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Splendeur

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Splendeur
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I
 
À présent que c’est fait, dans l’avilissement
Arrangeons-nous chacun notre compartiment ;
Marchons d’un air auguste et fier ; la honte est bue.
Que tout à composer cette cour contribue,
Tout, excepté l’honneur, tout, hormis les vertus.
Faites vivre, animez, envoyez vos fœtus
Et vos nains monstrueux, bocaux d’anatomie ;
Donne ton crocodile et donne ta momie,
Vieille Egypte ; donnez, tapis-francs, vos filous ;
Shakespeare, ton Falstaff ; noires forêts, vos loups ;
Donne, ô bon Rabelais, ton Grandgousier qui mange ;
Donne ton diable, Hoffmann ; Veuillot, donne ton ange ;
Scapin, apporte-nous Géronte dans ton sac ;
Beaumarchais, prête-nous Bridoison ; que Balzac
Donne Vautrin ; Dumas, la Carchonte ; Voltaire,
Son Fréron que l’argent fait parler et fait taire ;
Mabile, les beautés de son jardin d’hiver ;
Lesage, cède-nous Gil Blas ; que Gulliver
Donne tout Lilliput dont l’aigle est une mouche,
Et Scarron Bruscambille et Callot Scaramouche.
Il nous faut un dévot dans ce tripot païen ;
Molière, donne-nous Montalembert. C’est bien ;
L’ombre à l’horreur s’accouple et le mauvais au pire.
Tacite, nous avons de quoi faire l’empire ;
Juvénal, nous avons de quoi faire un sénat.
 
II
 
Ô Ducos le gascon, ô Rouher l’auvergnat,
Et vous, juifs, Fould-Shylock, Sibour-Iscariote,
Toi Parieu, toi Bertrand, horreur du patriote,
Bauchart, bourreau douceâtre et proscripteur plaintif,
Baroche, dont le nom n’est plus qu’un vomitif,
Ô valets solennels, ô majestueux fourbes,
Travaillant votre échine à produire des courbes,
Bas, hautains, ravissant les Daumiers enchantés
Par vos convexités et vos concavités,
Convenez avec moi, vous tous qu’ici je nomme,
Que Dieu dans sa sagesse a fait exprès cet Homme
Pour régner sur la France, ou bien sur Haïti.
Et vous autres, créés pour grossir son parti,
Philosophes gênés de cuissons à l’épaule,
Et vous, viveurs rapés, frais sortis de la geôle,
Saluez l’être unique et providentiel,
Ce gouvernant tombé d’une trappe du ciel,
Ce César moustachu, gardé par cent guérites,
Qui sait apprécier les gens et les mérites,
Et qui, prince admirable et grand homme en effet,
Fait Poissy sénateur et Clichy sous-préfet.
 
III
 
Après quoi l’on ajuste au fait la théorie :
« A bas les mots ! à bas loi, liberté, patrie !
Plus on s’aplatira, plus on prospérera.
Jetons au feu tribune et presse et cœtera.
Depuis quatre-vingt-neuf les nations sont ivres.
Les faiseurs de discours et les faiseurs de Livres
Perdent tout ; le poète est un fou dangereux ;
Le progrès ment, le ciel est vide, l’art est creux,
Le monde est mort. Le peuple ? un âne qui se cabre !
La force, c’est le droit. Courbons-nous. Gloire au sabre !
À bas les Washington ! vivent les Attila ! »
On a des gens d’esprit pour soutenir cela.
 
Oui, qu’ils viennent tous ceux qui n’ont ni cœur ni flamme,
Qui boitent de l’honneur et qui louchent de l’âme ;
Oui, leur soleil se lève et leur messie est né.
C’est décrété, c’est fait, c’est dit, c’est canonné.
La France est mitraillée, escroquée et sauvée.
 
Le hibou Trahison pond gaiement sa couvée.

 
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