu'il se trahirait à elle-même. Bénédict se dit tout cela pour triompher du démon de l'orgueil, et, ce qui peut-être ne fut pas sans mérite à son âge, il en triompha.

Alors, jetant sur sa situation un regard aussi lucide que possible à un homme fortement épris, il se dit qu'il fallait arrêter son choix sur l'une d'elles, et couper court sur-le-champ aux angoisses des deux autres. Athénaïs fut la première Fleur qu'il retrancha de cette belle couronne; il jugea qu'elle serait bientôt consolée. Les naïves menaces de vengeance dont il avait été le confident involontaire pendant la nuit précédente lui firent espérer que Georges Simonneau, Pierre Blutty ou Blaise Moret se chargerait de dégager sa conscience de tout remords envers elle.

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Valentine Deuxième partie XVIII

Valentine

Valentine Deuxième partie XVIII



Valentine Un roman de George Sand


Valentine, en rentrant au château, avait trouvé sur sa cheminée une lettre de M. de Lansac. Selon l'usage du grand monde, elle était en correspondance avec lui depuis l'époque de ses fiançailles. Cette correspondance, qui semble devoir être une occasion de se connaître et de se lier plus intimement, est presque toujours froide et maniérée. On y parle d'Amour dans le langage des salons; on y montre son esprit, son style et son écriture, rien de plus.

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Valentine Deuxième partie XIX

Valentine

Valentine Deuxième partie XIX



Valentine Un roman de George Sand

Louise, en apprenant l'arrivée de M. de Lansac, écrivit une lettre d'adieu à sa sœur, lui exprima dans les termes les plus vifs sa reconnaissance pour l'amitié qu'elle lui avait témoignée, et lui dit qu'elle allait attendre à Paris l'effet des bonnes intentions de M. de Lansac pour leur rapprochement. Elle la suppliait de ne point brusquer cette demande, et d'attendre que l'Amour de son mari eût consolidé le succès qu'elle devait en attendre.

Après avoir fait passer cette lettre à Valentine par l'intermédiaire d'Athénaïs, qui alla en même temps faire part à la jeune comtesse de son prochain mariage avec Pierre Blutty, Louise fit les apprêts de son voyage. Effrayée de l'air sombre et de la taciturnité presque brutale de Bénédict, elle n'osa chercher un dernier entretien avec lui. Mais le matin même de son départ, il vint la trouver dans sa chambre, et, sans avoir la force de lui dire une parole, il la pressa contre son cœur en fondant en larmes. Elle ne chercha point à le consoler, et, comme ils ne pouvaient rien se dire qui adoucît leur peine mutuelle, ils se contentèrent de pleurer ensemble en se jurant une éternelle amitié. Ces adieux soulagèrent un peu le cœur de Louise; mais, en la voyant partir, Bénédict sentit s'évanouir la dernière espérance qui lui restât d'approcher de Valentine.

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Valentine Deuxième partie XX

Valentine

Valentine Deuxième partie XX



Valentine Un roman de George Sand


Valentine aimait Bénédict, elle ne pouvait pas résister à sa demande. Il y a tant d'innocence et de pureté dans le premier Amour de la vie, qu'il se méfie peu des dangers qui sont en lui. Valentine se refusait à pressentir la cause des chagrins de Bénédict; elle le voyait malheureux, et elle eût admis les plus invraisemblables infortunes plutôt que de s'avouer celle qui l'accablait. Il y a des routes si trompeuses et des replis si multipliés dans la plus pure conscience ! Comment la Femme jetée, avec une âme impressionnable, dans la carrière ardue et rigide des devoirs impossibles, pourrait-elle résister à la nécessité de transiger à chaque instant avec eux ? Valentine trouva aisément des motifs pour croire Bénédict atteint d'un malheur étranger à elle. Souvent Louise lui avait dit, dans les derniers temps, que ce jeune Homme l'affligeait par sa tristesse et par son incurie de l'avenir; elle avait aussi parlé de la nécessité où il serait bientôt de quitter la famille Lhéry, et Valentine se persuadait que, jeté sans fortune et sans appui dans le monde, il pouvait avoir besoin de sa protection et de ses conseils.

