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1918



Ton rire est comme un tourbillon de feuilles mortes Froissant l’air chaud, l’enveloppant, quand vient la pluie.

Amer, tu annules toute tragédie,

Et ton souci d’être un Homme, ton rire l’emporte.

Je voudrais t’enfermer avec ta vieille peine

Abandonnée, qui te tient si bien quitte,

Entre les murs nombreux, entre les ciels nombreux

De ma tristesse et de notre raison.

Là, tu retrouverais tant d’autres Hommes,

Tant d’autres vies et tant d’espoirs

Que tu serais forcé de voir

Et de te souvenir que tu as su mentir...

Ton rire est comme un tourbillon de feuilles mortes.



Le vent passe en les branches mortes

Comme ma pensée en les Livres,

Et je suis là, sans voix, sans rien,

Et ma chambre s’emplit de ma fenêtre ouverte.

En promenades, en repos, en regards

Pour de l’ombre ou de la lumière

Ma vie s’en va, avec celle des autres.

Le soir vient, sans voix, sans rien.

Je reste là, me cherchant un désir, un plaisir;

Et, vain, je n’ai qu’à m’étonner d’avoir eu à subir

Ma douleur, comme un peu de soleil dans l’eau froide.

Pour vivre ici extrait du recueil Premiers Poèmes

1918

Un poème de Paul Éluard


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