Les châtiments Livre IV - Un recueil de poésie écrit par Victor Hugo
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Les châtiments Livre IV
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Aventurier conduit par le louche destin,
Pour y passer la nuit, jusqu’à demain matin,
Entre à l’auberge Louvre avec ta rosse Empire.
Molière te regarde et fait signe à Shakespeare ;
L’un te prend pour Scapin, l’autre pour Richard trois.
Entre en jurant et fais le signe de la croix.
L’antique hôtellerie est tout illuminée.
L’enseigne, par le temps salie et charbonnée,
Sur le vieux fleuve Seine, à deux pas du Pont-Neuf,
Crie et grince au balcon rouillé de Charles-Neuf ;
On y déchiffre encor ces quelques lettres : - Sacre ;
Texte obscur et tronqué, reste du mot Massacre.
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Les châtiments Livre IV
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(APRÈS LEUR CONDAMNATION)
Mes fils, soyez contents ; l’honneur est où vous êtes.
Et vous, mes deux amis, la gloire, ô fiers poètes,
Couronne votre nom par l’affront désigné ;
Offrez aux juges vils, groupe abject et stupide,
Toi, ta douceur intrépide,
Toi, ton sourire indigné.
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Les châtiments Livre IV
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Vicomte de Foucault, lorsque vous empoignâtes
L’éloquent Manuel de vos mains auvergnates,
Comme l’Océan bout quand tressaille l’Etna,
Le peuple tout entier s’émut et frissonna ;
On vit, sombre lueur, poindre mil-huit-cent-trente ;
L’antique royauté, fière et récalcitrante,
Chancela sur son trône, et dans ce noir moment
On sentit commencer ce vaste écroulement ;
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Les châtiments Livre IV
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Un immense frisson émeut la plaine obscure.
C’est l’heure où Pythagore, Hésiode, Épicure,
Songeaient ; c’est l’heure où, las d’avoir, toute la nuit,
Contemplé l’azur sombre et l’étoile qui luit,
Pleins d’horreur, s’endormaient les pâtres de Chaldée.
Là-bas, la chute d’eau, de mille plis ridée,
Brille, comme dans l’ombre un manteau de satin ;
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Les châtiments Livre IV
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Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front,
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime,
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime,
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand Amour.
C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
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Les châtiments Livre IV
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Malgré moi je reviens, et mes vers s’y résignent,
A cet Homme qui fut si misérable, hélas !
Et dont Mathieu Molé, chez les morts qui s’indignent,
Parle à Boissy d’Anglas.
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Les châtiments Livre IV
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Ce Zoïle cagot naquit d’une Javotte.
Le diable, - ce jour-là Dieu permit qu’il créât, -
D’un peu de Ravaillac et d’un peu de Nonotte
Composa ce gredin béat.
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Les châtiments Livre IV
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Ces Hommes qui mourront, foule abjecte et grossière,
Sont de la boue avant d’être de la poussière.
Oui, certes, ils passeront et mourront. Aujourd’hui
Leur vue à l’honnête Homme inspire un mâle ennui.
Envieux, consumés de rages puériles,
D’autant plus furieux qu’ils se sentent stériles,
Ils mordent les talons de qui marche en avant.
Ils sont humiliés d’aboyer, ne pouvant
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Les châtiments Livre IV
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Donc un Homme a vécu qui s’appelait Varron,
Un autre Paul-Emile, un autre Cicéron ;
Ces Hommes ont été grands, puissants, populaires,
Ont marché, précédés des faisceaux consulaires,
Ont été généraux, magistrats, orateurs ;
Ces hommes ont parlé devant les sénateurs ;
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Les châtiments Livre IV
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Parce que, jargonnant vêpres, jeûne et vigile,
Exploitant Dieu qui rêve au fond du firmament,
Vous avez, au milieu du divin évangile,
Ouvert boutique effrontément ;
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Les châtiments Livre IV
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Ils sont assis dans l’ombre et disent : nous jugeons.
Ils peuplent d’innocents les geôles, les donjons,
Et les pontons, nefs abhorrées,
Qui flottent au soleil, sombres comme le soir,
Tandis que le reflet des mers sur leur flanc noir
Frissonne en écailles dorées.
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Les châtiments Livre IV
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Tu ne dois pas chercher le pouvoir, tu dois faire
Ton œuvre ailleurs ; tu dois, esprit d’une autre sphère,
Devant l’occasion reculer chastement.
De la pensée en deuil doux et sévère amant,
Compris ou dédaigné des Hommes, tu dois être
Pâtre pour les garder et pour les bénir prêtre.
Lorsque les citoyens, par la misère aigris,
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Les châtiments Livre IV
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Non, Liberté ! non, Peuple, il ne faut pas qu’il meure !
Oh ! certes, ce serait trop simple, en vérité,
Qu’après avoir brisé les lois, et sonné l’heure
Où la sainte pudeur au ciel a remonté ;
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