Poil de Carotte - Poil de carotte le roman de Jules Renard
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Poil de Carotte
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Les Poules — Je parie, dit madame Lepic, qu’Honorine a encore oublié de fermer les poules.
C’est vrai. On peut s’en assurer par la fenêtre. Là-bas, tout au fond de la grande cour, le petit toit aux poules découpe, dans la nuit, le carré noir de sa porte ouverte.
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Les Poules
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Poil de Carotte
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Les Perdrix
Comme à l’ordinaire, M. Lepic vide sur la table sa carnassière. Elle contient deux perdrix. Grand frère Félix les inscrit sur une ardoise pendue au mur. C’est sa fonction. Chacun des enfants a la sienne. Sœur Ernestine dépouille et plume le gibier. Quant à poil de carotte, il est spécialement chargé d’achever les pièces blessées. Il doit ce privilège à la dureté bien connue de son cœur sec.
Les deux perdrix s’agitent, remuent le col.
madame Lepic: Qu’est-ce que tu attends pour les tuer ? Commenter |
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Les Perdrix
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Poil de Carotte
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C’est le chien
M. Lepic et sœur Ernestine, accoudés sous la lampe, lisent, l’un le journal, l’autre son livre de prix; madame Lepic tricote, grand frère Félix grille ses jambes au feu et poil de carotte par terre se rappelle des choses.
Tout à coup Pyrame, qui dort sous le paillasson, pousse un grognement sourd.
— Chtt ! fait M. Lepic. Commenter |
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C’est le chien
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Poil de Carotte
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Le Cauchemar
poil de carotte n’Aime pas les amis de la maison. Ils le dérangent, lui prennent son lit et l’obligent à coucher avec sa Mère. Or, si le jour il possède tous les défauts, la nuit il a principalement celui de ronfler. Il ronfle exprès, sans aucun doute.
La grande chambre, glaciale même en août, contient deux lits. L’un est celui de M. Lepic, et dans l’autre Poil de Carotte va reposer, à côté de sa mère, au fond.
Avant de s’endormir, il toussote sous le drap, pour déblayer sa gorge. Mais peut-être ronfle-t-il du nez ? Il fait souffler en douceur ses narines afin de s’assurer qu’elles ne sont pas bouchées. Il s’exerce à ne point respirer trop fort. Commenter |
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Le Cauchemar
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Poil de Carotte
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Sauf votre respect
Peut-on, doit-on le dire ? poil de carotte, à l’âge où les autres communient, blancs de cœur et de corps, est resté malpropre. Une nuit, il a trop attendu, n’osant demander.
Il espérait, au moyen de tortillements gradués, calmer le malaise.
Quelle prétention ! Commenter |
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Sauf votre respect
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Poil de Carotte
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Le Pot
I
Comme il lui est arrivé déjà plus d’un malheur au lit, poil de carotte a bien soin de prendre ses précautions chaque soir. En été, c’est facile. À neuf heures, quand madame Lepic l’envoie se coucher, Poil de Carotte fait volontiers un tour dehors et il passe une nuit tranquille.
L’hiver, la promenade devient une corvée. Il a beau prendre, dès que la nuit tombe et qu’il ferme les poules, une première précaution, il ne peut espérer qu’elle suffira jusqu’au lendemain matin. On dîne, on veille, neuf heures sonnent, il y a longtemps que c’est la nuit, et la nuit va durer encore une éternité. Il faut que Poil de Carotte prenne une deuxième précaution. Commenter |
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Le Pot
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Poil de Carotte
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Les Lapins
— Il ne reste plus de melon pour toi, dit madame Lepic; d’ailleurs, tu es comme moi, tu ne l’aimes pas.
— Ça se trouve bien, se dit poil de carotte.
On lui impose ainsi des goûts et des dégoûts. En principe, il doit Aimer seulement ce qu’Aime sa Mère. Quand arrive le fromage: Commenter |
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Les Lapins
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Poil de Carotte
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La Pioche
Grand frère Félix et poil de carotte travaillent côte à côte. Chacun a sa pioche. Celle du grand frère Félix a été faite sur mesure, chez le maréchal-ferrant, avec du fer. Poil de Carotte a fait la sienne tout seul, avec du bois. Ils jardinent, abattent de la besogne et rivalisent d’ardeur. Soudain, au moment où il s’y attend le moins (c’est toujours à ce moment précis que les malheurs arrivent), Poil de Carotte reçoit un coup de pioche en plein front.
