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Un seul être

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Un seul être


I
A fait fondre la neige pure,

A fait naître des Fleurs dans l’herbe

Et le soleil est délivré.

Ô fille des saisons variées,

Tes pieds m’attachent à la terre

Et je l’Aime toute l’année. Notre Amour rit de ce printemps

Comme de toute sa beauté,

Comme de toute sa bonté.

II

Flûte et violon,

Le rythme d’une chanson claire

Enlève nos deux cœurs pareils

Et les mouettes de la mer.

Oublie nos gestes séparés,

Le rire des sons s’éparpille,

Notre rêve est réalisé.

Nous possèderons l’horizon,

La bonne terre qui nous porte

Et l’espace frais et profond,

Flûte et violon.

III

Que te dire encore, amie ?

Le matin, dans le jardin,

Le rossignol avale la fraîcheur,

Le jour s’installe en nous

Et nous va jusqu’au cœur.

Le jour s’installe en nous.

Et tous les matins, cherchant le soleil

L’oiseau s’engourdit sur les branches fines.

Et fuyant le travail, nous allons au soleil

Avec des yeux contents et des membres légers.

Tu connais le retour, amie,

C’est entre nous que l’oiseau chante,

Le ciel s’orne de son vol,

Le ciel devenu sombre

Et la verdure sombre.

IV

La mer toute entière rayonne,

La mer tout entière abandonne

La terre et son obscur fardeau.

Rêve d’un monde disparu

Dont tu conserves la vertu

Ou rêve plutôt

Que tu m’as gardé sur les flots

Que la lumière… Et sous le soleil

Le vent qui s’en va de la terre immense.


Un seul être extrait du recueil Premiers Poèmes

1917

Un poème de Paul Éluard


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