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Valentine Troisième partie XXI

Valentine

Valentine Troisième partie XXI



Valentine Un roman de George Sand


La danse était fort animée au parc de Raimbault. Les paysans, pour lesquels on avait dressé des ramées, chantaient, buvaient, et proclamaient le nouveau couple le plus beau, le plus heureux et le plus honorable de la contrée. La comtesse, qui n'était rien moins que populaire, avait ordonné cette fête avec beaucoup de prodigalité, afin de se débarrasser en un jour de tous les trais d'amabilité qu'une autre eût faits dans le cours de sa vie. Elle avait un profond mépris pour la canaille, et prétendait que, pourvu qu'on la fît boire et manger, on pouvait ensuite lui marcher sur le ventre sans qu'elle se révoltât. Et ce qu'il y a de plus triste en ceci, c'est que madame de Raimbault n'avait pas tout à fait tort.

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Valentine Troisième partie XXII

Valentine

Valentine Troisième partie XXII



Valentine Un roman de George Sand


Bénédict s'enfonça dans le parc de Raimbault, et se jetant sur la mousse, dans un endroit sombre, il s'abandonna aux plus tristes réflexions. Il venait de rompre le dernier lien qui l'attachait à la vie; car il sentait bien qu'après de telles relations avec Pierre Blutty, il ne pouvait plus en conserver de directes avec ses parents de la ferme. Ces lieux, où il avait passé de si heureux instants, et qui étaient pour lui tout remplis des traces de Valentine, il ne les verrait plus; ou s'il y retournait quelquefois, ce serait en étranger et sans avoir la liberté d'y chercher ses souvenirs, naguère si doux, aujourd'hui si amers. Il lui semblait que de longues années de malheur le séparaient déjà de ces jours récemment écoulés, et il se reprochait de n'en avoir point assez joui; il se repentait des instants d'humeur qu'il n'avait pas réprimés; il déplorait la triste nature de l'Homme, qui ne sait jamais la valeur de ses joies qu'après les avoir perdues.

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Valentine Troisième partie XXIII

Valentine

Valentine Troisième partie XXIII



Valentine Un roman de George Sand

Bénédict entendit successivement fermer toutes les portes de la maison. Peu à peu les pas des domestiques s'éloignèrent du rez-de-chaussée, les reflets que quelques lumières errantes faisaient courir sur le feuillage s'éteignirent; les sons lointains des instruments et quelques coups de pistolet qu'il est d'usage en Berry de tirer aux noces et aux baptêmes en signe de réjouissance, venaient seuls par intervalles rompre le silence. Bénédict se trouvait dans une situation inouïe, et qu'il n'eût jamais osé rêver. Cette nuit, cette horrible nuit qu'il devait passer dans les angoisses de la rage le réunissait à Valentine ! M. de Lansac retournait seul à son gîte, et Bénédict, le désolé Bénédict, qui devait se brûler la cervelle dans un fossé, était là enfermé seul avec Valentine ! Il eut des remords d'avoir renié son Dieu, d'avoir maudit le jour de sa Naissance. Cette joie imprévue, qui succédait à la pensée de l'assassinat et à celle du suicide, le saisit si impétueusement qu'il ne songea pas à en calculer les suites terribles. Il ne s'avoua pas que, s'il était découvert en ce lieu, Valentine était perdue; il ne se demanda pas si cette conquête inespérée d'un instant de joie ne rendrait pas plus odieuse ensuite la nécessité de mourir. Il s'abandonna au délire qu'un tel triomphe sur sa destinée lui causait. Il mit ses deux mains sur sa poitrine pour en maîtriser les ardentes palpitations. Mais au moment de se trahir par ses transports, il s'arrêta, dominé par la crainte d'offenser Valentine, par cette timidité respectueuse et chaste qui est le principal caractère du véritable Amour.