Quelques instants après, il faut transporter, coucher avec précaution, sur le lit, grand frère Félix qui vient de se trouver mal à la vue du sang de son petit frère. Toute la famille est là, debout, sur la pointe du pied, et soupire appréhensive:
— Où sont les sels ? Commenter |
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La Pioche
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Poil de Carotte
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La Carabine
M. Lepic dit à ses fils:
— Vous avez assez d’une carabine pour deux. Des frères qui s’aiment mettent tout en commun.
— Oui, papa, répond grand frère Félix, nous nous partagerons la carabine. Et même il suffira que poil de carotte me la prête de temps en temps. Commenter |
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La Carabine
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Poil de Carotte
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La Taupe
poil de carotte trouve dans son chemin une taupe, noire comme un ramonat (raifort). Quand il a bien joué avec, il se décide à la tuer. Il la lance en l’air plusieurs fois, adroitement, afin qu’elle puisse retomber sur une pierre.
D’abord, tout va bien et rondement.
Déjà la taupe s’est brisé les pattes, fendu la tête, cassé le dos, et elle semble n’avoir pas la vie dure. Commenter |
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La Taupe
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Poil de Carotte
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La Luzerne
poil de carotte et grand frère Félix reviennent de vêpres et se hâtent d’arriver à la maison, car c’est l’heure du goûter de quatre heures.
Grand frère Félix aura une tartine de beurre ou de confitures, et Poil de Carotte une tartine de rien parce que il a voulu faire l’Homme trop tôt, et déclaré, devant témoins, qu’il n’est pas gourmand. Il Aime les choses nature, mange d’ordinaire son pain avec affection et, ce soir encore, marche plus vite que grand frère Félix, afin d’être servi le premier. Parfois le pain sec semble dur. Alors Poil de Carotte se jette dessus, comme on attaque un ennemi, l’empoigne, lui donne des coups de dents, des coups de tête, le morcelle, et fait voler des éclats. Rangés autour de lui, ses parents le regardent avec curiosité.
Son estomac d’autruche digérait des pierres, un vieux sou taché de vert-de-gris. En résumé, il ne se montre point difficile à nourrir. Il pèse sur le loquet de la porte. Elle est fermée. Commenter |
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La Luzerne
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Poil de Carotte
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La Timbale
poil de carotte ne boira plus à table. Il perd l’habitude de boire, en quelques jours, avec une facilité qui surprend sa famille et ses amis. D’abord, il dit un matin à madame Lepic qui lui verse du vin comme d’ordinaire:
— Merci, maman, je n’ai pas soif.
Au repas du soir, il dit encore: Commenter |
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La Timbale
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Poil de Carotte
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La Mie de pain
M. Lepic, s’il est d’humeur gaie, ne dédaigne pas d’amuser lui-même ses enfants. Il leur raconte des histoires dans les allées du jardin, et il arrive que grand frère Félix et poil de carotte se roulent par terre, tant ils rient. Ce matin, ils n’en peuvent plus. Mais sœur Ernestine vient leur dire que le déjeuner est servi, et les voilà calmés. À chaque réunion de famille, les visages se renfrognent.
On déjeune comme d’habitude, vite et sans souffler, et déjà rien n’empêcherait de passer la table à d’autres, si elle était louée, quand madame Lepic dit:
— Veux-tu me donner une mie de pain, s’il te plaît, pour finir ma compote ? Commenter |
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La Mie de pain
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Poil de Carotte
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La Trompette
M. Lepic arrive de Paris ce matin même. Il ouvre sa malle. Des cadeaux en sortent pour grand frères Félix et sœur Ernestine, de beaux cadeaux, dont précisément (comme c’est drôle !) ils ont rêvé toute la nuit. Ensuite M. Lepic, les mains derrière son dos, regarde malignement poil de carotte et lui dit:
— Et toi, qu’est-ce que tu aimes le mieux: une trompette ou un pistolet ?
En vérité, Poil de Carotte est plutôt prudent que téméraire. Il préférerait une trompette, parce que ça ne part pas dans les mains; mais il a toujours entendu dire qu’un garçon de sa taille ne peut jouer sérieusement qu’avec des armes, des sabres, des engins de guerre. L’âge lui est venu de renifler de la poudre et d’exterminer des choses. Son père connaît les enfants: il a apporté ce qu’il faut. Commenter |
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La Trompette
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Poil de Carotte
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La Mèche
Le dimanche, madame Lepic exige que ses fils aillent à la messe. On les fait beaux et sœur Ernestine préside elle-même à leur toilette, au risque d’être en retard pour la sienne. Elle choisit les cravates, lime les ongles, distribue les paroissiens et donne le plus gros à poil de carotte. Mais surtout elle pommade ses frères.