Irrésolu, le cœur plein d'angoisses et d'impatiences, il allait se déterminer, lorsqu'elle sonna, et au bout d'un instant Catherine reparut.

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Valentine Troisième partie XXIV

Valentine

Valentine Troisième partie XXIV



Valentine Un roman de George Sand

Valentine, plus fatiguée d'un semblable sommeil qu'elle ne l'eût été d'une insomnie, s'éveilla fort tard. Le soleil était haut et chaud dans le ciel, des myriades d'insectes bourdonnaient dans ses rayons. Longtemps plongée dans ce mol engourdissement qui suit le réveil, Valentine ne cherchait point encore à recueillir ses idées; elle écoutait vaguement les mille bruits de l'air et des champs. Elle ne souffrait point parce qu'elle avait oublié bien des choses et qu'elle en ignorait plus encore.

Elle se souleva pour prendre un verre d'eau sur le guéridon, et trouva la lettre de Bénédict; elle la retourna dans ses doigts lentement et sans avoir la conscience de ce qu'elle faisait. Enfin elle y jeta les yeux, et, en reconnaissant l'écriture, elle tressaillit et l'ouvrit d'une main convulsive. Le rideau venait de tomber: elle voyait à nu toute sa vie.

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Valentine Troisième partie XXV

Valentine

Valentine Troisième partie XXV



Valentine Un roman de George Sand


Une nuit, Bénédict, accablé jusque-là par des souffrances atroces, qui ne lui avaient pas laissé retrouver une pensée, s'éveilla plus calme, et fit un effort pour se rappeler sa situation. Sa tête était empaquetée au point qu'une partie de son visage était privée d'air. Il fit un mouvement pour soulever ces obstacles et retrouver la première faculté qui s'éveille en nous, le besoin de voir, avant celui même de penser. Aussitôt une main légère détacha les épingles, dénoua un bandeau, et l'aida à se satisfaire. Il regardait cette Femme pâle qui se penchait sur lui, et, à la lueur vacillante d'une veilleuse, il distingua un profil noble et pur, qui avait de la ressemblance avec celui de Valentine. Il crut avoir une vision, et sa main chercha celle du fantôme. Le fantôme saisit la sienne et y colla ses lèvres.

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Valentine Troisième partie XXVI

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Valentine Troisième partie XXVI



Valentine Un roman de George Sand

Au léger bruit que firent les anneaux du rideau en glissant sur la tringle rouillée, Bénédict se souleva à demi éveillé et murmura le nom de Valentine. Il venait de la voir dans ses rêves; mais quand il la vit réellement devant lui, il fit un cri de joie que Louise entendit du fond du jardin, et qui la pénétra de douleur.

—Valentine, dit-il, est-ce votre ombre qui vient m'appeler ? Je suis prêt à vous suivre.

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Valentine Troisième partie XXVII

Valentine

Valentine Troisième partie XXVII



Valentine Un roman de George Sand

Valentine avait fait plus d'une visite à la maisonnette du ravin: d'abord sa présence avait calmé l'irritation de Bénédict; mais dès qu'il eut repris ses forces, comme elle cessa de le voir, son Amour, à lui, redevint âpre et cuisant; sa situation lui sembla insupportable; il fallut que Louise consentît à le mener quelquefois le soir avec elle au pavillon du parc. Dominée entièrement par lui, la faible Louise éprouvait de profonds remords, et ne savait comment excuser son imprudence aux yeux de Valentine. De son côté, celle-ci s'abandonnait à des dangers dont elle n'était pas trop fâchée de voir sa sœur complice. Elle se laissait emporter par sa destinée, sans vouloir regarder en avant, et puisait dans l'imprévoyance de Louise des excuses pour sa propre faiblesse.