C’est une rage qu’elle a. Si Poil de Carotte, comme un Jean Fillou, se laisse faire, grand frère Félix prévient sa sœur qu’il finira par se fâcher aussi elle triche:
— Cette fois, dit-elle, je me suis oubliée, je ne l’ai pas fait exprès, et je te jure qu’à partir de dimanche prochain, tu n’en auras plus. Commenter |
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La Mèche
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Poil de Carotte
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Le Bain
Comme quatre heures vont bientôt sonner, poil de carotte, fébrile, réveille M. Lepic et grand frère Félix qui dorment sous les noisetiers du jardin.
— Partons-nous ? dit-il.
Grand frère Félix: Allons-y, porte les caleçons ? Commenter |
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Le Bain
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Poil de Carotte
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Honorine
madame Lepic: Quel âge avez-vous donc, déjà, Honorine ?
Honorine: Soixante-sept ans depuis la Toussaint, madame Lepic.
Madame Lepic: Vous voilà vieille, ma pauvre vieille ! Commenter |
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Honorine
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Poil de Carotte
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La Marmite
Elles sont rares pour poil de carotte, les occasions de se rendre utile à sa famille. Tapi dans un coin, il les attend au passage. Il peut écouter, sans opinion préconçue, et, le moment venu, sortir de l’ombre, et, comme une personne réfléchie, qui seule garde toute sa tête au milieu de gens que les passions troublent, prendre en mains la direction des affaires.
Or il devine que madame Lepic a besoin d’un aide intelligent et sûr. Certes, elle ne l’avouera pas, trop fière. L’accord se fera tacitement, et Poil de Carotte devra agir sans être encouragé, sans espérer une récompense.
Il s’y décide. Commenter |
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La Marmite
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Poil de Carotte
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Réticence
— Maman ! Honorine !
…………………
Qu’est-ce qu’il veut encore, poil de carotte ? Il va tout gâter. Par Bonheur, sous le regard froid de madame Lepic, il s’arrête court. Commenter |
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Réticence
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Poil de Carotte
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Agathe
C’est Agathe, une petite fille d’Honorine, qui la remplace.
Curieusement, poil de carotte observe la nouvelle venue, qui, pendant quelques jours, détournera de lui sur elle, l’attention des Lepic.
— Agathe, dit madame Lepic, frappez avant d’entrer, ce qui ne signifie pas que vous deviez défoncer les portes à coups de poing de cheval. Commenter |
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Agathe
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Poil de Carotte
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Le Programme
— Ça vous la coupe, dit poil de carotte, dès qu’Agathe et lui se trouvent seuls dans la cuisine. Ne vous découragez pas, vous en verrez d’autres. Mais où allez-vous avec ces bouteilles ?
— À la cave, monsieur Poil de Carotte.
Poil de Carotte: Pardon, c’est moi qui vais à la cave. Du jour où j’ai pu descendre l’escalier si mauvais que les Femmes glissent et risquent de s’y casser le cou, je suis devenu l’Homme de confiance. Je distingue le cachet rouge du cachet bleu. Je vends les vieilles feuillettes pour mes petits bénéfices, de même que les peaux de lièvres, et je remets l’argent à maman. Entendons-nous, s’il vous plaît, afin que l’un ne gêne pas l’autre dans son service. Le matin j’ouvre au chien et je lui fais manger sa soupe. Le soir je lui siffle de venir se coucher. Quand il s’attarde par les rues, je l’attends. En outre, maman m’a promis que je fermerais toujours la porte des poules. J’arrache les herbes qu’il faut connaître, dont je secoue la terre sur mon pied pour reboucher leur trou, et que je distribue aux bêtes. Comme exercice, j’aide mon père à scier du bois. J’achève le gibier qu’il rapporte vivant et vous le plumez avec sœur Ernestine. Je fends le ventre des poissons, je les vide et fais péter leurs vessies sous mon talon. Par exemple c’est vous qui les écaillez et qui tirez les seaux du puis. J’aide à dévider les écheveaux de fil. Je mouds le café. Quand M. Lepic quitte ses souliers sales, c’est moi qui les porte dans le corridor, mais sœur Ernestine ne cède à personne le droit de rapporter les pantoufles qu’elle a brodées elle-même. Je me charge des commissions importantes, des longues trottes, d’aller chez le pharmacien ou le médecin. De votre côté, vous courez le village aux menues provisions. Mais vous devrez, deux ou trois heures par jour et par tous les temps, laver à la rivière. Ce sera le plus dur de votre travail, ma pauvre fille; je n’y peux rien. Cependant je tâcherai quelquefois, si je suis libre, de vous donner un coup de main, quand vous étendrez le linge sur la haie. J’y pense: un conseil. N’étendez jamais votre linge sur les arbres fruitiers. Monsieur Lepic, sans vous adresser d’observation, d’une chiquenaude le jetterait par terre, et madame Lepic, Commenter |
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Le Programme
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Poil de Carotte
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L’Aveugle
Du bout de son bâton, il frappe discrètement à la porte.
madame Lepic: Qu’est-ce qu’il veut encore celui-là ?