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Valentine Troisième partie XXVIII

Valentine

Valentine Troisième partie XXVIII



Valentine Un roman de George Sand


Dès ce moment, le péril devint imminent. Bénédict se sentit si heureux qu'il en devint fier, et se mit à mépriser le danger. Il prit sa destinée en dérision, et se dit qu'avec l'Amour de Valentine il devait vaincre tous les obstacles. L'orgueil du triomphe le rendit audacieux; il imposa silence à tous les scrupules de Louise. D'ailleurs il était affranchi de l'espèce de dépendance à laquelle les soins et le dévouement de celle-ci l'avaient soumis. Depuis qu'il était guéri complètement, Louise habitait la ferme, et le soir ils se rendaient auprès de Valentine, chacun de son côté. Il arriva plusieurs fois que Louise y vint bien après lui; il arriva même que Louise ne put pas y venir, et que Bénédict passa de longues soirées seul avec Valentine. Le lendemain, lorsque Louise interrogeait sa sœur, il lui était facile de comprendre, à son trouble, la nature de l'entretien qu'elle avait eu avec son amant, car le secret de Valentine ne pouvait plus en être un pour Louise; elle était trop intéressée à le pénétrer pour n'y avoir pas réussi depuis longtemps. Rien ne manquait plus à son malheur, et ce qui le complétait, c'est qu'elle se sentait incapable d'y apporter un prompt remède. Louise sentait que sa faiblesse perdait Valentine. N'eût-elle eu d'autre motif que son intérêt pour elle, elle n'eût pas hésité à l'éclairer sur les dangers de sa situation; mais rongée de jalousie comme elle l'était, et conservant toute sa fierté d'âme, elle aimait mieux exposer Le bonheur de Valentine que de s'abandonner à un sentiment dont elle rougissait. Il y avait de l'égoïsme dans ce désintéressement-là.

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Valentine Troisième partie XXVIX

Valentine

Valentine Troisième partie XXVIX



Valentine Un roman de George Sand



Voici quel fut le résultat de leurs conventions.

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Valentine quatrième partie XXX

Valentine

Valentine quatrième partie XXX



Valentine Un roman de George Sand


Quinze mois s'écoulèrent ainsi: quinze mois de calme et de Bonheur dans la vie de cinq individus, c'est presque fabuleux. Il en fut ainsi pourtant. Le seul chagrin qu'éprouva Bénédict, ce fut de voir quelquefois Valentine pâle et rêveuse. Alors il se hâtait d'en chercher la cause, et il découvrait toujours qu'elle avait rapport à quelque alarme de son âme pieuse et timorée. Il parvenait à chasser ces légers nuages, car Valentine n'avait plus le droit de douter de sa force et de sa soumission. Les lettres de M. de Lansac achevaient de la rassurer, elle avait pris le parti de lui écrire que Louise était installée à la ferme avec son fils, et que M. Lhéry (Bénédict) s'occupait de l'éducation de ce jeune Homme, sans dire dans quelle intimité elle vivait avec ces trois personnes. Elle avait ainsi expliqué leurs relations, en affectant de regarder M. de Lansac comme lié envers elle par la promesse de lui laisser voir sa sœur. Toute cette histoire avait paru bizarre et ridicule à M. de Lansac. S'il n'avait pas tout à fait deviné la vérité, du moins était-il sur la voie. Il avait haussé les épaules en songeant au mauvais goût et au mauvais ton d'une intrigue de sa Femme avec un cuistre de province.

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Valentine quatrième partie XXXI

Valentine

Valentine quatrième partie XXXI



Valentine Un roman de George Sand



M. de Lansac en costume de voyage et affectant une grande fatigue, s'était drapé nonchalamment sur le canapé du grand salon. Il vint au-devant de Valentine d'un air galant et empressé dès qu'il l'aperçut. Valentine tremblait et se sentait près de s'évanouir. Sa pâleur, sa consternation, n'échappèrent point au comte; il feignit de ne pas s'en apercevoir, et lui fit compliment au contraire sur l'éclat de ses yeux et la fraîcheur de son teint. Puis il se mit aussitôt à causer avec cette aisance que donne l'habitude de la dissimulation; et le ton dont il parla de son voyage, la joie qu'il exprima de se retrouver auprès de sa Femme, les questions bienveillantes qu'il lui adressa sur sa santé, sur les plaisirs de sa retraite, l'aidèrent à se remettre de son émotion et à paraître, comme lui, calme, gracieuse et polie.

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Valentine quatrième partie XXXII

Valentine

Valentine quatrième partie XXXII



Valentine Un roman de George Sand



M. de Lansac se trouvait dans une des plus diplomatiques situations qui puissent se présenter dans la vie d'un Homme du monde. Il y a plusieurs sortes d'honneur en France: l'honneur d'un paysan n'est pas l'honneur d'un gentilhomme, celui d'un gentilhomme n'est pas celui d'un bourgeois. Il y en a pour tous les rangs et peut-être aussi pour tous les individus. Ce qu'il y a de certain, c'est que M. de Lansac en avait à sa manière. Philosophe sous certains rapports, il avait encore des préjugés sous bien d'autres. Dans ces temps de lumières, de perceptions hardies et de rénovation générale, les vieilles notions du bien et du mal doivent nécessairement s'altérer un peu, et l'opinion flotter incertaine sur d'innombrables contestations de limites.

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Valentine quatrième partie XXXIII

Valentine

Valentine quatrième partie XXXIII



Valentine Un roman de George Sand



—Je présume, ma chère amie, que vous désirez savoir quelque chose de mes projets, afin d'y conformer les vôtres, dit-il en attachant sur elle des yeux fixes et perçants qui la tinrent comme fascinée à sa place. Sachez donc que je ne puis quitter mon poste, ainsi que je l'espérais, avant un certain nombre d'années. Ma fortune a reçu un échec considérable qu'il m'importe de réparer par mes travaux. Vous emmènerai-je ou ne vous emmènerai-je pas ? That is the question, comme dit Hamlet. Désirez-vous me suivre, désirez-vous rester ? Autant qu'il dépendra de moi, je me conformerai à vos intentions; mais prononcez-vous, car sur ce point toutes vos lettres ont été d'une retenue par trop chaste. Je suis votre mari enfin, j'ai quelque droit à votre confiance.

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Valentine quatrième partie XXXIV

Valentine

Valentine quatrième partie XXXIV



Valentine Un roman de George Sand

Le lendemain, à peine était-elle levée que le comte et M. Grapp demandèrent à être admis dans son appartement. Ils apportaient différents papiers.

—Lisez-les, Madame, dit M. de Lansac en voyant qu'elle prenait machinalement la plume pour les signer.

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Valentine quatrième partie XXXV

Valentine

Valentine quatrième partie XXXV



Valentine Un roman de George Sand

Valentine, épouvantée en même temps qu'offensée mortellement des injurieuses prédictions de son mari, alla dans sa chambre dévorer ses larmes et sa honte. Plus que jamais effrayée des conséquences d'un égarement que le monde punissait d'un tel mépris, Valentine, accoutumée à respecter religieusement l'opinion, prit horreur de ses fautes et de ses imprudences. Elle roula mille fois dans son esprit le projet de se soustraire aux dangers de sa situation; elle chercha au dehors tous ses moyens de résistance, car elle n'en trouvait plus en elle-même, et la peur de succomber achevait d'énerver ses forces; elle reprochait amèrement à sa destinée de lui avoir ôté tout secours, toute protection.

—Hélas ! disait-elle, mon mari me repousse, ma Mère ne saurait me comprendre, ma sœur n'ose rien; qui m'arrêtera sur ce versant dont la rapidité m'emporte ?

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