Monsieur Lepic: Tu ne le sais pas ? Il veut ses dix sous, c’est son jour. Laisse-le entrer. Commenter |
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L’Aveugle
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Poil de Carotte
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L’Aveugle
Le Jour de l’An
Il neige. Pour que le jour de l’an réussisse, il faut qu’il neige.
madame Lepic a prudemment laissé la porte de la cour verrouillée. Déjà des gamins secouent le loquet, cognent au bas, discrets d’abord, puis hostiles, à coups de sabots, et, las d’espérer, s’éloignent à reculons, les yeux encore vers la fenêtre d’où madame Lepic les épie. Le bruit de leurs pas s’étouffe dans la neige. Commenter |
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Poil de Carotte
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Aller et Retour
Messieurs Lepic et mademoiselle Lepic viennent en vacances. Au saut de la diligence, et du plus loin qu’il voit ses parents, poil de carotte se demande:
— Est-ce le moment de courir au-devant d’eux ?
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Poil de Carotte
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Le Porte-plume
L’institution Saint-Marc, ou M. Lepic a mis grand frère Félix et poil de carotte, suit les cours du lycée. Quatre fois par jour les élèves font la même promenade, très agréable dans la belle saison, et, quand il pleut, si courte que les jeunes gens se rafraîchissent plutôt qu’ils ne se mouillent, elle leur est hygiénique d’un bout à l’autre.
Comme ils reviennent du lycée ce matin, traînant les pieds et moutonniers, Poil de Carotte, qui marche la tête basse, entend dire:
— Poil de Carotte, regarde ton père là-bas ! Commenter |
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Le Porte-plume
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Poil de Carotte
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Les Joues rouges.
Son inspection habituelle terminée, M. le Directeur de l’Institution Saint-Marc quitte le dortoir. Chaque élève s’est glissé dans ses draps, comme dans un étui, en se faisant tout petit, afin de ne pas se déborder. Le maître d’étude, Violone, d’un tour de tête, s’assure que tout le monde est couché, et, se haussant sur la pointe du pied, doucement baisse le gaz. Aussitôt, entre voisins, le caquetage commence. De chevet en chevet, les chuchotements se croisent, et des lèvres en mouvement monte, par tout le dortoir, un bruissement confus, où, de temps en temps, se distingue le sifflement bref d’une consonne.
C’est sourd, continu, agaçant à la fin, et il semble vraiment que tous ces babils, invisibles et remuants comme des souris, s’occupent à grignoter du silence.
Violone met des savates, se promène quelque temps entre les lits, chatouillant çà le pied d’un élève, là tirant le pompon du bonnet d’un autre, et s’arrête près de Marseau, avec lequel il donne, tous le soirs, l’exemple des longues causeries prolongées bien avant dans la nuit. Le plus souvent, les élèves ont cessé leur conversation, par degrés étouffée, comme s’ils avaient peu à peu tiré leur drap sur leur bouche, et dorment, que le maître d’étude est encore penché sur le lit de Marseau, les coudes durement appuyés sur le fer, insensible à la paralysie de ses avant-bras et au remue-ménage des fourmis courant à Fleur de peau jusqu’au bout de ses doigts. Commenter |
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Les Joues rouges.
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Poil de Carotte
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Les Poux
Dès que grand Frère Félix et poil de carotte arrivent de l’institution Saint-Marc, madame Lepic leur fait prendre un bain de pieds. Ils en ont besoin depuis trois mois, car jamais on ne les lave à la pension. D’ailleurs, aucun article de prospectus ne prévoit le cas.
— Comme les tiens doivent être noirs, mon pauvre Poil de Carotte ! dit madame Lepic.
Elle devine juste. Ceux de Poil de Carotte sont toujours plus noirs que ceux de grand frère Félix ? Et pourquoi ? Tous deux vivent côte à côte, du même régime, dans le même air. Certes, au bout de trois mois, grand frère Félix ne peut montrer pied blanc, mais Poil de Carotte, de son propre aveu, ne reconnaît plus les siens. Commenter |
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Les Poux
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